03 février 2008
Yssik Kul, la fin d'un séjour grandiose (14 au 18 juillet 2007)
Lorsque nous quittons Guku, Gulnara et kochkor, sur un dernier et débectant coup de Grézia, c'est avec la promesse dans le coeur de revenir et ce dès l'été suivant ! Quelle joie cela sera de les revoir ! Mais les vacances tirent à leur fin, et après tous ces efforts à travers les montagnes kirghizes enchanteresses nous n'aurons pas volé le repos que
nous nous programmons. En effet nous filons sur le lac Yssik Kul pour nous poser paisiblement sur ses immenses bords, sur une plage déserte. - De Kochkor c'est un taxi complètement barjot qui roule comme un tabanar avec des pneus sous gonflés qui manquent de nous envoyer dans le décor à chaque virage ! A 140 il coupe ses virages à la corde, double sans visibilité... Bref, nous ne sommes pas malheureux de descendre de son cercueil à Balikchi, extrêmité ouest du gigantesque lac.
Balikchi est réellement un bled épouvantable. Moche à souhait on y vend de grandes quantités de poissons séchés qui sont de manière amusante suspendus aux arbres en guise d'étalage : l'arbre à poissons !... Mais c'est avant tout une ville au taux d'alcoolémie monstrueux ! 2 hommes sur 3 déambule en zigzagant, l'haleine chargée de vodka, une vraie visions d'apocalypse... Nous y sommes très mal à l'aise et
ne sommes pas malheureux, après bien des péripéties, de monter dans un minibus qui nous emmène loin de ce bled infâme.
1h00 plus tard nous descendons au bord de la route au milieu de quelques maisons perdues au milieu de nulle part, près d'une roulote qui fait office de relais routier ! L'endroit a néanmoins un nom : Chor Boulak. Première chose nous nous restaurons d'oeufs au plat, la seule chose dont la femme dispose avant de couper à travers la pampa pour rejoindre les rives du lac à 30 minutes de marche de la route. Yssik Kul est toujours auss beau avec sa couleur bleu profond et son diadème de sommets enneigées qui le cernent ! Il est toujours aussi immense aussi !Avec ses 180km de long et 70 de larges il est le second plus grand lac alpin du monde après le Titicaca et l'on pourrait y ranger la Corse...
Derrière nous
une frange plate de quelques kilomètres coupée par endroit par des petites
sierras nous sépare d’une nouvelle haute barrière de sommets élancés et barrés
de magnifiques glaciers. En un mot le cadre est sublime. Mais les montagnes
sont rapidement conquises par des orages d’un rare noirceur que nous entendons
gronder furieusement alors que nous nous dorons au soleil ! Et il est
assez extraordinaire de contempler ces déluges et leurs colonnes noires qui tombent
du ciel zébrées d’éclairs sur les montagnes des deux rives ou même sur le lac
lui-même tandis que nous sommes en plein soleil et en pleine bronzette !
Puis les orages se retirent laissant place à la lumière rasante d’un soleil de
fin de journée, une lumière fantastique qui nous offre des photographies
magnifiques !
Nous plantons notre tente dans ce cadre enchanteur. Le soir venu des pêcheurs arrivent, démêlent leurs filets, montent sur
leur barque et la mette à l’eau tandis que nous regagnons notre tente pour la
nuit sous laquelle Marion se livre à un véritable génocide sur la population de
moustiques qui s’y était traîtreusement réfugiée !
Nous passons une nuit magnifiquement douce et bonne, c’est tout juste si nous n’aurions pas pu
nous contenter de notre seul drap de soie pour avoir assez chaud. Ce matin là
nous traînons au lit jusqu’à ce que les rayons du soleil
atteignent la toile de
notre abris en le transformant en fournaise, nous nous levons sur un temps
magnifique et un paysage toujours aussi spectaculaire où que nous tournions les
yeux. Pas de bain ce matin encore car l’eau me semble trop froide, un prétexte
à mon manque d’envie qui n’empêche pas ma belle de s’y glisser, elle. La
matinée tire à sa fin lorsque nous nous mettons en route pour le village dans
l’espoir d’y trouver une épicerie ouvert mais c’est peine perdue. C’est donc
dans notre restau roulotte que notre sympathique femme nous sert… des œufs au
plat mais cette fois ci avec une saucisse, on s’embourgeoise !…
Lorsque nous
regagnons notre plage nous y trouvons un troupeau de vaches occupées à faire
trempette dans les eaux du lac tandis que leurs gardiens, deux jeunes garçons
de 15 ou 16 ans débarquent en pleine séance de tartinage de crème solaire. Ils
nous posent quelques questions, s’intéressent à nos bâtons de marche
puis se
retirent de quelques mètres pour squatter comme 2 cons qui ne savent pas quoi
faire de leurs 10 doigts. Ils sont pénibles ! Ils ne peuvent pas aller un
peu plus loin et nous laisser peinards ? Finalement ils s’en vont mais
c’est pour mieux revenir avec des chevaux entravant le désir de bain de la Sirène : ils veulent des
photos ! Puis sans autre forme de procès vont se jeter à l’eau. Quand ils
se cassent enfin il se met à pleuvoir et nous n’avons plus qu’à nous réfugier
sous la tente en attendant que ça se passe. Ca ne les arrête pas, le revoilà
qui se pointent et tapent à la toile : cette fois-ci ils veulent l’heure…
Tout semblent indiquer que ces deux là sont les fils à casse-couilles !
Ils sont pires que la gale !
Enfin l’orage
étant passé et le soleil revenu Marion peut enfin prendre le bain dont elle
rêve depuis ce matin ! Mais pour tout dire nous ne sommes plus au
Kirghizstan mais maintenant complètement en France. Nous sommes
certes sur les
bords du merveilleux lac Yssik Kol, nous nous dorons certes au soleil tandis
qu’elle se baigne dans les eaux transparentes du lac mais en réalité nous ne
faisons plus qu’attendre que le temps se passe pour sauter dans l’avion. Nous
sommes trop impatients maintenant pour pouvoir pleinement profiter de l’instant
présent. Nous discutons de ce retour en France et de la surprise de notre
arrivée prématurée que nous préparons à maman pour son anniversaire, et aussi
nous parlons et programmons nos prochaines vacances… De vrais enfants
gâtés ! La dessus les orages repointent leur nez et nous contraignent à
une nouvelle retraite sous la tente qui semble durer bien longtemps. Mais la
récompense est fantastique puisque lorsque nous ressortons nous bénéficions
d’une lumière divine et mitraillons à tout va avec l’appareil photo.
Nous avons
alors juste le temps de puiser l’eau du lac pour préparer la soupe, de manger
et de faire la vaisselle avant que la pluie ne reprenne et que nous ne nous
réfugions de nouveau et définitivement pour aujourd’hui sous la tente et dans
les duvets.
La nuit a été
un peu plus fraîche et cette fois-ci le duvet n’a pas été superflu. J’émerge
vers 6h00 et passe de longs moments à contempler non sans une certaine
jouissance sadique des dizaines de moustiques prisonniers entre la moustiquaire
et la toile, m’amusant en outre à les exploser les uns après les autres avec de
petites chiquenaudes. Boudha ne serait pas très fier de moi et je crains fort
qu’il décide de me réincarner en moustique pour m’apprendre ! Puis je sors
me balader dans les environs laissant dormir Marion jusqu’à 10h00. C’est cette
fois l’heure de plier la tente et nos affaires avant de rejoindre notre
roulotte pour de nouveaux œufs au plat, puis de sauter dans le premier minibus
qui passe à destination de Bishkek.
Un trajet qui
semble interminable, sans doute parce que nous sommes désormais pressés de
prendre l’avion,
nous n’avons plus que la France et nos retrouvailles avec nos familles et
nos amis. Rien de spécial sur ce trajet durant lequel nous somnolons à moitié
de toute façon. – Une fois à Bishkek nous regagnons notre habituelle
guest-house décrépite mais peu onéreuse et y récupérons les effets que nous y
avions laissé en pension, nous y passons aussi la nuit.
Le dernier
jour au Kirghizstan est une journée de remise en condition des hommes et du
matériel : longue douche, lessive, confection des sacs pour l’avion de
Tashkent et finalement shopping ! D’abord des cochonneries à avaler
(viennoiseries notamment), puis des magasins de montagne où Marion me gatte,
enfin les magasins de souvenirs ou d’artisanat local. Un dernier repas au
restaurant et nous rentrons à la guest-house pour notre dernière nuit ou
demi-nuit puisque nous devrons nous lever à 3h00 pour filer à l’aéroport (le
patron de notre pension nous a affrété une voiture et son
chauffeur !).
C’est ce soir là que nous apprenons l’épilogue de l’histoire du chat volant.
Vous vous
souvenez sans doute comment j’avais balancé par-dessus bord le chat voleur de
victuailles qui venait nous dépouiller en pleine nuit avant notre départ pour
la vallée d’Ala Archa. Nous apprenons que le chat en question est une chatte et
qu’elle a refusé de s’alimenter pendant plusieurs jours avant d’accoucher
prématurément de 4 chatons… Comment ne pas y voir un rapport de cause effet ! Je suis du coup tout honteux de
cette expulsion un peu virile que je lui avais impulsivement infligé !
Heureusement que tout se finit bien puisque les chatons vont bien, que la mère
s’en occupe et qu’elle se réalimente…
La nuit est
forcément bien courte lorsque nous devons nous lever et sortir avec nos lourds
sacs. Nous sommes néanmoins contraints de réveiller la fille du proprio car
nous ne parvenons pas à ouvrir le portail, en fait il y a un
système où il faut
pousser ou tirer sur la poignée pour pouvoir la tourner… Bref, j’ai pas tout
compris. Dans la rue notre Mercedes nous attend et nous conduit à l’aéroport
dans Bishkek endormie. Les formalités kirghizes n’ont rien de comparable avec
le parcours du combattant ouzbek, notre avion décolle et nous quittons le
Kirghizstan au terme d’un voyage d’une richesse et d’une beauté inouïe,
convaincus que nous y retournerons encore une fois et ce dès l’été prochain
accompagnés nous l’espérons de tous ceux qui voudront nous suivre ! Car le
Kirghizstan c’est sans doute comme le Népal, quand on y va une fois, on est
obligé d’y revenir !
Retour épique à Kochkor !(13 juillet 2007)
6h30 : le coq chante ! Quand je dis le coq il s’agit en fait de la tenancière de la guest-house qui sonne le clairon car le bus pour Kochkor est à 8h00. La toilette est vite expédiée avant que nous attablions pour un royal petit déjeuner comprenant du riz au lait (mon vice !)! Cela fait nous plions les gaules et quittons nos hôtes.
Le ciel et le soleil sont radieux sur Kyzart qui dans sa très vaste plaine barrée au loin par cette barrière de hauts
sommets blancs (Ala-Archa ?) et dernière nous par cette autre barrière, verte celle là, qui cache Song Kol. Le tout offre un panorama superbe dans la lumière du matin. En nous délectant de cette belle ambiance matinale nous tombons sur une rivière qu’il nous faut traverser sur des troncs d’arbres jetés en travers tout en nous inondant les yeux d’images de cet agréable village cerné de tout côtés par de magnifiques cimetières kirghizes.
Nous sentant hésitants un type nous fait passer dans son jardin pour que nous puissions couper à travers champs sans quoi nous y serions probablement encore tant les rues du villages ne semblent connaître qu’une seule direction… Nous arrivons ainsi à la mosquée et bien évidemment il n’y a absolument rien, pas même la moindre ménagère qui attend ce qui traduit à coup sûr qu’il n’y
a aucun bus à espérer… ce que nous confirment 2 types de passages sous leurs kalpaks qui nous apprennent que ce sera au carrefour suivant ce qui commence à faire râler Marion. La route nous fait ainsi sortir complètement du patelin et nous arrivons à ce carrefour au milieu de rien et sommes immédiatement convaincus que nous avons encore moins à espérer ici ! Certes nous sommes à un endroit magnifique mais les probabilités de voir passer ne serait-ce qu’un bourricot ici nous paraissent bien maigres.
C’est une route absolument déserte si ce n’est cette Lada orange couchée sur ses amortisseurs de gauche qui passe en trombe (pour une Lada orange en côte !). Et finalement nous sommes victimes d’un mirage : au bout de la route une forme jaune penchant méchamment sur la gauche arrive en grossissant et n’en finit plus d’arriver sur nous. Il s’avère que c’est le bus ! Un bus de science-fiction d’au moins 1000 ans dont on voit le moteur à travers une plaque ouverte, une durite débranchée étant obstruée par un bout de
bois qui offre en plus l’avantage de caler je ne sais quelle autre pièce. C’est simple la mécanique ici : même moi j’y arriverais !! En clair il est évident que cet amas de ferraille totalement déglingué ne tient plus debout que par la seule volonté du Saint Esprit, et encore je suis sûr qu’il faut qu’il donne tout ce qu’il a…– Et bien évidemment la bête est archi-bondée : pour 22 places assises (en tassant) il y a pas moins de 42 passagers plus leurs volumineux bagages plus des moutons sous les sièges ! Nous entrons de notre mieux en plaçant une jambe ici et l’autre à l’autre bout, puis on se met en déséquilibre en se suspendant à ce qu’on trouve et nous démarrons. Pour ma part mon angle d’inclinaison me prive de mes jambes et je dois voyager tout sur les bras : ça c’est du sport ! Juste devant Marion un gosse n’a qu’un seul désir : gerber, pourtant l’invraisemblable ballottement du véhicule en détresse n’empêche nullement les occupants de roupiller sec. – Sur la
banquette arrière j’ai pour ma part repéré une femme avec son bébé de 8-10 mois dans les bras, le gamin connaît des débuts difficiles dans la vie puisqu’à peine est-il décroché du sein de sa mère que celle-ci lui sert un gobelet de l’abominable grézia (non sans en avoir versé 3 litres sur les genoux de ses voisins dans l’opération) et lui fourre dans le bec ! Pauvre gosse… - A mes pieds une mamie monumentale a réussi l’exploit de s’asseoir par terre à grands coups de culs. C’est tout simplement dantesque !
Suspendu sur des avant-bras qui pleurent j’essaie quand même de me régaler du paysage de collines vertes parsemées de, je crois qu’il est impossible de se lasser de ce spectacle agrémenté de l’apparition surprise d’un lambeau de roulotte pompeusement baptisé « koumis bar ». Assez rapidement nous arrivons au « Pirival Kyzart » (col de Kyzart) où nous étions descendu à l’aller pour attaquer notre marche vers Song Kol. Le bus s’arrête et tout le monde descend comme il peut, en passant dessus, dessous ou les deux à la fois. Dehors des vendeuses de lipiochka, de poissons séchés, de samsas, et bien sûr de koumis et de grézia se jettent sur les passagers tandis que dans le bus vide les moutons bêlent sous les sièges. Les roulottes
pourries, elles, font office d’épiceries fines. – je profite de cet instant pour balancer mon volumineux sac à dos sur un tas de bagages dans l’espoir que je pourrais bouger les pieds lorsque nous repartirons.
Le réembarquement est épique ! Tout le monde passe par dessus hommes et bagages pour regagner sa place sous les bêlement affolés des passagers animaliers : quelle mêlée incroyable ! Nous sommes chahuté comme en plein milieu du pack springbok. Marion se retrouve transportée en plein milieu du bus tandis que pour ma part je me retrouve coincé à l’avant, plaqué contre 2 femmes et un homme eux même écrabouillés contre la porte ! La route défoncée cède la place à une route effroyablement défoncée et provoque désormais l’ouverture spontanée de la porte du chauffeur à chaque virage serré à droite, chauffeur qui se cramponne sec à son volant qui seul semble le maintenir à bord ; à l’inconfort se rajoute le fait d’être secoués comme des pruniers et propulsés les uns contre les autres dans la
limite du mouvement encore permis par notre conditionnement. Un voyage que nous ne sommes pas prêts d’oublier mais hautement pittoresque et rigolo… - J’ai oublié de préciser qu’au col chaque passager s’est embarqué avec au moins 5 litres de koumis (l’endroit doit être réputé ?) auxquels il a bien fallu trouver un espace de stockage, c’est dire si nous sommes entassés comme jamais. Qu’importe le chauffeur s’arrête encore pour faire monter 3 types et le pire c’est que ça arrive encore à rentrer au prix d’une compression empirée, nous sommes 49 !… Dans cette lutte j’ai quand même le temps d’apercevoir le paysage, des sommets de plus de 4000 mètres couverts de glace qui nous écrasent (eux aussi) derrière la première barrière verte, un pont de pierre hallucinant au milieu d’un pré et qui n’enjambe rien du tout, dans ces paysages et ces pentes herbeuses j’imagine une gigantesque station de ski ! Quel sacrilège !
Enfin les premiers passagers descendent et l’étau se desserre un peu. Le paysage a changé, il est désormais pelé dans les tons blancs (calcaire ?), puis ocres, puis jaunes, puis oranges, puis noirs, puis rouges, c’est fantastique ! Tout cela fait successivement penser à la Capadoce, aux Bardenas, aux sierras des westerns, aux canyons américains, au
Nouveau Mexique, sauf que derrière trônent toujours d’immenses espaces verts et des barrières glacées étincelantes. – Enfin tout s’aplatit, le goudron fait son apparition, les nids de poule s’espacent : nous arrivons à Kochkor qui est à cette heure-ci très animées, ça doit être jour de grand marché je suppose. Nous y retrouvons les hilarants troupeaux de Lada toutes plus pourries les unes que les autres qui subitement nous donnent presque l’impression que notre bus sort juste de l’usine.
Au bazar nous en profitons pour acheter des pommes et de la farine car nous avions promis une tarte aux pommes à Guku et Gulnara pour notre retour. Il fait très chaud et nous filons à notre guest-house où nous sommes accueillis à bras ouverts tandis que les 3 gamins galopent partout en gueulant joyeusement : « les touristes ! Les touristes ! ». Le thé nous est illico servi avec ce délicieux pain de la mort qui tue, quel régal ! Puis nous sommes conviés à partager une émission de télé ridicule tandis que la gamine de Gulnara
(3 ou 4 ans) nous fait une désopilante démonstration de danse kirghize où elle se trémousse et se tort les poignets comme une vraies… Quel numéro celle-là avec ses dents pourries ! Nous apprenons qu’elles n’ont pas eu d’autres touristes depuis notre départ, preuve que le tourisme est encore loin de connaître un développement optimal bien que nous soyons au pied de la piste qui monte à Song Kol.
Après une grande lessive sous une chaleur accablante durant laquelle la petite danseuse joue avec les cheveux blonds de Marion, nous nous rapatrions dans notre chambre pour une longue sieste éminemment réparatrice. Lorsque nous émergeons à 15h30 nous rejoignons Guku et Gulnara dans la cuisine où d’ordinaire les touristes ne pénètrent pas mais nous sommes les chouchous de tous les chouchous et nous avons même le droit de partager le secret et de participer à la confection des « pilments »,
raviolis fourrés à la viande et à je ne sais quoi puis cuits à la vapeur et en tant que chouchou je suis élu meilleur préparateur de « pilments » que Marion mais je doute de l’impartialité de Guku qui m’a à la bonne ! Une fois fait Marion passe à la préparation de la tarte aux pommes dont l’annonce provoque l’euphorie chez les bambins qui filent se défouler dehors ! Si j’ai été jugé au top pour les pilments, Gulnara semble me trouver au taquet sur l’étalage de la pâte puisqu’elle me propose de me remplacer dans cette tâche ingrate, je prends sur moi et lui cède la place pour constater qu’effectivement j’étais bel et bien au taquet…
Allez hop !
Après quelques instants à feuilleter un antique bouquin de propagande soviétique sur le Kirghizstan c’est le retour à la sieste dont Gulnara nous tire dans la soirée pour passer à table. Il faut croire que nous avions accumulé pas mal de fatigue ! A la salle à manger nous nous retrouvons avec un japonais qui vient de débarquer et qui évidemment parle
très bien anglais et avec qui nous parlons longuement de la France qui l’attire et du Japon et en particulier de Kyoto et des montagnes du centre dont il nous donne sacrément envie ! Et allez ! Une destination de plus dans nos projets ! On ne s’en sortira jamais !!! Quand à lui il en avait marre d’avoir si peu de vacances (15 jours par an) car ça ne lui donnait pas assez de temps pour voyager, alors un beau jour il a plaqué son boulot, fait ses valises et est parti à la découverte du monde… Ca parait tellement simple…
Nos raviolis sont succulents mais pas plus que notre royale tarte aux pommes dont tout le monde se régale, en particulier les enfants ! Et malgré nos deux siestes de l’après-midi il n’est que 21h30 lorsque nous regagnons la chambre pour éteindre les lumières…
02 février 2008
Au taquet entre Song Kol et Jumgal (12 juillet 2007)
Réveil
matinal : il pleut… Pas le genre de truc qui enchante beaucoup au petit
matin et c’est Marion qui se lève la première ce qui en dit long sur mon degré
de motivation ! Nous plions la tente toute mouillée ce qui est sans importance
puisque ce soir nous sommes censés dormir en dur. Pas de petit déj ce matin si
ce n’est un Aspégic pour moi qui me suis levé avec mal au crâne. Alors que nous
démarrons le soleil fait un timide retour dans un ciel néanmoins globalement
moche lorsque nous levons le camp.
L’absence
totale de motivation est flagrante sur nos visages respectifs ce qui se
manifeste rapidement par une idée honteuse : et si nous dégotions le
camion de Randonnée Céleste pour leur demander de nous descendre à Kyzart par
la route puisque c’est leur destination du jour à eux aussi ? Et voilà
comment au lieu de filer vers les montagnes nous nous retrouvons de nouveaux
face au lac et atteignons des yourtes où nous cherchons des informations sur
l’endroit où nous serions susceptibles de trouver le camion qui n’a pas pu
passer inaperçu. - Soucieux de ne pas passer pour des crevards nous avons
élaboré un scénario ridicule pour justifier notre renoncement : je suis
censé être malade… Aussi je m’applique à prendre un air contrit tandis que Marion
s’informe de la position du camion orange. Mauvaise nouvelle puisqu’on nous
annonce qu’il est parti depuis la veille ! Mais nous n’avons pas tout
perdu puisque nous voilà heureux gagnants d’un coup de koumis matinal avec des
vieux magnifiques et
extrêmement sympathiques ! L’un d’entre eux, outre
l’inamovible kalpak, la barbiche blanche et le long manteau arbore aussi de
magnifiques bottes en laine tassée enfilées dans des sortes de sabots en
caoutchouc noir(genre sabots de jardinage). Pendant ce temps un autre vieux,
forcé de se rendre à l’évidence, confirme ce que chacun sait déjà : je
suis très beau ! Et c’est avec une rare justesse que seule la sagesse
apportée par les années peut permettre, il décrète que Marion est une sacrée
veinarde ! Quel homme merveilleux…
Sur ces entre faits surgit un occidental
complètement déjanté qui se met à déblatérer dans un kirghize parfait (je
repère bien une ou deux petites erreurs de syntaxe, mais bon, rien de grave…)
avec les vieux dans des explosions de rire. Mais heureusement ça n’a pas l’air
d’être à notre dépend. Visiblement ils se connaissent bien et ils déconnent.
L’occidental est en fait un américain qui vit au Kirghizstan et qui prépare une
thèse de géologie sur la cuvette lacustre du lac Song Kol ! Il y a des
gens vraiment surprenants sur cette terre !
Quand à nous
nous n’avons plus qu’à repartir d’où nous venons et à attaquer la montée vers
le col Uzbek que nous voulions esquiver. La remontée du fond de vallon tout
plat est facile mais fastidieuse ce qui n’arrange rien à notre volonté. Lorsque
nous arrivons au fond nous tombons sur des yourtes d’où des enfants jaillissent
et s’alignent en nous demandant de les prendre en photo dont nous leur montrons
le résultat sur l’écran LCD pour leur plus grande joie. Quelques centaines de
mètres plus loin nous tombons sur une nouvelle yourte hantée par une vieille
mamie dont l’age doit se mesurer en siècles et qui a la particularité notable
d’être entourée d’oies et de dindons, bétail pour le moins inhabituel dans les
montagnes kirghizes. – La suite du parcours nous offre encore une longue et
fastidieuse montée sans grand intérêt juste égayée par quelques troupeaux de
moutons et de chèvres d’une curiosité maladive. Sans intérêt j’exagère un peu
car au fur et à mesure de notre montée la vue sur le lac (dans notre dos)
serait probablement extraordinaire si nous avions la chance d’avoir un temps
clair et ensoleillé ! Ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.
Lorsque le
vallon s’ouvre en une large vallée qui se divise en 3 ou 4 branches
différentes, l’absence de motivation, la lassitude et la flemme me font
renoncer à la nécessité de sortir la carte et c’est donc au jugé que nous nous
dirigeons vers un petit col par une petite sente qui monte sur notre droite.
Mais comme tout se paie en ce bas monde c’était bien entendu à gauche ! Lorsque
nous débouchons sur le col en question c’est pour constater que de l’autre côté
c’est un nouveau vallon qui redescend lui-même sur… Song Kol ! Dégouttés à
l’avance par l’idée de redescendre pour remonter nous optons pour une longue traversée
vers un nouveau col que nous distinguons sur notre gauche, col qui nous amène à
un troisième vallon qui descend sur… Song Kol ! C’est un complot !!!!
Seule
consolation, nous voyons clairement cette fois, et toujours à guche, un gros
col un peu en contrebas mais clairement marqué entre 2 petites pitons rocheux et
surtout parfaitement orienté, dans lequel passe un sentier bien marqué. Un œil
sur la carte et j’en conclue qu’il s’agit du second col Uzbek (il y en a deux
qui portent le même nom), nous nous somme rallongé de 5 bons kilomètres… Et
cela nous coûtera encore une nouvelle traversée facile mais fatigante pour les
chevilles. - Bien avant d’atteindre le col visé nous atteignons la ligne de
crête d’où nous distinguons enfin les villages de Kyzart ! Dans un soucis
d’économiser notre énergie nous avons tôt fait d’élire un vallon qui descend
droit sur le village, mais aussi parce que les nuages bas qui courent sur les
pentes nous font craindre de nous faire prendre dans le brouillard et de ne
plus rien voir. Aussi nous basculons dans la pente raide qui descend dans cette
vallée, une descente qui s’avère rapidement super chiante. Après
les toutes
petites caillasses qui se dérobent sous le pied et glissent c’est une
interminable zone d’arbustes épais (mi-cuisse) dans lesquels il faut se frayer
un chemin, ou d’herbes glissantes qui
dissimulent des éboulis pénibles. Pendant plus d »une heure nous
descendons ainsi, à tâtons, soucieux de nous pas nous bousiller une cheville
ici !
Enfin nous
atteignons le fond du vallon sur un petit replat où nous tombons sur des
sentiers qui partent dans plusieurs directions. C’est le troisième que
nous élisons et que nous suivons enfin tranquillement sur des sentes
confortables et peu pentues dans un joli petit vallon verdoyant sur lequel nous
finissons par tomber sur 2 yourtes. LES yourtes dont la plus éloignée,
totalement moyenâgeuse, a la particularité d’être entourée de murets et
d’enclos en pierres ainsi que d’une étable en dur !
Notre
cheminement passant à côté de la première yourte ça ne rate pas : nous
sommes invités pour le koumis ! Marion ne le sens pas en demande plutôt du
thé : « d’accord ! Après le koumis ! »…C’est une
yourte d’un autre monde ! A l’intérieur y règne sans partage une épaisse
fumée étouffante car le tuyau d’évacuation du poêle comporte d’énormes brèches.
La porte d’entrée est à deux battants en bois dont l’un est à plat sur le
sol. L’entrée est encore en terre battue à laquelle succèdent des peaux de chèvres ultra-dégueulasses ; à gauche
de l’entrée et par terre un tas de fringues crados attend qu’on veuille bien l’utiliser,
un vague pliage laissant croire qu’il s’agit du linge propre bien que des bottes pleines de merde y soient ensevelies…–
Nous
sommes invités à nous asseoir à la table basse sur des peaux de bêtes
pourries et nous pouvons détailler le reste de la yourte : derrière nous
une sorte de lit pliant émerge péniblement d’une pile de couverture et édredons
crasseux ; dans un coin est posée une antique machine à coudre
qu’utilisait probablement déjà sa propre arrière-grand-mère ; une table de
chevet sert de meuble de cuisine et supporte une bassine pleine d’instruments
rafistolés au scotch ; à côté un 1er baril en bois est suivi
d’un 2ème surmonté du bishkek (mécanisme qui sert à remuer et battre
le koumis et qui a donné son nom à la
capitale kirghize) ; enfin il y a le poêle tout aussi percé que son tuyau
d’évacuation sur lequel est posée une écuelle à gorets, une autre écuelle est
posée à côté et est remplie d’huile dans laquelle baigne un morceau de merde,
derrière le poêle enfin il y a un sac à merde séchée.
La mamie qui
nous a invité est vêtue d’une jupe aux motifs kirghizes (vous vous en seriez
douté) qui est fendue devant sur un pantalon, sa tête et ses cheveux sont
enveloppés dans un foulard vert sale. Elle est débordante de gentillesse et
nous sort un pain succulent avant de ramper par dessus Marion et sous le lit
pliant pour y attraper un seau de crème fraîche, puis vient la confiture
délicieuse elle aussi. Un touriste ici, c’est carrément du jamais vu ! Il
faut dire que nous y avons atterri suite à de nombreuses erreurs … Elle est
donc ravie avoir avec elle et s’arrache les neurones pour rassembler les
quelques mots de russe dont elle peut se souvenir et se lance dans le récit de
nombreuses anecdotes auxquelles nous ne comprenons absolument rien
mais pour
lesquelles nous avons compris qu’il fallait rire à la fin.
Pour notre
confort elle attrape un morceau de merde, le casse à grands coups de marteau,
le trempe dans l’huile et l’enfourne dans son poêle asthmatique qui nous crache
alors une suffocante fumée dans les narines et dans les yeux. Elle y pose alors
une gigantesque gamelle d’eau pour préparer le thé, puis lave des tasses dans
une bassine remplie d’eau de chaussette et se fend même d’un brin de ménage qui
consiste à ramasser 2 merdes et à suspendre des jumelles qui traînaient dans un
coin et à brasser un peu de terre battue avec un balai dont il ne reste guère
que le manche
Vient alors
l’heure du koumis et je ne cache pas que nous craignons le pire… D’abord la
brave mamie se plante devant le second baril de bois et passe un lacet dans une
poulie du bishkek qu’elle se met à agiter frénétiquement en tirant
alernativement et vigoureusement sur les deux extrémités du lacet, le système
de poulie active alors une sorte de battoir dans le baril et remue le koumis.
Ca, c’est fait ! – C’est alors qu’après avoir cherché en vain quelque
chose du regard dans la yourte elle défait son foulard vert crasseux des ses
cheveux et l’installe au dessus d’un seau et s’en sert de tamis pour le koumis
qu’elle y verse à la louche…
Les grumeaux ainsi recueillis sont réexpédiés dans
le baril, puis toujours à la louche elle nous rempli 2 pleines tasses de
breuvage ainsi tamisé… Le cœur n’y est pas mais il nous faut bien faire bonne
figure, nous le buvons dans la crainte qu’elle nous resserve. C’est le koumis
le plus fort que nous ayons jamais bu et que le thé fera passer.
Nous discutons
de notre mieux avec ses quelques mots de russe et les notre encore moins
nombreux. Elle nous parle de sa vie ici et aussi de son fils dont elle est très
fière : « il a tout ! Des moutons, des vaches, des chevaux
et une yourte ! Il a tout ! Au village il a même une télé avec 20
chaînes ! Non 40 !... Il a tout ! »… Elle est
attendrissante et comme toutes les mamans fière de son rejeton. Avant que nous
levions le camp elle nous explique longuement le chemin en nous montrant le
village complètement blanc en contrebas et en prenant comiquement une maison
blanche comme point de repère ! Elles sont toutes blanches…- Quoiqu’il en
soit nous partons, attrapons un bon sentier qui suit le faîte d’une petite
crête à partir duquel nous coupons tout droit sur un superbe cimetière dans une
ambiance de pampa (dixit Marion).
Sans l’avoir
voulu nous nous retrouvons à traverser un champs d’orge en faisant tous les
efforts du monde pour en piétiner le
moins possible, traversons un ruisseau sur
un tronc d’arbre incliné et glissant et tombons sur une large piste qui file
droit sur le village et sur lequel nous croisons deux jeunes gars vautrés à
même le sol avec une faux. A priori ils font une pause dans leur travail de
fauchage d’un champ absolument gigantesque ! Ils n’ont pas fini demain les
types ! En tout cas ils sont fiers de poser pour la photo et ne
s’expriment qu’en nous hurlant à bout portant dans les oreilles et en kirghize…
Après quelques
minutes nous atteignons enfin le village de Kyzart au niveau de son cimetière
que je pars explorer alors que Marion qui n’en peut plus préfère se poser dans
l’herbe. Les tombes sont une succession de belles et surprenantes enceintes de
torchis décorées de croissants musulmans ou pour les plus anciennes d’étoiles
rouges, de faucilles et de marteaux… Ces enceintes clôturent des tumulus au
sommet desquels est posée une grosse pierre ainsi que 3 bouts de bois dont la
symbolique m’est inconnue. En tout cas ces cimetières sont absolument
magnifiques. – Je rejoins alors Marion et nous repartons dans les rues en terre
de Kyzart en demandant notre chemin à un jeune garçon qui nous indique un
sentier qui va nous permettre de rejoindre le centre du village ; tandis
que nous nous éloignons je le remarque qui nous suit curieusement à distance.
J’ai vite compris pourquoi lorsque nos débouchons sur une petite rivière
traversée par
une très étroite poutrelle en guise de pont duquel débouchent
précisément une jeune fille et sa petite sœur. Notre indicateur nourrissait
probablement le secret espoir de nous voir nous vautrer dans l’eau ! Il en
sera pour ses frais car Marion ne veut pas traverser et nous battons en
retraite pour faire un long détour pour trouver un vrai pont qui existe
nécessairement puisqu’il y a des voitures.
Une reculade
qui est aussi un bien puisque c’est ainsi que nous tombons sur une baraque avec
un panneau du Shepper’s Life, un organisme plus ou moins affilié au CBT je
crois, bref, une guest-house. Nous sommes fatigués et comme un chauffeur de
Lada nous demande pas moins de 1500 soms pour aller à Kochkor (soit 30
euros ! Un sacré arnaqueur qui pour 0 som va se faire voir) nous
n’hésitons pas longtemps avant de frapper à la porte. Nous y sommes accueillis
par les enfants de la famille car visiblement les parents sont absents, mais
ils se font fort de faire les choses comme il se doit. Aussi sommes nous
aussitôt installés à la table du salon où l’on nous apporte fièrement de quoi nous
restaurer et l’inévitable thé ! Pas de koumis, encore moins de grézia,
c’est le bonheur ! – Finalement une femme, la mère, finit par faire
son
apparition sans doute de retour des courses ! Elle semble satisfaite du
traitement qui nous a été assuré par ses enfants et s’attable avec nous pour
discuter de nous et de notre périple puis elle extirpe un gros cahier pour nous
montrer les mots laissés et les photos expédiées par leurs précédents
visiteurs. Elle nous explique qu’habituellement ils ont également une yourte
d’hôte au lac Song Kol mais exceptionnellement pas cette année pour une raison
que nous n’avons pas comprise.
Comme nous
demandons s’il est possible de se doucher elle nous accompagne à la cour
intérieure à laquelle aucune habitation kirghize ne déroge pour nous montrer
les différentes portes qui dissimulent les chiottes et le bana tout en nous
mettant en garde contre leur con de chien, surtout si nous avons une expédition
à mener aux toilettes la nuit. Evidemment je pense immédiatement au chien du
potier de Rishtan au Fergana (Ouzbékistan) et à l’anecdote croustillante que certains connaissent !!! Outre les
commodités aménagées là où il y avait de la place la cour abrite aussi un
grand
jardin potager, un enclos à moutons et attachée à la patte par une ficelle un
jeune faucon ! – Au bana les choses sont remarquablement bien organisées
avec des armoires individuelles et numérotées, des bassines également
numérotées, on se croirait au Carlton ! Sinon c’est un bana comme un autre
avec notre mélange de=’eau chaude et d’eau froide à faire, etc, etc…
Le repas sera
tardif mais copieux avec une double ration d’une soupe de bûcherons, celle qui
est bien grasse avec plein de trucs dedans et qui vous cale pour la nuit ;
puis on nous installe des matelas au sol, comme sous les yourtes, les
couvertures et les édredons et nous voilà partis pour une excellente nuit.
Dernière journée au lac Song Kol (11 juillet 2007)
Nous passons
une excellente nuit sous les tonnes de couvertures de notre couche kirghize qui
nous empêche de nous retourner en cours de nuit mais nous maintiens dans une
douillette chaleur d’antan, comme chez nos mamies ! Le réveil se fait à
grand coups d’étirements et de bâillements divers et variés avant que je ne
soit expulsé dehors par l’appel des chiottes. Car il y a des chiottes : en
retrait des yourtes est plantée une cabane en planches bleues ceinturée de
barbelés je suppose pour empêcher les animaux de s’en approcher de trop près.
Et bien sûr sous la cabane il manque une planche au plancher qui permet à
certaines matières de choir dans une fosse creusée en dessous. Quand elle
devient insalubre on rebouche la fosse, on en creuse une autre et un déplace la
cabane…
C’est là que
je rencontre une femme du groupe de Club Aventure. Elle est bordelaise et me
confie qu’avec leur guide sympa mais complètement déjanté ils font de la
ballade pédestre, 3 ou 4 heures de marche peinarde tous les jours. Je lui
demande si ils ne préfèreraient pas dormir sous la yourte avec les gens du cru,
elle me répond que non, leurs tentes sont confortables et ils ne connaissent
pas le kirghize… De gros nazes quoi ! Qu’ils soient dans un groupe et
passent par une agence, ou fasse de la petite ballade ne me dérange nullement,
il en faut pour tout le monde. Mais dormir sous une tente alors qu’on pourrait
dormir sous la yourte, manger entre soi alors qu’on pourrait aller à la rencontre
d’autres personnes et d’autres cultures, et n’en ressentir aucune frustration,
ça me dépasse…
Le petit déj’
(pas terrible) est l’occasion d’une discussion sur l’intérêt pour nos hôtes
kirghizes de proposer des nuits sous la yourte aux touristes. Il nous dit que
c’est bien pour eux et qu’ils sont contents d’accueillir des gens, en
particulier les rares fois où ils arrivent à communiquer avec eux (en russe
donc, même s’ils s’efforcent d’apprendre quelques mots d’anglais).
Malheureusement les
touristes sont rares comme en témoigne le cahier où les
gens laissent un mot, « il n’y a pas assez de pub » : nous
sommes en pleine saison et nous sommes les premiers visiteurs depuis 10 jours.
Donc forcément, les groupes comme ceux de Club Aventure qui viennent, se
permettent de squatter à deux pas de leurs yourtes et d’utiliser leurs
toilettes sans recourir au moindre de leurs services ni leur laisser le moindre
som, ça ne leur plait pas du tout, « mais que faire ? »… Je
crois que seule la tradition de l’hospitalité les retient de les virer mais
jusqu’à quand?
Maintenant
nous plions nos affaires et faisant attention à ne rien oublier… Marion est
tellement étourdie ! lol… Avant de partir nous échangeons nos adresses
pour leur faire parvenir des photos puis le « patron » nous annonce
qu’il se rend à Kyzart et se propose de nous accompagner un moment en prenant
nos sacs sur son cheval : encore un coup de bol ! J’en arrive presque
à me demander s’ils ne font pas exprès de devoir se rendre là où nous allons
pour pouvoir nous accompagner un peu ?…Toujours est il que nous rejoignons
les rives du lac que nous nous mettons à longer vers l’ouest avec
notre
compagnon écuyer, bavard comme ce n’est pas permis. Malheureusement il
n’articule absolument pas et nous ne comprenons jamais rien ou presque,
essayant de noyer le poisson à grand renfort de « haracho »,
« da, da » ou « niet » que nous distillons en fonction de
ses intonations. Il est excessivement gentil, très blagueur mais comme nous ne
comprenons rien et qu’il ne se tait jamais, ça devient finalement pénible et
c’est sans y réfléchir que nous instaurons une sorte de relais ou chacun à
notre tour nous nous laissons distancer sous le prétexte de prise de
photographie qui de toute façon s’imposent tant c’est beau… Car bien sûr le
paysage et l’ambiance sont toujours les mêmes : magiques. Quelle merveille
ce lac tout de même !
En chemin nous
croisons une roulotte rouillée à quelques mètres du bord du lac sur les berges
duquel une barque est posée à l’envers tandis que 2 types sont occupés à
démêler des filets. Ce sont des pêcheurs qui vivent dans cette roulotte et se
montrent très curieux à notre sujet ce dont ils débattent un moment avec notre
cavalier ce qui nous repose d’ailleurs un peu. Pour notre part nous apprenons
que ces types sont les seuls à vivre toute l’année ici, hiver compris ! Je
m’apercevrai au retour que ces
pêcheurs annuels du lac Song Kol sont des
célébrités dans les guides touristiques… L’hiver ici est… hostile ! On est
à 3000 mètres et le lacs se couvre de 70cm à 1m de glace et les ladas le traversent en ligne
droite (un spectacle qui doit valoir le déplacement !), les températures
sont polaires, bref, il faut le faire ! Surtout en ayant pour toute
protection cette roulotte en ferraille qui doit être un vrai frigo.
Quelques
centaines de mètres plus loin nous sommes rejoints par toute une cavalcade :
un groupe de 5 ou 6 cavaliers galope à notre rencontre. Ils sont plus
qu’authentiques avec leurs kalpaks, leurs chevaux, leurs barbiches blanches
pour les plus vieux et même des bottes incroyables en feutre. L’un d’eux porte
en outre une chèvre devant lui en travers de son cheval. Elle ne semble pas
paniquée du tout par cette position un peu…cavalière…et profite de la situation
pour regarder le paysage sous ce nouvel angle avec toute la curiosité qui
caractérise le monde caprin ! La discussion s’engage encore une fois avec
notre accompagnateur monté et il n’est pas besoin de comprendre (surtout que
cette fois cela se passe en kirghize) pour deviner que la discussion porte sur
nous. J’en profite pour l’éloigner un peu pour prendre
quelques photos des
scènes magnifiques qui s’offrent à nous entre ce groupe de cavaliers et le lac
extraordinaire de beauté et de lumière, incroyable de transparence et sur
lequel glissent paisiblement quelques barques de pêcheurs ! Même les
vaches semblent subjuguées par l’extrême sérénité des lieux tandis que pour ma
part je découvre avec surprise que dans une marre vivent des sortes de
bigorneaux !...
C’est ici que
nos routes se séparent entre nous et notre kirghize à cheval qui nous propose
de venir boire le koumis aux yourtes que nous apercevons ainsi que de
participer au montage d’une nouvelle yourte. Malheureusement il nous faut
avancer et il nous faut décliner l’invitation tout en le remerciant
chaleureusement tandis qu’il nous redescend nos sacs. Sans autre formalité il
remonte en selle et s’éloigne en nous saluant de la main amicalement. J’aime la
simplicité des relations humaines avec les kirghizes.
Quand à nous
nous retrouvons le plaisir des bretelles de nos lourds sacs sur nos
épaules : c’était quand même confortable la marche sans sacs. Il nous
faudra y réfléchir pour notre prochain périple au Kirghizstan ! D’entrée
il nous faut attaquer l’ascension d’une petite falaise qui plonge dans les eaux
cristalline de Song Kol qui nous offre un nouveau point de vue : celui
d’une v
ue plongeante ! C’est incroyable : aussi loin que nous
regardions nous distinguons le fond ! Au pied de la petite falaise des
pêcheurs équipés des derniers modèles de canne (des bâtons tordus attachés les
uns aux autres par de la ficelle de cuisine avec un fil de pêche et un vague
truc en guise de bouchon… Et ça marche ! Quand à nous nous essayons de les
guider de part notre vue plongeante pour leur indiquer où sont les poissons que
nous voyons distinctement mais ils croient que nous voulons juste les saluer et
nous répondent en conséquence. Tant pis…
Cette zone est
un enchaînement de petites criques superbes avec de petites plages de gros
sable ou de tout petits cailloux. La lumière sur le lac a encore changé, c’est
là toute la magie de Song Kol, la lumière change tout le temps et nous offre
sans cesse de nouveaux paysages sans changer de place ! Cette fois ce sont
les orages qui traversent la rive opposée qui noircissent le ciel, jettent des
raies de lumières de-ci de-là sur les eaux du lac tandis que des traînées
sombres et irrégulières tombent des nuages vers les eaux au gré des averses.
C’est d’une beauté sans nom ! Et comme ce n’était pas assez c’est à ce
moment là que nous atteignons un petit vallon encombré de yourtes et débordant
de vie eu milieu duquel nous tombons nez à nez avec un bulbul !!! Un
bulbul, c’est une petite statue menhir sculptée qui constituait la pierre
tombale je suppose de quelques notables d’une époque très lointaine ! De
mémoire il me semble que les bulbuls de Cholpon-Ata avaient
entre 1700 et 2500
ans, celui là leur ressemble trait pour trait et j’en conclue que son age doit
être dans les mêmes eaux ?
Le temps que
nous admirions le spectacle de ces yourtes, du bulbul et des orages sur Song
Kol, nous sommes rejoints par une troupe de femmes et d’enfants qui étaient en
route pour un pique-nique au bord du lac et qui se sont détournés de leur
chemin pour venir voir les deux curiosités que nous constituons.
Malheureusement ils ne viennent pas les mains vides et n’ont pas pu s’empêcher
de traîner des pots de koumis ! Et paf, nous voilà servi à ras bord de
grosses tasse d’un koumis particulièrement dégueulasse qu’il nous faut
engloutir rapidement car ils sont pressés ! Il nous faut quelques minutes
pour nous en remettre et en profitons pour nous laisser émerveiller une fois de
plus par l’ambiance des lieux, les gens qui s’activent, les femmes qui
installent le pique-nique, les enfants qui passent au galop sur
des chevaux
qu’ils montent à cru.
Finalement
nous repartons et à la crique suivante nous tombons sur le groupe de Randonnée
Céleste qui se dore la pilule au bord de l’eau : Yann (le guide) et l’un
des kirghizes courent à notre rencontre et nous entamons la discussion.
Aujourd’hui pour eux c’est journée de repos ! La discussion atterrit je ne
sais plus comment sur les yacks… Yann nous apprend qu’il y a des yacks au
kirghizstan mais ils vivent encore plus haut ! Ici ils sont sauvages ou
semi sauvages et Yann nous fait un petit court sur l’animal emblématique des
hauts massifs asiatiques. C’est ainsi que nous nous faisons enseigner que le yack
mâle est impossible à domestiquer, aussi ne capture-t-on et ne domestiquons
nous que les femelles… Puis tout en nous expliquant le côté dangereux et le
caractère belliqueux de Monsieur yack il se lance dans le récit désopilant
d’une anecdote nocturne où au bivouac il s’était levé pour satisfaire un besoin
naturel trop longtemps contenu ; une fois en position favorable pour y
parvenir et avait
entendu un galop rageur qui se rapprochait furieusement
vite : dans la nuit un yack le chargeait ! C’est donc le pantalon sur
les chevilles qu’il avait sprinté de son mieux pour retrouver le refuge de la
tente !... J’en ris encore, et lui aussi d’ailleurs. – Finalement Yann
nous propose de partager leur repas sur la petite plage ce dont nous le
remercions mais il nous faut avancer. Avant de nous quitter il nous donne un
tuyau : celui de quitter la piste principale et de longer la côte par de
petits sentiers de pêcheurs, nous ne le regretterons pas.
Le temps ne
s’arrange guère et ce sont les orages qui gagnent du terrain ce qui d’ailleurs
ne fait que nous offrir encore et toujours de nouvelles lumières, de nouvelles
ambiances et de nouvelles images sur Song Kol ! Comme il n’y a toujours
pas le moindre souffle de vent (curieux d’ailleurs ! Chez nous les orages
sont toujours accompagnés de bourrasques de vent non ?) la surface du lac
est toujours parfaitement lisse ce qui en fait un gigantesque miroir de toutes
les crêtes qui le cerne ; l’alternance de zones vert lumineux des zones
ensoleillées et des taches sombres des zones sous les nuages noirs offre des
contrastes saisissants tant sur les pâturages que sur les eaux du lac lui-même.
Enfin de larges bandes noires descendent du ciel jusqu’au sol en trahissant les
zones d’averse tandis que des rayons lumineux font scintiller les zones au
soleil et que des éclairs zèbrent le ciel sans se soucier de tout cela.. Quand
à nous nous avons suivi les recommandations de Yann et avons plongé dans un
petit vallon couvert de fleurs bleues et mauves pour rejoindre les rives
paisibles où paît un troupeau de vaches qui à défaut de trains nous regardent
passer le regard vide. Dans un coin leur gardien se tape un sévère roupillon
tandis que son chien l’imite remarquablement bien et que son cheval broute
tranquillement la selle sur le dos. Halte au stress !!! En tout cas c’est
splendide, l’eau est tantôt bleue turquoise comme aux Caraïbes, tantôt bleu
profond, tantôt incroyablement translucide.
Nous
traversons une dernière plage, rejoignons la piste où franchissons un tout
petit collet et débouchons enfin sur un immense replat qui s’étend sur des
kilomètres et des kilomètres constellé de dizaines de yourtes disséminées par
paquets de 3 ou 4. Nous y voyons aussi quelques véhicules qui déambulent. Nous
venons d’atteindre l’extrémité ouest du lac Song Kol et les premières gouttes
de pluie
commencent à nous attaquer. Cette partie plate s’avère assez chiante
car rien n’y change, on a toujours l’impression d’être au même endroit, mais
heureusement ça ne dure pas très longtemps et nous bifurquons à droite dans un
large et profond vallon qui nous amènera demain au col qui nous fera basculer
sur Kyzart. Alors que nous nous y enfonçons nous sommes rejoints par un gamin
qui coure vers nous à fond de train dans ses bottes en caoutchouc et nous
propose en anglais de venir dormir sous la yourte (sas doute une yourte CBT ou
quelque chose comme ça) mais ce soir nous voulons dormir plus loin dans le
vallon et nous l lui disons. Le pauvre ne comprend ni l’anglais, ni le russe ce
qui ne me laisse que peu d’espoir pour le patois charentais. Il s’en retourne
donc vers sa yourte l’air ahuri comme s’il ne comprenait pas que nous puissions
ne pas vouloir aller chez lui. Et nous culpabilisons de lui avoir fait piquer
un tel sprint pour rien en nous demandant pourquoi il n’avait pas pris la peine
de sauter sur un cheval eux qui ne font jamais 500 mètres autrement ! Peut-être n’a-t-il pas été sage et l’a-t-on privé de
cheval !!! lol…
Sur le large
fond de vallon traversé par un petit ruisseau qui serpente dans la verdure nous
traversons un marécage et trouvons finalement un amour de petit emplacement
pour monter la tente pas très loin de 2 yourtes (150 à 200 mètres) et à deux
pas d’une mini-mini cascade de 50cm dans l’herbe. La tente est rapidement
montée car s’il ne tombe actuellement que quelques gouttes il est évident que
nous allons nous faire sévèrement rincer avant peu ! Aussi nous profitons
de l’instant favorable, même s’il n’est que 16h00, pour nous gaver de purée
(nous n’avons plus à contrôler notre stock de vivres puisque nous terminons
demain !) puis nous nous installons sur l’herbe pour une petite sieste non
sans nous être préalablement vautrés sur des chardons sournoisement cachés, les
fourbes ! Mais lorsque les gouttes s’intensifient nous nous réfugions sous
la tente et nous endormons tous les deux tandis qu’un gros orage nous passe
dessus. Même pas mal ! Et quelle étanchéité cette tente quand même !
Au réveil
Marion choisit d’aller faire sa toilette à la cascade tandis que je suis trop
bien dans la chaleur de mon duvet pour en avoir
la volonté. Enfin nous nous
recouchons, pour la nuit cette fois-ci, sur les savantes prévisions
météorologiques kirghizes de Mademoiselle Noguès qui après une attentive étude
des nuages décrète qu’il ne pleuvra plus… - Entre 3 et 5h00 du matin c’est le
déluge ! Probablement le plus énorme orage et la plus sévère de toutes les
averses connues lors de notre périple. Je crois que Marion peut se reconvertir
chez Météo-France, ses prédictions sont tout à fait comparables !... Cette
fois-ci nous ne nous faisons pas d’illusions, impossible que notre nylon tienne
le coup et nous essayons de repérer à quel endroit les premières gouttes
traverseront. Pourtant, malgré 2 heures de pluie diluvienne as une seule goutte
n’atteindra ne fut-ce que la moustiquaire… Incroyable !
Comme des vrais ! (Song Kol, 10 juillet 2007)
Ce matin là c’est vers 7h00 que nous sommes réveillés par le bruit de la pluie sur la le toit de laine de la yourte : c’est un vrai déluge accompagné du bruit assourdissant du tonnerre ! Heureusement nos hôtes
nous ont assuré hier soir que plus étanche que la yourte y’a pas et ce malgré notre scepticisme en regard aux petits trous nettement visibles dans la laine tassée… Evidemment ça ne rate pas et l’un des petits trous en question largue son goutte à goutte directement dans mon œil gauche, un autre sur un coin du lit et un 3ème pile sur l’appareil photo… Je le change donc de place et me décale vers la droite pour esquiver les fuites et le tour est joué…Puis l’orage passe, la pluie cesse et bientôt une brusque montée de la température indique que le soleil est revenu.
Au réveil de Marion il est 10h00 et nous ouvrons la porte de la yourte ce qui nous offre immédiatement une vue splendide sur Song Kol le tout sous un ciel et un soleil radieux ! C’est une journée magnifique qui s’annonce. Et une belle journée doit immanquablement commencer par un royal petit déjeuner ce qui nous est illico apporté : pain délicieux, crème fraîche épaisse, confiture et semoule « presque comme à la maison » prétend Marion ! Nous en profitons pour leur confirmer ce que nous avions évoqué la veille à savoir qu’aujourd’hui c’est journée équestre ! Et
c’est tandis que nous faisons notre toilette à un évier portatif et rechargeable en zinc que nous voyons nos hôtes kirghizes aller chercher 2 canassons et les équiper. Nous grimpons non sans une extrême élégance (au moins en ce qui me concerne) sur nos fières montures et nous nous éloignons tranquillement au pas (par souci d’éviter d’entrée le ridicule…) sous les regards attentif des propriétaires. Nous sommes donc heureux de rapidement franchir un petit mamelon qui nous cache à leur vue et nous offre cette fois une liberté totale.
Seul petit soucis : de l’autre côté du mamelon c’est en pente descendante et nos canassons en profitent pour piquer un petit sprint sans y avoir été conviés ! Ca promet ! Si pour Marion c’est presque de la routine, en ce qui me concerne c’est une autre histoire… Mais je me rends finalement vite compte que le galop est une allure autrement plus gérable que cette saleté de trot et finalement loue le seigneur d’avoir engendré de tels chevaux qui ignorent tout de cette allure intermédiaire et désarçonnante ! Mieux : le galop j’y prends vite goût et me surprends déjà à lancer volontairement cette fois mon cheval (on m’a filé l’étalon du troupeau !) au galop fut-il encore modéré. Je n’en suis pas encore à une maîtrise totale mais ça vient le plus difficile étant de les arrêter une fois qu’ils sont lancés car j’ai beau tirer comme un branque sur les rênes, le galop c’est leur truc et ils ne se laissent pas convaincre si
facilement que ça de stopper leur course.
Tout de suite nous souhaitons rejoindre les rives du lac mais une zone marécageuse s’avère difficile à franchir, pour nous en tout cas. Ceci dit les chevaux sont eux aussi attirés par l’eau stagnante et calme du lac et nous finissons ensemble par trouver un passage. Le paysage et l’ambiance sont… grandioses, merveilleux, magiques, fantastiques, féeriques ? Tous les mots semblent insuffisants ou du moins incomplets. Ce lac est une pure splendeur. Par ses dimensions et sa forme circulaire il offre une étendue immense et comme il n’y a pas le moindre souffle de vent sa surface ne comporte pas la moindre ride ce qui le transforme en un gigantesque miroir dans lequel se reflètent le ciel, les nuages et les montagnes alentour. Malgré sa taille le lac ne dépasse pas les 12 mètres de profondeur ce qui allié à l’extrême pureté de ses eaux offre un spectacle extraordinaire : que l’on regarde à 1m ou à 30m du rivage on distingue le moindre caillou qui en tapisse le fond. Je n’ai jamais rien vu de tel ! Le tout est ceinturé par une large zone de pâturages parsemée de points blancs qui sont autant de yourtes, leur
succède des pentes et crêtes herbeuses derrière lesquelles pointent une seconde rangée de sommets élancés et couverts de glaciers cette fois. - En outre la température est délicieusement douce, nous sommes juchés sur des chevaux qu’il faut sans cesse refréner dans leur perpétuelle envie de galoper. Nous sommes comme des vrais !!! Une incroyable sensation de liberté nous envahi. Plus heureux qu’en ces heures là me semble presque impossible.
Tandis que nous suivons la grève du lac enchanteur nous dépassons un petit troupeau de vaches qui se rafraîchissent les pattes dans l’eau fraîche du lac tandis que sur notre gauche un troupeau de cheval arrive au galop pour se jeter dans l’eau d’un laquet et s’ébrouer joyeusement. Une fois dépassé la zone de marécages nous repiquons dans les terres et nous offrons un petit galop non improvisé que nous obtenons uniquement en laissant faire les chevaux qui n’aspirent qu’à cela et en les encourageant d’authentiques « tchou ! » pour les faire accélérer encore et toujours ! – Puis il nous faut bien 200m arc-boutés sur les rênes pour les convaincre de s’arrêter… Nous défilons alors au pas sur d’immenses pâturages sans fin en laissant errer nos yeux et notre regard sur les trésors qui nous entourent, parfois mes yeux émerveillés croisent ceux de Marion tout aussi émerveillés. Vraiment ces quelques heures passée à dos de cheval sur les bords du, lac Song Kol, c’est quelque chose de très fort.

Un coup de talon, 2 ou 3 « tchou !» vigoureux et me revoilà lancé au triple galop mon cheval entraînant celui de Marion dans sa course folle sans qu’elle ait besoin de rien lui demander. Ici il n’y a aucun obstacle à la course de nos montures : pas de buissons, d’arbres, de rochers, rien. Que des étendues herbeuses plus ou moins pentues. Au galop nous n’avons même pas à nous préoccuper de notre cheminement, les rênes lâches, nous nous contentons de lancer les chevaux de plus en plus vite puis de nous laisser porter exactement où ils veulent aller, où ils veulent courir. Sans nous préoccuper du chemin à suivre nous sommes pleinement à l’écoute de tous nos sens, du souffle des bêtes, du bruit de leur cavalcade, du souffle du vent doux sur nos visages, c’est complètement magique. A l’approche d’un petit camp de yourtes nous stoppons notre élan et revenons au pas, c’est le moment choisi par des saletés de chiens pour entrer en rage à notre endroit. Nous tournons illico la bride et nous éloignons, tant pis pour le koumis…
Un ronronnement sourd grossit derrière nous, nous arrêtons les chevaux et nous retournons, c’est un camion bleu antique et déglingué qui traverse les pâturages, probablement chargé de la collecte de koumis qu’ils aura faite autours du lac pour aller le vendr
e dans quelques bazars. Nous saluons les 2 types qui le conduisent lorsqu’il nous dépasse ce qui provoque chez eux une franche hilarité amicale et ils nous rendent avec entrain nos salutations.
Maintenant que nous avons fait demi-tour nous contemplons le lac et plus largement toute l’immense et paisible cuvette de Song Kol sous un autre angle et une autre lumière. C’est évidemment toujours aussi beau et enchanteur tandis que des nuages ajoutent désormais au tableau un jeu d’ombre et de lumière extraordinaire. Les chevaux, eux, sentent l’écurie et sont excités comme des puces, ils partent au galop à qui mieux-mieux et il nous faut sans cesse tirer sur les rênes pour leur faire ronger leur frein ! Chaque vallon transversal qui apporte son filet d’eau au lac est immanquablement occupé par un ou plusieurs camps de yourte autour desquels des troupeaux paissent et des cavaliers à kalpaks déambulent ou galopent. Devant les yourtes des femmes font sécher leurs tapis ou préparent beurre, crème fraîche et koumis. Parfois on homme assis devant la
yourte est occupé à jouer du koumous. Nous décidons alors de piquer sur les collines qui dominent le lac pour une vue toujours plus royale sur l’ensemble de cette immense cuvette lacustre. A peine franchi le sommet d’une colline je lance mon fier destrier dans un galop d’anthologie, sans doute ai-je abusé des « tchou ! » et comme en plus c’est en descente mon cheval atteint une vitesse folle et un degré d’excitation qui le rend quasi incontrôlable ! Je tire à droite, je tire à, gauche, il s’en fout ! Il file comme l’éclair droit devant lui et sur le lac (encore loin cependant), au début je m’en fous un peu, je me laisse porter puisque de toute façon il n’y a pas d’obstacle ici, et je profite de ce moment génial, jusqu’au moment où je m’aperçois qu’on file droit sur la zone de marécages au sol inégal, ça sent méchamment la gamelle XXL ! Cette fois-ci je tire comme un âne sur le mord, il doit le sentir passer Joly Jumper ! Pourtant il faudra bien 2 ou 300 mètres pour qu’il accepte de ralentir et de s’arrêter à quelques mètres de la zone redoutée. Ouf ! Demi tour au pas, le cheval souffle comme un bœuf, il s’est bien éclaté le lascar. Et moi j’ai quand même pris
mon pied ! Quelle vitesse !... Quelques minutes plus tard, lorsque je rejoint Marion je le relance à fond de train en emballant au passage celui de Marion. Nous les laissons faire, ils s’éclatent tous le deux et font la course avec nous sur leur dos. Encore un moment d’extase rare…
Après un dernier petit galop tranquille nous touchons à la fin de notre ballade équestre. Nous franchissons le dernier mouvement de terrain qui nous sépare de nos yourtes et y redescendons paisiblement, au pas très lent pour que les chevaux se calment et n’attrapent pas mal lorsqu’on les dessellera. Attention nous voilà ! Mon cheval, l’étalon, tient à le faire savoir et hennit à qui mieux mieux pour prévenir son harem que la récréation est finie, il est de retour et ça va chier ! Il faut reconnaître que ses greluches se la sont joué benaise, elles sont éparpillées partout sans ordre, ni discipline !
C’est ravis que nous descendons et rendons les chevaux à la fille des proprios qui les attachent et que nous aidons pour déséquiper les bêtes alors que l’étalon réitère ses avertissements à ses favorites qui s’en foutent et restent en vrac un peu partout. Une fois détachés nos deux chevaux filent vers le reste de la troupe et se roulent joyeusement dans l’herbe. Sans doute que la transpiration sous la selle leur a occasionné quelques démangeaisons ? Puis Monsieur l’étalon se relève et décide de remettre un peu d’ordre : un hennissement par-ci, un petit trop autoritaire par là et ça file droit. Les juments ne se le font pas dire deux fois et en quelques secondes se rassemblent toutes en un vrai troupeau, chacune venant faire quelques babilles au maître en signe d’allégeance et aussi pour se faire pardonner leur petit relâchement en son absence… Il va falloir que je pense à remettre les choses au clair moi aussi avec Marion ! Elle a tendance à se dissiper elle aussi ces derniers temps !...lol…
Pour nous c’est l’heure du thé et du grignotage pendant lequel la fille de la famille est heureuse de nous offrir un petit concert de koumous qu’elle apprend depuis 4 ans à raison de 3 cours par semaine. Ce n’est pas encore très au point, surtout le chant, mais c’est quand même pas si mal que ça et nous l’écoutons avec plaisir. Une fois son répertoire épuisé et nos félicitations et nos remerciements faits nous filons (à pied cette fois) sur les bords du lac pour un après-midi farniente. C’est là qu’un
cavalier nous aperçois et ne peut résister à la tentation de se fendre d’un petit détour pour venir taper la discute avec les questions usuelles : d’où on est, d’où on vient, où on va, etc… Puis il repart et nous laisse à notre glandouille intégrale sur les bords idylliques du lac. Nous nous laissons donc aller à la contemplation du miroir lacustre et des barques des pêcheurs qui s’y affairent paisiblement. Quand à moi je prends mon courage à deux mains et m’offre une toilette intégrale dans les eaux froides (12°C) des eaux cristallines. Tout à coup surgit un gros troupeau de moutons et de chèvres mêlées qui hésite à décider par quel côté nous contourner. Finalement il opte pour la tactique de la tenaille en nous débordant par les deux à la fois pour se jeter dans l’eau, se baigner et boire un coup, puis il disparaît aussi vite qu’il était apparu. – Puis nous voyons débarquer 2 types montés sur le même bourricot avec les pieds qui traînent par terre et sont également chargés de sacs de poissons, le tableau est cocasse d’autant qu’ils chantent à tue tête ! Image furtive, image pourtant forte que celle de ce pauvre bourricot ployant sous la joie de vivre de ces deux types qui vivent simplement mais dans la joie dans une yourte plantée au bord d’un lac merveilleux dans un cadre unique… Qu’avons-nous de plus qu’eux dans nos maisons aseptisées ?
Malheureusement cette journée sera ternie par l’arrivée d’un minibus de touristes qui s’arrête à nos yourtes. Et merde ! Nous étions heureux avec Song Kol pour nous touts seuls au milieu des kirghizes et aurions tant souhaiter garder tout cela égoïstement. Moindre mal cependant, nous les voyons monter des tentes jaunes. Ouf ! Au moins nous n’aurons pas à partager la yourte et à faire la discussion, nous sommes de vrais ours ! – Lorsque le soleil disparaît derrière les montagnes et que l’air frais fait naître la chair de poule sur nos peaux nous nous rapatrions vers la yourte. Nous en profitons pour jeter un œil plus précis sur le groupe : il s’agit de Club Aventure. Les tentes 4 places jaunes « The North Face » valent une fortune, et chaque personne en a une pour lui seul. Plus loin est montée une tente mess indiquant qu’ils sont autonome question bouffe. – Bref, il y a là des gens qui vivent chichement sous la yourte (et y sont heureux) et qui offre l’hébergement sous une yourte pour des prix dérisoires (4 euros la nuit) pour arrondir petitement leurs maigres revenus en accueillant les rares touristes qui s’aventurent jusqu’ici. Et que voit-on ? Une agence réputée qui achemine un groupe ici, plante ses tentes à 20 mètres de ces gens, et fait
dormir les touristes sous des tentes au prix exorbitant ! Ils sont tous là, en troupeau, serrés les uns contre les autres à observer les kirghizes des yourtes comme des bêtes curieuses, comme les veaux qui paissent un peu plus loin, en commentant, en riant et bien sûr en faisant des photos… Ils ne dormiront pas sous la yourte, ne leur prendront même pas le repas du soir. Rien. Ils ne leur laisseront pas un kopek ! Ils viennent là, s’installent et les observent comme s’ils étaient au zoo, sans chercher le moindre contact. Ils profitent vilement de leur présence et de leur authenticité en prenant bien soin de ne pas leur laisser le moindre som alors même qu’ils proposent un hébergement sous la yourte et des repas à des prix dérisoires pour les voyageurs occidentaux mais si importants pour les kirghizes… Nous sommes révoltés !!! Et avons même carrément honte ! Quel sans gêne, quelle incorrection, quelle petitesse ! Vraiment nous sommes verts de rage ! C’est à tout jamais que Club Aventure vient de perdre toute estime que j’aurais pu avoir pour eux ! Quand je pense que je leur avais envoyé des CV….Boycottez
Club Aventure !
A notre tour nous refusons tout contact avec ce groupe auquel nous ne souhaitons pas être assimilés et nous réfugions sous la yourte où l’on nous porte le thé ainsi que le repas du soir. La femme au dentier et le chef de famille nous tiennent compagnie et nous sommes heureux de discuter avec eux qui nous font comprendre qu’ils n’apprécient guère la présence des campeurs à côté, sans doute conscient d’être exploités comme les indigènes que nous exposions au 19ème siècle dans de honteuses foires exposition coloniales… la seule différence c’est que maintenant c’est nous qui nous déplaçons, c’est tellement plus exotique ! – Dans la yourte voisine nous entendons chanter, probablement les deux types que nous avons vu arriver à cheval tout à l’heure. Cela donne une idée à notre édentée qui file les chercher pour qu’ils viennent nous chanter quelque chose. Et voilà un type qui débarque casquette sur la tête, komous en main, yeux et haleine chargés de vodka. Il nous salue chaleureusement, s’assoit et sans autre forme de procès attaque son tour de chant. Nous sommes saisis ! Il joue excellemment bien mais
c’est surtout sa voix qui nous hypnotise. Il chante magnifiquement avec de ces sons bloqués au fond de la gorge et expulsés par le nez avec des trémolos magnifiques pour émettre ces sons nasillards et envoûtants qui vous font voyager à travers les steppes mongoles si vous fermez les yeux. Nous n’avons droit qu’à 2 chansons mais nous en prenons plein les oreilles et les émotions ! Lorsqu’il a fini je ne peux m’empêcher de me réjouir du fait que les bœufs des tentes d’à côté n’aient pas eu droit à ce moment exceptionnel même s’ils ont bien dû l’entendre un peu… Quand au musicien il pose son instrument et prend part à nos discussions sur leur vie et sur la notre.
Nous apprenons ainsi que pour le koumis les juments nécessitent 6 traites par jour en livrant 1 litre à chaque fois ce qui leur fait une quarantaine de litres par jour. L’homme est fier de nous annoncer que la famille (soit 4 personnes) en ingurgitent déjà 10 à 12 litres dans la journée, impressionnant ! Quel courage ! lol… Le reste est ramassé (probablement le camion de cet après-midi) et descendu dans les villes et villages où il est vendu. Comme nos vins de Bordeaux, de Bourgogne ou du Languedoc, il
semble que le koumis ait aussi ses « crus ». Le koumis du lac Song Kol n’est pas le même que celui de Saralaa Saz ou que celui de n’importe quel autre jailoo ! J’imagine qu’ils sont sans doute capables de reconnaître l’origine du koumis qu’ils boivent au goût ?
Sur ces entrefaits débarque Nikita, le guide kazak mi-russe, mi-ouzbek (comprend qui pourra) du détestable groupe français. Il se dit « alpiniste » mais difficile de savoir si c’est une réalité ou une erreur de vocabulaire. Une chose est sure, ce n’est pas avec ce groupe là qu’il risque d’en faire ! Il est gravement speedé comme garçon et nous dit avoir appris le français à, l’ambassade de France de Bishkek, je suppose qu’elle doit héberger une sorte de centre culturel ? Plus speedé que Speeedy Gonzalez lui-même, il se lève d’un bond et disparaît après nous avoir salué. Bizarre comme type.
Il fait nuit, le ciel est tout couvert et il est probable qu’il va de nouveau pleuvoir cette nuit. Nous regardons un peu le paysage nocturne devinant quelques lumières émanant de quelques yourtes de l’autre côté du lac, à 15 bornes de là. Côté montagne c’est le spectacle des grosse bulles de lumière jaune formées par le tentes éclairées de l’intérieur, une image que j’ai toujours adoré par ce qu’elle transporte dans mon imaginaire : celui des camps de base des grandes ascensions himalayennes au pied des Annapurna, Kangchenjunga et autres Lhotse…
26 janvier 2008
Arrivée au lac Song Kol, enfin !... (09 juillet 2007)
Je me lève assez tôt, il fait grand beau, c’est l’heure de la première traite, tout est rassemblé pour me faire lever. Après une petite séance photo : la fin de la traite, les yourtes, les yourtes et la tente, le paysage enchanteur dans toute sa verdure, etc… J’opte alors pour la toilette matinale, Mirlan m’ayant indiqué l’endroit où se cachait le ruisseau, mais lorsque j’arrive la place est prise par le chef de famille que j’observe faire la sienne : visage avec les doigts, dents avec le doigt, oreilles avec les doigts, pieds avec les doigts et finalement vaisselle avec les doigts… Les instruments sont rudimentaires.
A mon tour donc de faire mes ablutions (plus complètes !) puis la vaisselle (avec des instruments similaires). Lorsque je reviens Marion émerge de la toile et prend le relais au ruisseau tandis que j’attaque le démontage du bivouac devant le cercle de nos hôtes kirghizes dont le cercle se reforme ! Avec la lumière du jour c’est encore plus passionnant et cette fois-ci on ne se
contente plus de toucher avec les yeux, on palpe, on tâte et on commente… Dans la foulée c’est une nouvelle invitation au thé dans une ambiance toujours aussi géniale et hospitalière. Les sourires comblent les blancs lorsqu’il y en a jusqu’à ce que le chef de famille apparaisse et nous annonce qu’il se rend en visite à des amis au bord du lac Song Kol et se propose de nous accompagner. Aussitôt dit, aussitôt fait et il charge nos deux gros sacs sur le dos de son cheval ! Elle est pas belle la vie ?!!! Nous allons pouvoir faire une petite marche bien pépère jusqu’au lac !
Notre compagnon est décidément un homme adorable et bavard comme c’est pas permis. Pas une seconde il ne fait silence et il a toujours un truc à raconter ou un point de curiosité à satisfaire. Je ne comprends pas toujours tout et m’en tire par des « Da, da » qui marchent dans toutes les
langues ! Ainsi il nous faut moins d’une heure pour rejoindre une grosse piste par laquelle nous atteignons le col et derrière lequel nous découvrons quoi ? Hmmm ? Ben oui ! Le lac Song Kol quoi ! Enfin le voilà qui s’étale à nos pieds. Vu d’ici je ne dirais pas qu’il est merveilleux mais quand même, c’est pas dégueu comme vue. Surtout il parait immense ! Diable ! 24 kilomètres de long pour 17 de large, ça commence à être conséquent. Mais s’il fait beau le temps est un poil brumeux ce qui lui enlève sans doute un peu d’éclat à cette distance.
Alors que nous contemplons le paysage nous voyons arriver un gros camion : celui de Randonnées Célestes que nous avons croisé la veille et dont les deux occupants kirghizes s’arrêtent pour nous saluer. Aujourd’hui ils descendent installer le camp au bord du lac où le groupe à cheval les rattrapera ce soir. Le camion repart et nous nous replongeons dans notre contemplation. Et paf, le groupe de canassons débarque à son tour, décidément nous sommes entre vieilles connaissances ici ! Nous discutons quelques instants et ils repartent devant juste avant que nous nous décidions à nous remettre en route avec notre compagnon à cheval pour une belle descente en pente douce et herbeuse face au lac de plus en plus beau au fur et à mesure de notre avancée. A la première yourte
tenue par une certaine Cholpon, débordante de gentillesse encore une fois, notre compagnon est convié au thé et nous aussi par la même occasion.
Lorsque nous repartons notre ami nous explique que normalement nos chemins se séparent ici mais comme il a le temps il va nous accompagner encore un bout de chemin et nous porter nos sacs un peu plus loin. Plus gentil, je ne vois pas… Nous disparaissons derrière une colline et lorsque nous en émergeons nous tombons enfin sur les rives du lac. Cette fois-ci c’est tout bonnement sublime ! Nous sommes à 3000 mètres d’altitude, le lac vu au ras semble immense et son eau est d’une clarté hallucinante. Ce n’est par pour rien qu’il ; a la réputation de contenir une des eaux les plus pures du monde. Il est ceinturé par une couronne de crêtes verdoyantes chapeautées de hauts sommets enneigés. Chaque vallon suffisamment reculé pour être à l’abri des moustiques est parsemé de yourtes et partout des cavaliers
déambulent. C’est une vision paradisiaque ! Bien entendu tout le monde se connaît et chaque cavalier croisé est un pote de notre serviteur avec qui il échange quelques mots et dont il satisfait la curiosité à notre sujet. – Je me souviens cependant d’un gros abruti qui conduit son cheval comme un gros con pour me piler sous le nez je suppose pour me faire peur ? Il veut que je lui achète du poisson et en prime que je lui offre ma montre. Rien que ça… A trop me prendre pour une tache il n’obtient ni l’un ni l’autre et sa curiosité reste inassouvie.
Cette fois notre cavalier porteur nous annonce qu’il va devoir nous laisser. Nous descendons nos sacs de son canasson et prenons son adresse à Bishkek pour lui faire parvenir des photos tandis qu’il nous invite à Bishkek si nous y repassons en dehors de l’été et nous indique où nous trouverons une yourte du CBT pour dormir. Puis nous nous saluons chaleureusement et nous le regardons s’éloigner tandis qu’il nous salue
encore de la main. Pour notre part nous nous asseyons au bord du lac que nous admirons silencieusement, les pensées dans nos rêves. Oui, le lac Song Kol, c’est quelque chose d’incroyablement beau et nos yeux ont besoin d’en scruter les moindres recoins. C’est là qu’un cavalier nous rejoint et engage la conversation avant de nous expliquer qu’il tient la fameuse yourte du CBT qui est juste derrière nous, mais il est encore tôt et nous lui expliquons que nous le rejoindrons un peu plus tard en fin d’après midi – L’après midi se passe donc ainsi à glandouiller sur la rive du lac, au soleil, un œil sur la carte, tous les autres sur le panorama incomparable de cet endroit enchanteur.
C’est une jeune cavalière qui vient nous tirer de notre torpeur, elle est elle aussi des yourtes de derrière et vient nous avertir que si on veut aller à la yourte avant l’orage… « L’orage ? Quel orage ? C’est tout bleu ! », nous nous retournons : c’est tout noir ! Convaincu par l’argument nous chargeons nos sacs et filons à la yourte à un petit kilomètre de là. Aussitôt arrivés on nous installe à la table basse pour le thé et la collation… La tradition c’est la
tradition. Et le koumis suit de près. Mais le koumis ça y est, nous sommes désormais habitués et maintenant c’est « même pas mal ! ». Une vieilles édentée qui remet son dentier en place à chaque demi phrase (elle a du en acheter un d’occase qui n’est pas à sa taille ?) nous tient compagnie avec le chef de famille et un autre type qui a visiblement un défaut de prononciation qui lui donne un air idiot quoiqu’il ne le soit probablement pas plus qu’un autre. Mais bientôt le type en question disparaît avant de réapparaître avec un komous (la guitare à 3 cordes) pour nous offrir un petit concert. Il joue certes très bien mais son instrument est de toute évidence d’une qualité moindre que celui d’Alkerbek à Kochkor, en revanche sa voix est très prenante avec cette sonorité des peuples nomades de la steppe ou de Mongolie, ce qu’Alkerbek n’avait pas… Notre initiation au
Kirghizstan se poursuit.
L’orage nous ayant finalement ignoré pour aller en enquiquiner d’autres nous faisons un nouveau et cour crochet au lac pour y faire notre toilette et la lessive que nous étendrons entre les lanières extérieures de la yourte. Vient alors l’heure du repas où nous avons la joie de déguster du poisson ou plutôt des « côtelettes de poisson » (le concept me fait hurler de rire) accompagnées de purée et de pâtes tandis que la mamie au dentier mobile qui nous tient seule compagnie cherche désespérément ses mots de russe pour essayer coûte que coûte d’entretenir une conversation sans grand intérêt… Marion en profite pour parler de notre fatigue et suggérer un sommeil réparateur. Ni une ni deux, on nous installe le lit : on vire la table, on étend des tas d’épaisses couvertures en guise de matelas, on tend un drap propre (si, si !) et on recouvre le tout de quantités phénoménales de couvertures et édredons en tous genres. Une fois la dessous : le poids est tel qu’il
devient quasiment impossible de bouger mais en contrepartie je vois mal comment il pourrait être possible d’avoir froid même en plein air au pôle sud et au cœur de l’hiver ! C’est avec quelques inquiétudes que nous entendons gronder l’orage car la couverture de feutre de la yourte présentait quelques trous mais on nous a assuré que plus étanche il n’y avait pas… Après avoir observé la danse de la bougie et ses reflets sur les couleurs vives des shirdaks de la yourte nous nous endormons au bruit des meuglements des vaches et des sabots des chevaux qui courent autour de nous.
En route pour Song Kol ! (8 juillet 2007)
Ce matin là le
réveil est un peu difficile mais les divins blinchis (crêpes) du petit déjeuner
ont tôt fait de nous remettre sur pied … Nous laissons shirdak et alagiyis en
pension chez Guku puisque nous y repasserons avant de rejoindre Bishkek... Puis
nous payons notre pension et partons avec Gulnara qui nous met en retrait pour
nous négocier un bon tarif dans la matchouka ! Lorsqu’il se rend compte
que les passagers sont des touristes occidentaux le chauffeur prend l’air de
celui qui s’est fait joué mais garde le sourire pour dire à Gulnara « tu
ne m’avais pas dit que
c’était des français ! »
C’est
finalement à 22 dans une sorte de Transit que nous démarrons, entassés comme
rarement, chacun ayant pris en sus des tonnes de bagages, son casse-croûte et
sa boisson : koumis et Grézia, y compris pour les nourrissons !!! Le
fourgon est particulièrement pourri et les nids de poules se succèdent sans
répit pour nous le rappeler ; quand à moi j’ai l’immense privilège d’avoir
pour voisin un véritable putois dont je ne saurais jamais si ce sont les
effluves corporelles d’une rare délicatesse ou l’haleine incroyablement
alcoolisée qui sont les plus gênantes. Il ne faut pas être fragile de l’estomac
pour voyager dans de telles conditions ! Par chance je ne le suis
pas ! - La route goudronnée devient peu à peu vaguement asphaltée, puis
très vaguement asphaltée, puis anciennement asphaltée et enfin plus asphaltée
du tout ! Curieusement c’est à cette dernière étape que la route sera
finalement la moins chaotique ! – Les paysages, eux, se succèdent toujours
plus beaux. Alors que nous traversons une zone de roches rouges orangées
magnifiques nous piquons du nez, lorsque nous rouvrons les yeux ce sont des
pâturage d’un vert éclatant à perte de vue, des crêtes vertes aussi au dessus
desquelles pointes quelques sommets couverts de glaces, éclatants de blancheur
s
ur un ciel superbement bleu !
Enfin nous
arrivons au sommet de la piste, au col de Kyzart baignant dans la verdure et la
douceur des courbes du relief. Le cadre est très beau… Mais au col lui-même une
grosse pancarte rouillée indique probablement que c’est le col de Kyzart, un
chasse-neige antédiluvien finit de tomber en morceaux dans un ravin et 3 ou 4
roulottes en ferraille complètement rouillées et moisies servent d’habitations
à quelques familles qui vivent visiblement de la vente de saloperies en tous
genres aux voyageurs des bus qui s’arrêtent ici. Et vu la gueule des poissons
séchés, il faut une sacrée dose de courage pour oser leur acheter quoique ce
soit. Partout ailleurs tout n’est que verdure, troupeaux et yourtes !
Retour immédiat au cœur de notre
voyage ! Petite pause sur un rocher pour
étudier la carte et tenter de déterminer notre cap, avec une carte au 1/200.000
et sur des crêtes herbeuses pareilles, il faut faire confiance à l’exactitude
de la carte et à l’azimut de la boussole mais finalement nous trouvons notre
probable petit col et chargeons les sacs sur le dos pour entamer notre longue
journée de marche sur ces pentes douces et herbeuses. Un gamin que nous
croisons nous confirme rapidement que notre cap est le bon et nous regarde nous
éloigner en nous saluant le plus longtemps possible.
Passé une
première bosse nous débouchons sur un grand replat couvert de troupeaux et de
yourtes au beau milieu duquel 2 vieux sont assis et discutent le bout de gras
face à leur troupeau. Je ne crois pas qu’ils nous aient vu. Plus loin le long
d’une barre rocheuse des gamins juchés sur des ânes avec de gros bidons et
escortés par un chien galeux sont visiblement de corvée de flotte. – Tout à
coup un ronronnement qui vient à nous en s’amplifiant, nous nous arrêtons pour
voir passer un équipage incongru : ici, au milieu de nulle part, sur ces
pâturages sans fin nous voyons débouler une vieille Lada remplie au ras bord de
toute une famille qui la prend pour un autobus. L’infortuné véhicule est en
plus chargé d’une quantité impressionnante de bagages entassés sur la
galerie ! On dira ce qu’on veut mais les Lada, c’est quand même endurant !
– Un peu plus loin des jeunes ados s’amusent comme des petits fous sur leurs
chevaux qu’ils lancent au galop dans toutes les directions. Il y a moins d’une
heure que nous avons quitté la piste et le col et déjà nous sommes
transportés
ailleurs dans un autre monde !
Arrive la dernière côte un peu plus raide et éprouvante que nous attaquons d’un pas décidé poursuivies l’air de rien par toute une troupe de gamins qui font mine de vouloir rejoindre un troupeau de brebis qui franchit le col… Nous nous délectons du spectacle de ce troupeau dont les retardataires soudain perdus bêlent tout ce qu’ils peuvent pour retrouver leurs congénères. Quand aux agneaux turbulents ils ne font plus leur malins et pleurent tout ce qu’ils peuvent d’avoir perdu leurs mamans. Par chance ils sont partis dans la bonne direction, ils retrouveront donc leur monde une fois le col franchi.
Pour notre
part nous le franchissons aussi, un col un peu spécial car il est constitué
d’un vaste replat tout vert (il va falloir cesser de le dire !) couvert de
troupeaux de vaches ou de chevaux qui galopent joyeusement de-ci de-là pour
échapper à quelques cavaliers qui se sont mis en tête de les regrouper et de
rompre ainsi leur liberté. Partout nous entendons siffler des marmottes en en
repérons quelques unes qui nous confirment la taille colossale de l’espèce
locale ! Cette paisible descente est un véritable bonheur à travers
l’herbe et les fleurs des pâturages et dans ce cadre de grosses collines
toujours vertes. C’est ainsi que nous débouchons sur une cuvette occupée par
une yourte isolée et éloignée de tout… Nous nous asseyons un long moment pour
grignoter un truc et nous délecter de l’ambiance du lieu tout en regardant la
carte. Erreur fatale car j’opte illico pour un raccourci pour éviter le long
crochet décrit par l’itinéraire de la carte.
Je n’en suis
pourtant pas à mon premier raccourci et l’expérience a rarement dérogé à la
règle selon laquelle le raccourci est presque toujours un plan galère… Tu
confirmeras Nem ? Mais dans un tel paysage de pentes douces et de grosses
collines débonnaires, comment résister à la tentation. Bien sûr les débuts sont
prometteurs et nous descendons comme dans un rêve dans de hautes herbes et des
vallons magnifiques jusqu’à ce que l’un d’entre eux ne se transforme en gorge
de plus en plus raide, de plus en plus encombrée de végétation touffue et de
plus en plus impraticable. L’évidence est là, il nous faut sortir de
cette
gorge et attaquer la pente hyper raide qui part à gauche et qui glisse. Certes
c’est sans danger mais pour les cuisses c’est un effort soutenu qui nous
conduit sur une crête. Et pan ! Deuxième claque : la gorge continue
de ce côté-là aussi et nous impose de la longer dans une remontée épuisante, la
lassitude et la fatigue nous gagnant inexorablement. Et paf ! 3ème
claque, après un replat très encourageant nous tombons sur une nouvelle barre
rocheuse… C’est la magie des raccourcis foireux ! Une barre rocheuse que
nos devons encore remonter un bon moment
avant d’y dénicher une petite sente qui nous permettra enfin de gagner la vaste
cuvette du jailoo que nous apercevons en bas. Une descente raide et glissante
qui finit de nous réduire les muscles des jambes en compote. Je suis claqué et
je n’ai pas besoin de décodeur pour comprendre que Marion en a plus que sa
claque ! Cela fait 7h00 que nous marchons. Enfin nous atteignons le bas de
la pente.
Sauf qu’au bas
de la pente nous tombons évidemment nez à nez avec une large rivière, pas très
nerveuse certes, mais rivière glacée quand même… Marre me semble être un doux
euphémisme ! - Le temps de rechausser les grolles et nous tombons sur un
camion 4x4 flanqué d’une tente marabout
sous laquelle 2 kirghizes s’affairent et nous invitent à prendre le thé !
Voilà un petit thé qui tombe à pic pour se refaire le moral. Ces deux hommes
sont l’intendance d’un petit tour-opérateur kirghize tenu par des
français : Randonnée Céleste, qui propose essentiellement des séjours de
randonnée équestre. En tout cas les types sont super gentils et souriant, nous
offrant même 1 ou 2 truc à manger. Je suppose que ce n’était pas autorisé car
lorsque le
groupe de cavaliers arrive il nous faut vite terminer ce que nous
avons dans la bouche ! Nous ne nous attardons cependant pas car l’orage
nous talonne et il y a urgence à trouver notre refuge de laine tassée pour la
nuit même si l’espoir est mince de passer à travers les gouttes.
Rapidement
nous arrivons à une première ferme déserte quoiqu’en état correct. Pourquoi
est-elle vide ? Mystère… Mais si nous souhaitions y trouver un refuge
providentiel il nous faut déchanter : tout est fermé excepté une petite
remise ultra glauque remplie de peaux de moutons. Nous y perdons de précieuses
minutes car l’orage cette fois est sur nous ! Par chance, aux premières
gouttes de flotte nous atteignons une jolie cabane qui est fermée aussi à
l’exception d’un petit local précaire mais couvert. Nous sommes bons pour y
passer la nuit mais pfffff, tu parles d’un plan foireux.
Lorsque l’orage part à
l’assaut d’autres pans de montagne la journée décline, mais normalement la
yourte n’est plus très loin quoique nous ayons bien du mal à nous situer avec
précision sur la carte. Pourtant la perspective de passer la nuit dans ce
clapier est trop décourageante, nous choisissons de nous remettre en route et
de tenter le coup.
Soit la carte
est inexacte, soit le positionnement de la yourte était mauvais, soit c’est moi
qui ai été mauvais, mais en tout cas, de yourte point ! Nous arpentons la
pente de points hauts en points hauts pour un maximum de visibilité mais rien.
Excepté un cavalier avec son chien qui passe tranquillement quelques centaines
de mètres au dessus de nous. Ni une ni deux : je le siffle ! Lorsque
nous le rejoignons c’est pas gagné, il ne comprend pas un mot de russe et ne
connaît que le kirghize. Nous captons néanmoins qu’il se nomme Mirlan et qu’il
ne connaît pas de yourte du CBT dans le coin. Finalement, devant notre air
perdu, il nous invite à le suivre jusqu’à leur campement ! Nous lui filons
ainsi le train pour une longue, longue traversée tandis qu’il nous précède et
rassemble ses vaches pour les ramener au campement pour la nuit. Pas une
seconde il ne nous attend et pour filer le train à un canasson même au pas, il
ne faut pas être avare du mollet !
Enfin, alors
que la nuit tombe et que l’on commence à ne plus y voir grand-chose, nous
découvrons deux yourtes hautement rustiques qui trône sur un petit replat
également squatté par des vaches, chevaux et chiens aux oreilles coupées.
Pourquoi ? Parce que comme dans toutes les zones où rodent les loups les
bergers coupent les oreilles aux chiens pour ne pas offrir de prise en cas de
lutte contre le grand méchant ! A l’heure où nous arrivons la famille
est en pleine traite des vaches pour le beurre et des juments pour le koumis. Nous
y sommes néanmoins chaleureusement accueillis par le très souriant chef de
famille qui est prof à Bishkek mais passe toutes les vacances d’été sous la
yourte avec sa famille pour perpétuer la tradition et
se ressourcer. Rapidement
il nous indique un emplacement pour monter notre tente. Un montage qui
constitue un spectacle de choix ! Ce n’est pas tous les jours qu’ils ont
droit à une telle représentation. Le chef de famille nous précise que eux, ils
ne voient ça qu’à la télé ! Nous leur répondons en montrant les yourtes
que pour nous aussi « ça, c’est seulement à la télé ! » et nous
rions… En tout cas la tente en nylon, ça les passionne et ils font cercle
autours de nous, abandonnant tout travail en cour pour nous regarder faire. Diantre !
Il faut dire que nous battons je pense notre record de vitesse pour son montage
et assister au montage d’une cabane de nylon en une poignée de minutes ça les
interpelle : il leur faut 2 heures pour monter la yourte même si c’est
évidemment incomparable. Après la tente c’est l’apparition des matelas
autogonflant puis des duvets qui deviennent des attractions de premier ordre.
Enfin une fois que nous avons l’air d’avoir fini
d’installer notre bivouac nous
sommes conviés à pénétrer sous la yourte pour partager le thé.
En plus du thé
on nous offre un pain absolument succulent encore rehaussé par un beurre
divin ! C’est un vrai régal ! l’intérieur de la yourte est
particulièrement dépouillé. Comme toujours des alagiyis recouvrent le sol pour
s’en isoler tandis qu’un tas de matelas et de couvertures attend dans un coin
d’être étalés pour la nuit. Au centre une table basse rectangulaire autour de
laquelle tout le monde fait cercle et sur le côté l’inévitable poêle ne sait
plus s’il doit cracher sa fumée dedans ou dehors. Enfin le seul mobilier est
constitué par un vieux meuble branlant qui héberge notamment un antique poste
de radio sur lequel défilent des
chansons ultra traditionnelles sur le héros légendaire kirghize :
Manas ! Un peu comme on écoutait les troubadours du Moyen-âge chanter la
chanson épique de
Rolland ! C’est irréel. Parallèlement le chef de famille
est un indécrottable bavard et il entretient la conversation sans jamais
faiblir. Une chance car si nous comprenons assez bien de quoi il nous parle
nous aurions été bien en peine d’entretenir le feu des mots avec notre russe
encore sommaire. Il nous raconte sa vie à Bishkek « où il a tout » et
aussi son service militaire dans l’Armée Rouge qui l’a mené plusieurs années en
Europe et plus particulièrement en RDA ! Il en garde un souvenir
impérissable… Nous découvrons tant en Ouzbékistan qu’ailleurs dans les
anciennes républiques soviétiques que le service militaire était à l’époque une
période appréciée car elle permettait de faire ce genre de grands voyages et de
découvrir d’autres parties du monde !
La famille
entière est adorable et multiplie sourires, questions pertinentes et petites
attention : surtout nous ne devons pas manquer de pain ou de thé ! Enfin
la nuit commençant à s’avancer nous remercions et nous retirons sous notre
tente. Quel bonheur que cette merveilleuse soirée dans l’intimité d’une famille
de pasteurs kirghizes ! Un vrai
déracinement, un moment extrêmement fort
que nous n’oublierons pas de sitôt et qui bien sûr alimente tard dans la nuit
nos conversations émerveillées jusqu’à ce que le sommeil ne prenne possession
de notre lucidité pour la peupler de rêves dont je doute qu’ils aient été plus
beaux que ceux de nos journées !
Nous sommes néanmoins réveillés en plein milieu de la nuit par l’agitation des chiens aux oreilles coupées. Ils reniflent, grognent en tournant nerveusement autour du campement. Plus loin dans le lointain nous entendons hurler à la mort et du coup nos chiens à nous s’y mettent aussi avant d’émettre des aboiements et des grognements enragés. Que se passe-t-il ? Je suppose que quelque chose d’indésirable rode dans les parages. Des loups peut-être ??? Nous ne le saurons jamais… Car finalement ça se calme et nous pouvons nous rendormir en tendant l’oreille…
16 janvier 2008
Une journée à Kochkor (06 juillet 2007)
(Pas de photos pour ce jour là !)
Marion a trop abusé du thé hier soir, elle le paye de multiples allers-retours nocturnes jusqu’à la cabane pestilentielle du fond du jardin confirmant que la principale différence entre l’homme et la femme est la taille de la vessie… Ca sent le prix Nobel de médecine une découverte pareille ! A 9h15 finalement nous émergeons et nous rendons au salon pour le petit déjeuner. Nos 4 compères de la veille ont déjà levé le camp, nous avons donc toute la maisonnée pour nous seuls, autant dire que nous sommes comme des rois. Au menu un riz au lait de 1ère catégorie accompagné de beurre et de confiote, nous n’en arrêtons notre consommation qu’une fois le ventre au bord de l’éclatement ! Vient alors l’heure de la toilette dans l’espèce d’évier portable en zinc de l’entrée qui est muni d’un réservoir en hauteur qu’il faut remplir d’eau chaude avant emploi… Notre toilette est une attraction de choix pour les 2 gamines dont les frimousses d’espionnes dépassent du rideau.
Nous voilà fin prêts à affronter une nouvelle journée qui s’annonce somme toute tranquille puisque nous avons tout simplement prévu de rester à Kochkor et de nous reposer. La mère du petit propose de nous accompagner et c’est donc en discutant avec elle que nous prenons les rues de Kochkor. SI la ville en elle-même est plutôt sans attrait (c’est un euphémisme) ses ruelles sont finalement assez agréables et nous y retrouvons l’ambiance découverte à Karakol à Pâques : de larges ruelles en terre rectilignes bordées de jolies maisons avec un étage en bois généralement pourvu d’un magnifique balcon plus ou moins sculpté. Des maisons qui ont indiscutablement un air de famille prononcé avec les isbas russes mais quoi d’étonnant ? Finalement ne sont-ce pas les soviétiques qui ont sédentarisé de force le peuple kirghize qui n’aspirait qu’à rester sous les yourtes ? Tout le long des rues, les lampadaires sont tous ornés de « décorations » métalliques accrochées comme des étendards et qui représentent des drapeaux rouges, des étoiles rouges ou encore des faucilles et marteaux…En chemin nous passons devant une maison particulière décorée de faucilles et de marteaux : un nostalgique sans doute ! Pile en face nous entrons dans une maison où l’on croise un vieux papi à kalpak complètement cramoisi et dont la mamie confectionne des shirdaks et autres objets en laine tassée, c’est d’ailleurs pas mal du tout et nous lui achetons quelques bricoles.
Notre guide nous emmène ainsi devant le cinéma de la ville qui bien entendu ne fonctionne plus depuis belle lurette mais dont le parvis d’entrée est constellé de bustes des kirghizes les plus célèbres : poètes, administrateurs, guerriers… Ils y sont tous à l’exception incroyable de Manas, le héro légendaire local ! – Juste derrière se trouve le musée qu’elle nous fait ouvrir tout spécialement pour nous et que nous visitons sans lumière. Un musée en état de délabrement assez avancé mais qui n’est pas sans intérêt : outre une salle de taxidermie légèrement mieux que celle du musée d’histoire naturelle de Khiva (ce qui n’est pas rien !) où nous découvrons une race de marmottes gigantesques, elles ont la taille d’au moins 3 ou 4 de nos marmottes pyrénéennes ! A cette vue nous en concluons que c’est certainement cette bestiole que nous avons aperçue une fois au loin sur un versant de montagne et que nous n’avions pu identifier. Ca explique aussi les énormes terriers que nous rencontrons régulièrement au bord des sentiers de montagne. – D’autres salles retiennent toute mon attention par leur côté nostalgique puisqu’elles sont consacrées à la gloire et à la propagande soviétique ! Affiches de propagande extraordinaires, photos de héros ordinaires que l’URSS aimait ériger en exemple, photos à la gloire du travail et de l’agriculture. Toute une époque que l’état de délabrement de l’endroit et l’absence de lumière renforce. J’adore !
Derrière le musée un parc arboré qui n’est plus guère entretenu accueille un vieux carrousel rouillé où notre accompagnatrice venait jouer lorsqu’elle était petite. La ville toute entière semble s’être figée avec le départ des russes, tout un monde s’est écroulé remplacé par rien. Et les vestiges de cette domination passée ne sont plus que des reliques qui meurent à leur place, dépouillées de leur fonction d’antan. Et c’est finalement par la rue principale et sinistre que nous débouchons sur un bazar miteux sans ambiance particulière où, sans vouloir être mauvaise langue, la moitié des personnes ont l’air franchement dégénérées, et le kalpak national n’arrange rien... C’est comme le parc automobile : un truc de fou ! Jamais vu un tel rassemblement de voitures asthmatiques (enfin pas tout à fait des voitures : des Lada) ! C’est la cour des miracles de l’automobile ! Ca couine, ça grince, ça perd des morceaux, ça roule avec un coffre ou une portière ouverte qui ne ferme plus depuis des décennies… Pas une qui fasse le même bruit, c’est proprement hilarant ! Et je ne parle même pas des bus bancals et bondés, ni des camions antédiluviens qui accompagnent le trafic. Sur les trottoirs quelques yourtes miteuses servent de bar à koumis que l’on vend dans des bidons à lait en remplissant des bouteilles en plastique et que l’on boit kalpak sur la tête !
Nous achetons 2 ou 3 bricoles et prenons le chemin du retour à la maison de Guku, nous tombons ainsi sur la statue de Lénine qui trône toujours sur une petite place ! Un Lénine dont la chute du communisme lui aura fait boire le calice jusqu’à la lie puisque dans son infortune il doit supporter l’humiliation de trôner ainsi juste à l’entrée….d’une banque !!!
Une fois de retour à la Guest-house c’est la grande lessive que nous organisons à la chaîne : Marion frotte, j’essore ! Le manège amuse les gamines qui trouvent le jeu rigolo d’arroser Marion dans son dur labeur, et elle a beau les gronder et leur faire les gros yeux ça ne les impressionne guère… Tu parles d’une maîtresse d’école !!! lol. La lessive terminée et étendue nous sommes conviés au thé dans la cuisine familiale. « D’habitude les gens ne viennent pas ici » nous dit Guku, mais que voulez-vous, elles ont craqué face à notre charme irrésistible et nous sommes dors et déjà devenus des membres de la famille ! Ce partage du thé dans l’espace familial est un pur moment de bonheur où nous pouvons discuter avec elles, ce qui nous permet de constater avec joie que s’il est extrêmement imparfait d’un point de vue grammatical notre russe a tout de même progressé et nous permet désormais de suivre quelques discussions simples hors des sentiers battus. C’est probablement aussi ce qui leur plait en nous : usuellement les touristes de passage ne parlent jamais anglais tandis qu’elles ne parlent rien d’autre que le russe et le kirghize, la communication est donc impossible. Avec nous c’est une révolution puisque les touristes baragouinent en russe ce qui leur ouvre de nouveaux horizons ! Et ce qui nous en ouvre tout autant puisque cet atout considérable nous permet de traverser les pays non plus comme de simples spectateurs contemplateurs mais au contraire en nous permettant d’entrer concrètement dans le pays en allant au contact des gens et en tissant des liens que seule l’apprentissage de la langue peut permettre. Quelle richesse dans notre voyage que cette capacité à communiquer avec les gens !!!
Cette heure du thé est aussi un moment privilégié pour partager un peu la vie de ces femmes sans hommes à l’histoire tragique. Guku avait 2 fils et un mari. En quelques mois sa vie s’est effondrée : Son fils aîné est mort de je ne sais quelle maladie laissant sa belle-fille avec 2 enfants à charge, quelques semaines plus tard son 2ème fils se tuait en voiture. Et un malheur n’arrivant jamais seul son mari en est mort de chagrin quelques mois plus tard… Voilà comment ces deux femmes se sont retrouvées à vivre ensemble avec 3 enfants et sans autres ressources que leurs 2 moutons et leur jardin… C’est le CBT qui leur a ouvert de nouvelles perspectives et leur a permis de rebondir en accueillant des touristes de passage dans leur maison et leur extraordinaire famille débordante de gentillesse et de chaleur… Décidément ce CBT, je ne saurais trop inviter les visiteurs du pays à recourir à leurs services non seulement parce qu’ils sont excellents mais aussi parce que leur objectif est tellement riche humainement.
Pour nous est venue l’heure de retourner dans Kochkor pour nous rendre au seul café Internet de la ville ! Il serait exagéré de dire que d’apprendre qu’il n’y avait plus de connexion fut une grande surprise et nous nous sommes rabattus sur la banque pour y changer 100 euros. Le taux est minable mais bon, nous sommes à Kochkor !... Le guichet est fermé mais une bonne femme m’assure que c’est ouvert… Je poireaute donc jusqu’à ce que je comprenne qu’il faut frapper au volet roulant pour réveiller la personne qui roupille derrière ! Et ça marche, le volet s’ouvre et le change est fait. On voit de ces choses tout de même… Non, le modèle occidental n’a pas encore tout conquis !
Sur la rue principale nus pénétrons dans un magasin « handicraft » extérieurement prometteur mais ce n’est qu’extérieur, à l’intérieur ce n’est pas terrible du tout et ce n’est pas l’espèce de jeune défoncé qui végète dedans qui nous fera changer d’avis. Nous ressortons et pénétrons cette fois chez « CBT Eco Plus » un organisme qui vampirise le nom du CBT pour faire du pur business… Ils ont totalement nuls, sont incapables de situer leurs propres yourtes sur une carte à moins de 20 km près (une bagatelle lorsqu’on est à pied !) et en plus évitent de répondre à toute question pour nous les vendre… Bref, une seule adresse : le CBT, le vrai, qui n’est peut-être pas sur la rue principale mais qui n’a vraiment pas de rivaux que ce soit pour l’accueil que l’on y reçoit, pour la qualité et la précision des infos que l’on nous y donne (gratuitement et avec le sourire), pour leur capacité à organiser impeccablement tout ce qu’on leur demandera, et encore moins sur le plan du projet qui sous tend cet organisme.
Bref, au mur une carte expose toutes les yourtes qui bossent avec eux que je recopie méticuleusement sur nos propres cartes avec le type du CBT derrière mon épaule pour me corriger et me préciser que cette année telle ou telle yourte a bougé de 500m ! Il nous demande notre projet et je lui explique par quel chemin nous comptons nous rendre au lac Song Kol, aussitôt il nous dit que a ne passera pas ! Le col à 4000m est encore enneigé et 2 canadiens ont du faire demi-tour il y a 2 jours, aussi nous expose-t-il plusieurs autres itinéraires possibles en nous exposant les plus et les moins de chacun d’eux, le tout gratuitement ! Certes il peut nous proposer le taxi, le guide, des chevaux mais ce n’est absolument pas une condition pour bénéficier de ses brillants conseils.
Juste derrière leur bureau nous trouvons un magasin Sheppers Life qui est une véritable mine de shirdaks, aligiyis et autres objets traditionnels kirghizes ! Une vraie caverne d’Ali Baba ! Nous y restons un long moment à nous émerveiller des magnifiques tapis que nous déroulons les uns après les autres sans rien acheter. Comment transporterait-on des trucs pareils sur un trek ? Nous verrons au retour.
Enfin pour rentrer Marion veut trouver des fleurs à offrir à Gulu pour leur extrême gentillesse mais ce n’est pas une mince affaire ! Finalement nous nous retrouvons dans une espèce de minuscule kiosque vendant les pires pacotilles et dont la tenancière extirpe de sous son comptoir d’improbables roses ! Chouette ! Gulu aura ses roses. Mais le temps de se dire cela que notre vendeuse les a aspergées de paillettes avant de les empaqueter gauchement ! Nous sommes morts de rire ! Le bouquet est parfaitement ridicule maintenant mais nous supposons que c’est dans les goûts locaux. Il ne nous reste plus qu’à l’espérer en tout cas !
Gulu est toute contente du bouquet et s’empresse de l’enfourner dans un pot qui est disposé à côté de la télé. Mais, sans doute encore un usage local, il est mis tel quel dans le pot de fleur c'est-à-dire sans en retirer l’effroyable emballage…. – Quand à nous commettons la tragique erreur de nous installer dehors sur un banc pour regarder la carte et choisir notre itinéraire. Et paf ! Gulu en profite pour nous porter….. le Grézia !!!!! pas de surprise c’est toujours aussi infect et comme hier c’est la plante qui en subira les conséquences dès que Gulu aura tourné le dos… Comment ces satanés gosses peuvent-ils la poursuivre elle et cette maudite bouteille pour en avoir encore et encore ? Mystère… Car s’il y a des choses auxquelles on peut s’habituer et même apprendre à apprécier (comme le koumis par exemple) je doute fort que le Grézia en fasse partie !!!
Afin d’éviter un possible retour du monstrueux breuvage nous nous rapatrions à l’intérieur et rejoignons la salle télé où toute la famille est captivée par un feuilleton d’aspect encore plus débile que « les feux de l’amour » ! De la pure daube que nous regardons avec amusement et intérêt puisque, nous disent-elles, toutes les télés sont allumées sur cela au Kirghizstan !
Enfin vient le repas du soir pour lequel les deux femmes nous ont concocté de succulents mantis à la kirghize…. Un pur régal dont nous nous gavons car en plus il y a la quantité. C’est donc suffisamment lestés pour ne pas craindre de tomber du lit que nous pouvons aller nous coucher
Se Saralaa Saz à Kochkor (05 juillet 2007)
Ce matin nous
nous réveillons tôt, 6h30 après une nuit pas terrible : chaleur et moiteur
sous nos duvets
finalement trop chauds ! Un comble… C’est un imbécile de
clebs qui me réveille en venant sniffer bruyamment notre toile de tente avant
d’aboyer comme un abruti avant de déguerpir en couinant, la queue probablement
entre les jambes, lorsque je fous un coup de poing dans le nylon ! D’abord
tout est silencieux mais peu à peu j’entends les premiers bêlements dans le
lointain suivi d’autres bruits tous identifiables : les meuglement des
vaches, le bruit de sabots des chevaux, un enfant qui pleure, les ahanements
d’un bourricot, des voix, le bruit des cordes que l’on active pour déplacer de
carré de feutre qui obstrue le ciel de yourte pour la nuit… Le jailoo émerge,
s’éveille et s’anime tout doucement. J’écoute tranquillement tous les nouveaux
bruits de cette matinée en essayant de les reconnaître, c’est un jeu très
plaisant que d’essayer d’imaginer les scènes matinales de ce monde à part.
Bientôt
bêlements et vagissements se rapprochent pour arriver jusqu’à frôler la tente
comme le prouve le bruit sourd des sabots dans la terre. Y’en a bien une qui va
se prendre les pattes dans les ficelles de la tente et nous écrabouiller !
Je balance donc quelques coups de poing dans la toile pour les effrayer et les
inciter à passer un peu au large mais mauvaise pioche, au lieu de les éloigner
ça les intrigue et les attire ! Et je vois avec amusement les museau
des
bovins s’incruster dans la toile en reniflant bruyamment ce que peut bien
camoufler cet objet insolite sur le jailoo. Mais ils ne sont que de passage et
s’éloignent sans nous avoir ratatinés…
Tout à coup
c’est une véritable cavalcade que le sol fait résonner dans nos tympans dans un
concert de hennissements nerveux, un brouhaha qui ne s’arrête que pour céder la
place au bruit de l’eau agitée. A priori les chevaux sont accourus jusqu’à
notre étang pour s’y baigner ! Je n’y tiens plus et ouvre la glissière de
l’entrée pour voir ça ! Mais ma première vision du jailoo c’est de
constater que le soleil a quitté le ciel de Saralaa-Saz ! Adieu la
luminosité, on a bien fait de mitrailler hier ! Je m’extirpe néanmoins en
luttant de mon duvet, m’habille, me chausse… Bref, perds un temps précieux et
lorsqu’enfin je pointe mon nez dehors les chevaux sont en train de quitter leur
bain et déguerpissent joyeusement au triple galop, heureux de cette nouvelle
journée de liberté qui commence. Marion roupille toujours après avoir consulté
la carte, je décide d’aller faire un petit tour sur le jailoo pour passer
derrière la grande croupe herbeuse et
voir ce qui se cache derrière. J’aurais marché 1h15 A/R pour rien, chaque croupe
herbeuse ne faisant qu’en cacher une autre : le jailoo ne s’arrête donc
jamais ?! En effet la carte m’avait fait deviné que nous n’en voyions
qu’un petit 1/3, c’est fou ! Je n’ai cependant pas tout perdu car les
paysages sont toujours aussi euphorisants même
sans soleil. – Lorsque je suis
de retour à la tente elle est cernée de vaches tandis que Marion est en train
de s’affairer autour. Ce matin nous n’avons plus d’eau donc pas de petit
déjeuner…
Nous terminons le bouclage de nos sacs lorsque nous découvrons un piéton en forme de tâche rouge qui monte dans l’herbe… Pas de doutes possibles : qui dit piéton dit non kirghize, je siffle un grand coup, il se retourne : c’est Paulo ! Il a tôt fait de nous rejoindre et nous sommes vraiment ravis de le revoir tant il nous est sympathique. Tout en dégustant quelques abricots secs nous discutons de nos errances kirghizes depuis notre séparation ! Lui nous raconte le monde glauque et surnaturel de Balykchy (ville située à l’extrémité ouest du lac Yssik Kul) exclusivement peuplé de poivrots ; mais aussi et surtout d’une magnifique randonnée effectuée vers le lac de Kol Ukok, juste à côté de Kochkor, absolument fabuleux nous dit-il, nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de le vérifier mais nous le garderons en réserve pour un prochain voyage... Quand à nous, puisqu’il effectue notre trajet en sens inverse nous tachons de lui donner le plus d’indications possibles sur le cheminement à suivre ce qui n’est pas un luxe vu qu’il s’apprêtait à remonter tout droit et serait alors tombé sur les glaciers de l’autre coté de la crête… Et puis nos chemins se séparent à nouveau alors qu’ils filent vers les yourtes qui nous avaient accueilli la veille. Qui sait ? Peut-être se croisera-t-on de nouveau puisqu’il doit se rendre au lac Song Kol avec sa femme dans quelques jours ?
Quelques
minutes plus tard nous retournons nous aussi à ces mêmes yourtes pour les
saluer et aviser le grand-père que finalement nous préférons descendre à pied
non sans lui réitérer nos remerciements. Et vlan ! On nous propose le koumis !...
Horreur ! Non parce que même si hier c’est passé, c’est quand même pas un
Saint-Estèphe ! Mais alors là, ajeûn et au petit déj’… Nous prétextons que nous devons vraiment partir
pour esquiver et coup de pot : ils n’insistent pas. Sauvés ! Mais
aurons nous toujours cette chance puisque nous avons désormais compris que nous
étions condamnés au koumis pour le reste de notre séjour.
Ca y est, nous
nous mettons en route sur une piste (herbeuse of course…) et ne tardons pas à y
croiser des cavaliers dot l’un reste discuter un peu avant de s’éloigner et de
chevaucher devant en prenant néanmoins bien soin de ne jamais nous semer au gré
d’une halte jumelles pour surveiller les troupeaux. C’est ainsi précédés que
nous à une nouvelle yourte munie d’une banderole « welcome » :
c’est une tente du CBT (Community Based Tourism), une excellentissime
structure de développement touristique
au profit des populations locales et dans la préservation des coutumes et
traditions… Un organisme que nous ne saurions trop conseiller à tout voyageur
tant pour leur sérieux que pour la philosophie de développement touristique
intelligent et « propre » qu’ils véhiculent.
Cette yourte est précédée d’un tas de bouses (ou de tourbe ?)en train de sécher le long d’un enclos auquel sont attachés un âne bâté et un cheval sellé, elle est aussi flanquée d’une croulante roulotte en ferraille bleue d’où proviennent des rires et des voix grasses. Une femme déboule au milieu des poules et nous lui demandons à déjeuner ce qui ne pose évidemment aucun problème. Nous pénétrons donc dans la « yourte d’accueil » inondée de couleur ! En effet elle est intégralement tapissée de jolis shirdaks aux couleurs vives tandis que d’énormes couvertures entassées attendent le touriste dans un coin. – Le petit déjeuner ne tarde pas à arriver, il est constitué de bursaux (merveilles), kuïmok (crème fraîche), confiture, thé et pain, le tout étant succulent et hautement réparateur ! Derrière nous les rires se font de plus en plus gras dans la roulotte, témoignant d’un taux d’imbibation à la vodka déjà largement excédentaire…Bientôt un garçon de 15 ou 16 ans arrive, le fils de la patronne, il n’a pas l’air totalement achevé le pauvre. Il est rapidement accompagné du père qui s’assoit avec nous mais ne nous dit absolument rien, il se contente de prononcer un mot, un seul, et la femme fille ventre à terre pour revenir tout aussi vite en lui portant du pain, du thé, etc… En voilà une de matée, et de bien matée ! Quel beau pays !!!!
C’est alors
que le vent se lève et s’engouffre par le ciel de yourte ouvert sans doute
annonciateur de pluie ce qui ne sera pas une surprise avec un ciel gris dès le
petit matin ! Sur ordre de la mère
le fils pas fini sort fermer le toit ouvrant serré de près par Marion qui
veut filmer la scène ! Enfin j’espère… C’est pas compliqué, il y a juste
une pièce
de laine tassée que l’on bouge à l’aide de cordes fines pour ouvrir
ou obstruer l’ouverture. Et puisqu’elle est sortie nous en profitons pour
repartir après avoir payé une misère notre petit déjeuner. Et maintenant droit
vers le bas de cette immense zone verte en pente douce au milieu trône une
cabane en bois : des chiottes au milieu de rien : l’image est
cocasse ! En avant !
Nous entamons notre longue descente de la journée le long de la piste ou à travers l’herbe sur cet immense pâturage semée de millions d’edelweiss. Instants idylliques dans un cadre aussi beau et paisible où il n’y a rien d’autre que d’énormes troupeaux ! Nous nous arrêtons d’ailleurs pour observer un petit troupeau de chevaux en totale liberté, courent, marchent, s’ébrouent avec cet étalon qui fait régner l’ordre dans les rangs ! – Alors que nous atteignons enfin le bas du jailoo nous passons à proximité d’une dernière yourte moyenâgeuse avec des oies qui se dandinent devant la porte et une jeune fille qui file de cacher à l’intérieur à notre vue. Bientôt nous atteignons la rivière que nous traversons sur des buses où des enfants s’amusent à jeter des bouts de bois pour les regarder ressortir de l’autre côté, emportés qu’ils sont par le courant ! Les enfants jouent décidément toujours aux mêmes choses partout à travers le globe.
Depuis un
moment nous sommes maintenant sur une véritable piste aménagée et monotone qui
descend interminablement jusqu’au village de Shamshi et nous commençons à en
avoir plein les bottes ! C’est que si la pente est douce, elle se rattrape
sur les kilomètres qu’il faut s’enfiler pour la descendre ! Bientôt c’est
la première ferme en dur que nous croisons, annonciatrice d’un retour au monde
sédentaire des vallées, à ce moment précis un cavalier passe devant l’entrée
d’où surgissent 3 ou 4 chiens en furie pour l’agresser… Pas très encourageant
tout ça ! Le type s’arrête à
notre hauteur et Marion lui demande si ces
chiens ne sont pas un peu trop cons pour qu’on puisse passer devant la ferme à
pied sans danger, l’homme a cette réponse magnifique : « sabaka eta
sabaka… » (un chien c’est un chien…). Rassurés par cette sentence
philosophique nous optons donc pour un vaste mouvement de contournement qui
nous fait escalader un raide talus instable, ce qui achève de nous couper les
pattes… Saloperie de clébards qui nous regardent passer là haut…
Plus loin,
toujours sur cette piste qui commence à vraiment nous gaver, nous passons à côté
d’un cimetière kirghize comme ceux que nous avions vu à Pâques sans jamais
pouvoir en prendre en photo. Il n’est pas spécialement beau mais l’occasion est
belle et je prends quelques unes de ces curieuses sépultures monumentales en
pisé ! Dommage que ce soit loin car sur l’autre versant, à flanc de
montagne, nous en apercevons un autre qui lui semble magnifique ! – Nous
en sommes à de nos observations lorsqu’un nuage de poussière approche à peine
précédé d’une Lada qui semble toucher le sol de son bas de caisse tant le poids
de son chargement est terrible : cette Lada a un air sud-américain tant
ils ont réussi à y entasser de monde de l’arrière grand-mère à
l’arrière-petit-fils… Quelle rigolade ! Quelques minutes plus tard c’est
un énorme 4x4 transportant des touristes qui nous saluent de la main, sans
doute vont-ils dormir à la
yourte du CBT ? Auquel cas nous avons peut-être
trouvé notre taxi providentiel pour Kochkor car on nous a dit que nous n’en
trouverions pas à Shamshi. Pour l’heure il nous faut poursuivre à pied plus
d’une heure et c’est alors que nous pénétrons enfin dans les premières maisons
du village que le 4x4 arrive et s’arrête. Bingo ! Il retourne à Kochkor et
nous ramène pour 400 soms (8 euros, un prix incroyablement raisonnable). Le chauffeur
est un homme extrêmement sympathique et gentil, très content en outre d’avoir
des clients qui parlent russe et avec qui il peut donc discuter. Avant il était
chauffeur routier mais il s’est reconverti en taxi en 4x4 car « ça paye
plus ! »
En tout cas nous
comprenons vite que le 4x4 n’est pas un luxe tant les routes sont
monstrueusement défoncées jusqu’à l’approche immédiate de Kochkor ! Du
jamais vu ! A tel point que toutes le voitures croisées (Lada only)
préfèrent rouler sur les bas côtés que sur le goudron à chaque fois qu’elles le
peuvent ! Les paysages eux sont toujours magnifiques entre pics enneigés,
montagnes vertes, falaises ocres, grises, oranges, rouges,… toutes les couleurs
y
passent ! Je garde aussi l’image de ce superbe et majestueux vieux en
tenue traditionnelle, avec une magnifique et longue barbe blanche juché sur une
mule enfouie sous le foin ! Quelle photo manquée !!! Décidément rien
ne vaut un voyage à pied !
Nous arrivons
enfin dans Kochkor et nous avons tôt fait de comprendre que cette ville pas
très grande est particulièrement moche ! Sale, gris, éculé… Tout sent le
passé ici. Sympa le chauffeur nous dépose devant le CBT (Community Based
Tourism) de la ville. L’accueil y est excellent et les informations reçues
s’avèreront excellentes aussi, on peut leur faire aveuglément confiance. Nous y
apprenons qu’après demain il y a un festival à Kochkor et qu’il y aura le 15 un
autre grand festival au lac Song Kol. On verra demain pour s’organiser mais
tout cela est alléchant. Pour l’heure nous gagnons le droit de remplir un
questionnaire destiné à améliorer leur connaissance de leurs visiteurs et à
mieux les satisfaire. Puis comme le CBT regroupe un certain nombre de familles
qui se proposent d’héberger les touristes chez eux on nous indique notre Guest-house
où le chauffeur nous amène gentiment. Après quelques zigzag d’une rue à l’autre
nous atterrissons devant un grand portail de bois écaillé anciennement bleu
clair, nous y sommes reçus avec force sourires par une famille excessivement
accueillante et gentille composée de la grand-mère (Guai), de la fille (ou
belle-fille ?), et des 3 loupiots craquants (2 filles et 1 garçon) dont
pas un ne dépasse les 3 ans je pense.
Comme en Ouzbékistan le portail d’entrée cache une vaste cour intérieure cernée de bâtiments aux rôles divers. Sur la gauche des sortes de remises avec une énorme citerne toute rouillée plantée devant tandis qu’à droite est plantée la maison d’habitation prolongée par des portes qui dissimilent une sorte de buanderie, puis le bain, puis le poulailler, puis le parc à mouton ! Au fond le poulailler, un fourbi et une cabane en bois qui ne laisse aucun doute sur sa destinée post-intestinale ; et au milieu une cour suivie d’un grand jardin potager avec quelques arbres fruitiers. – « Mais entrez, entrez ! » : on nous fait visiter notre nouvelle demeure puisque nous sommes ici chez nous ! L’entrée dissimule derrière un rideau un évier de jardin : c’est la salle de bain ! En c’est parti pour la chambre, grande et confortable, remplie de shirdaks et de coffres kirghizes joliment ornés. Mais le plus excitant c’est les matelas ! Ici, à Kochkor, ville perdue du Kirghizstan lui-même perdu en Asie Centrale, elle-même paumée au cœur de l’Asie nous tombons sur d’excellents matelas comme nous n’en avons jamais vu depuis que nous avons quitté la France ! Incroyable !…
Après notre
périple en montagne, c’est assez légitimement, vous en conviendrez, que nous
demandons à pouvoir prendre une douche. Ok ! Mais il faudra attendre qu’on
fasse chauffer l’eau ! Pas de problème, nous nous
asseyons dehors sur un
banc et au soleil, juste devant les patates du jardin sous l’œil goguenard des
enfants qui nous espionnent ! C’est dans ce pur moment de quiétude
qu’intervient le drame absolu de tout du voyage : le Grézia !!!!!!!!!
En effet Guku est arrivée armée d’une bouteille en plastique remplie d’un
liquide (si on veut) à la couleur peu engageante et de deux petits bols. Pas de
doute, c’est pour nous ! Nous pourrions fuir, oui, mais où ? Il ne
nous reste plus qu’à serrer les fesses… Mais surtout les dents… pour
filtrer ! Car le Grézia ressemble à s’y méprendre à du vomi avec petits
grumeaux et tout et tout, l’odeur en moins (tout étant relatif). Y’a même des
bulles à la surface… Bref, c’est répugnant !!! Pas pour tut le monde
cependant car les gamins se jettent dessus et l’avalent goulûment ! Du
petit rustique tout ça, ça te boit comme du petit lait des bols de Grézia qui
décimeraient des corps d’armée entiers… L’heure des braves a sonné !
Marion qui accorde beaucoup de crédit à mes papilles gustatives me laisse le
privilège de tremper le premier les lèvres dans le bol… Je m’attendais à un
truc à mi chemin entre l’immonde et le dégueulasse, c’est pire. C’est carrément
infâme !!!! Et ces grumeaux, quelle délicatesse !... Et dire qu’il
faut garder le sourire et affirmer que c’est délicieux !... lapée après
lapée nous faisons courageusement descendre le niveau du bol jusqu’à réussir à
presque l’assécher. Fatale erreur : Guku en profite pour refaire les
niveaux ! C’est l’enfer !...
Mais la chance
finit par nous sourire car je ne sais quel devoir rappelle Guku en cuisine,
nous voilà seuls. Enfin,
seuls avec notre bol de cloug liquide. Ni une ni deux,
profitant d’une seconde d’inattention des enfants (faudrait pas qu’ils caftent
les loustics !) nous nous précipitons sur une fleur du jardin pour lui
faire subir le cruel outrage d’un arrosage au Grézia ! Et croyez le ou non
mais le lendemain l’infortunée plante sera encore vivante ! Un vrai
miracle !
Pour ma part toutes ces émotions m’inspirent un petit tour aux WC, à peine le seuil franchit une effroyable puanteur dont je vous fais grâce des détails vous brûle les naseaux. L’endroit est pourtant propre mais la fosse creusée sous le trou n’a pas été vidangée depuis des millénaires et le bouillon de culture fait savoir son mécontentement ! Que d’émotions ! Un bon bain réparera tout cela…
En effet on vient de nous annoncer que le « bagna » est prêt et même que nous pouvons y aller à deux. Aaaah ! le bagna !... Quel truc extra ! Comment le décrire ? En fait il y a une sorte d’antichambre où l’on se dévêtit avant de franchir une seconde porte : un vrai sauna ! Dans cette pièce au sol de caillebotis un gros récipient plus que rustique a été remplit d’eau bouillante, sa chaleur étant entretenue par des galets placés dessous qui sont été chauffés à s’en fendre par de la bouse ou de la tourbe ! Il s’en dégage une buée chaude absolument délicieuse. Dans un coin un autre récipient est rempli d’eau froide tandis que 2 bassines nous attendent avec une casserole… Le fonctionnement du tout est simple : avec la casserole il suffit de puiser dans le bac chaud et dans le bac froid pour se remplir la bassine à la température désirée (brûlante donc !) pour y faire ses ablutions avant de se vider mutuellement la bassine sur la tête. C’est tout simplement hallucinant, génial et délicieux ! Rustique mais divin !
Une fois
décrassés nous sommes conviés à prendre……… le thé ! Ouf !.... avec un
groupe de 4 personnes : 2
hommes et 2 femmes : Mirlan le chauffeur,
Alkerbek le joueur de Komous, Aïda la prof de français kirghize et Vicky
l’anglaise vivant au Kirghizstan. Un quatuor qui passe son temps à rigoler à
gorges déployées. Ils sont de passage à Kochkor pour la nuit et bossent à
l’organisation d’un festival du cheval mais aussi à celle d’un grand raid à
cheval entre le Kirghizstan et paris à l’instigation d’une française prénommée
Jacqueline ! Pour l’heure ils écument le pays à la recherche de talentueux
joueurs de Komous ! – Aïda, elle, en profite pour nous confier son désir
de faire venir des profs français à l’université de Bishkek et nous fait une
discrète proposition, mais bon, je crois qu’elle n’a pas trop conscience des
salaires des français. Néanmoins nous essaierons de l’aider à trouver, qui
sait, avec des gens de l’AGIR ?
Quand à
Alkerbek il va chercher son KOMOUS (il est professeur de cet instrument au
conservatoire de Bishkek) et nous offre une concert d’un autre monde ! Le
Komous, instrument traditionnel kirghize s’il en est, est une sorte de petite
guitare ventrue à 3 cordes en boyau et en soie, son corps est en abricotier. Le
son qui en sort est assez clair. Alkerbek joue à une vitesse
impressionnante en faisant virevolter son instrument tout autour de lui
(obsédés !!!) et en chantant. Des chants qui vous transportent, de ces
chants très prenants qui semblent raisonner au fond de la gorge et en sortir
par un goulet d’étranglement. Un chant et une musique qui évoquent la steppe,
les grands espaces,
les montagnes et les yourtes ! Nous sommes transportés.
Le concert est interrompu par l’arrivée triomphale du festin préparé par nos deux hôtesses : une gargantuesque salade suivie d’une soupe grasse et succulente qui nous cale l’estomac pour 6 mois surtout avec les kilos du délicieux pain qui accompagnait tout cela que nous avons ingurgité. Le repas terminé le concert reprend de plus belle, encore plus époustouflant tandis que le plus petit des enfants de la maison (le garçon) écoute avec des yeux émerveillés. Comme il fallait s’y attendre nous n’échappons pas à un échange de bons procédés et devons nous aussi nous fendre d’une chanson française, et c’est Hugues Aufray qui aura l’honneur de nos cordes vocales– A l’issue de cet échange musical, comme il se fait tard, nous échangeons nos coordonnées et filons nous coucher.
Nous avons passé encore une fois une bien belle journée avec notamment cette fantastique soirée. Guku, la petite mamie au Grézia, est ravie elle aussi : c’est la première fois que tous ses hôtes partagent une soirée ! Et quelle soirée ! Elle aussi s’est régalé et n’a jamais entendu un aussi bon joueur de Komous ! Elle est aux anges ! Comme nous tous je crois…
17 octobre 2007
Le jailoo de Sarala-Saz (04 juillet 2007)
Après 3 jours
à remonter, franchir le col et descendre la vallée de Shamshi dans des paysages
magnifiques nous débouchons enfin sur le jailoo de Sarala-Saz : immense
pâturage d’altitude où les pasteurs kirghizes installent la yourte pour toute
la belle saison et y mènent leur troupeaux à dos de canasson. L’arrivée au
dessus du jailoo est tellement magique que jamais au cours de la descente nous
ne pouvons en détacher nos yeux, ce qui vous en conviendrez est une sacrée
prise de risque sur ce chemin caillouteux. Mais que voulez-vous, ce monde à part que nous sommes venu chercher
en Kirghizie est désormais juste là, au bout de nos semelles… Ca y est !
Nous voilà au fond d’un grand ravin dont il nous suffira de gravir l’autre
versant pour déboucher de plein pied sur le jailoo lui-même. Nous en profitons
pour y remplir toutes les gourdes d’une eau douteuse qui appelle une surdose de
micropur, nous traversons la rivière ou Marion ne manque pas de se tremper les
pieds et gravissons la pente…
Après une dure
journée de marche, ces derniers mètres de montée nous font percevoir de la
cuisse mais très vite l’horizon vert s’abaisse, nous écarquillons les yeux,
convaincu que chaque pas va nous plonger dans un imaginaire devenu réel. Les
premiers à se découper sur la croupe verte sont des chevaux qui déambulent en
toute liberté, puis des chèvres et des moutons qui broutent paisiblement… Nous
dépassons l’horizon et pan ! Nous nous prenons notre première yourte en
plein dans les yeux, juste là, à 500 mètres. C’est obligé : je tombe le sac
pour faire photos et films, mais Marion, elle, file tête baissée et prend les
devants jusqu’à ce qu’elle se fasse attaquer par des saloperies de chiens !
Ca aboie fort (les chiens), ça crie fort aussi (Marion)
et je vois les affreux
clébards hargneux à quelques centimètres de ses mollets tandis qu’elle essaie
de les tenir en respect avec ses bâtons ! Le temps que je remette le sac
et parcoure la distance qui nous sépare des gamins à cheval m’ont précédé et
calmé leurs sales bêtes… leçon numéro 1 : là où il y a yourte, il y a chien,
et pas forcément des plus fins !
L’alerte étant
passé et Marion rejointe nous pouvons nous diriger vers cette première yourte :
blanche avec quelques motifs rouges et verts, elle est accolée à une roulotte
en fer jaune dont on se demande bien comment elle a pu atterrir ici. Du toit de
la yourte émerge un vieux tuyau tout rouillé qui crache une épaisse fumée
grise, tandis qu’une quantité à peine inférieure s’échappe directement par la
porte ouverte ! Notre
passage étant une distraction rare, tous les
occupants sont sortis en rang d’oignons pour nous regarder passer tandis que
nous les saluons brièvement… En effet ce sont les propriétaires des molosses
enragés que ça faisait probablement bien rire de voir Marion aux prises avec
leurs clebs, pas la peine de leur faire le plaisir de notre conversation… Nous
passons notre chemin et filons donc droit sur 2 autres yourtes installées un
peu plus loin.
Lorsque nous y
arrivons nous y trouvons un homme au visage rond et sympathique. Pour engager
la conversation nous lui demandons s’il nous est possible de planter la tente à
côté d’un petit laquet un peu en contrebas et nous y gagnons notre bizutage
puisqu’il s’empresse illico de nous inviter à entrer sous la yourte pour y
prendre… le kumis !!! Ce breuvage national, c’est du lait de jument
fermenté légèrement alcoolisé qui a une réputation sulfureuse auprès des
touristes ! Il serait tout simplement immonde…. Nous serons donc bientôt
fixés sur ce point quoique nous en
redoutions par avance la réponse. Mais
au-delà de cette crainte du kumis nous sommes avant tout surexcités d’être
conviés à entrer dans notre première vraie yourte traditionnelle kirghize par
des pasteurs d’un jailoo perdu et magnifique d’Asie Centrale… Avouez que ça le
fait quand même !!!
La yourte est
évidemment ronde comme toute yourte qui se respecte et est couverte de grands
panneaux de laine tassée blanchâtre attachés par de longues sangles tressées,
teintes et décorées. La porte est en bois et en piteux état mais bon, elle
s’ouvre et elle se ferme, on ne lui en demande visiblement pas plus. – Nous
nous baissons un peu pour pénétrer, encore un peu et nous voila à l’intérieur !
Sur le sol sont étendues à même la terre des tapis de laine tassée :
shirdaks et surtout Alagiyis, avec une grande table basse en plein milieu. Les
parois sont tendues dans un style un peu hétéroclite allant du magnifique
shirdak traditionnel aux couleurs vives à l’affreux tapis indiens bon marché
ultra kitch représentant un tigre ridicule ou un lion… L’ameublement est
sommaire : il consiste en un seul
meuble bas bleu ciel qui ne tient qu’à grand
peine debout et où l’on entasse tout ce qui peut l’être : vaisselle,
vêtements, fourbi… Des sacs en laine joliment décorés mais aussi des en
plastique suspendus à la treille de la yourte ont aussi vocation à servir de
rangement. – Dans un recoin sont entassés des sortes de matelas et de
couvertures d’une rare propreté ( !) qui seront répandus sur le sol pour
la nuit. Nous notons aussi des lunettes de soleil et d’incongrues brosses à
dents suspendues elles aussi aux parois de la yourte ! C’est pas qu’on les
prenne spécialement pour des crados, mais c’est assez inattendu dans un tel
cadre ! – Dans un coin (et Dieu sait si les yourtes rondes en sont
pourvues !!!) un antique tonneau de bois est probablement rempli du
redoutable breuvage que nous avons été conviés à partager… Enfin dans un coin
un poêle à bouse totalement cramoisi crache sa fumée par son tuyau perforant le
toit
de laine mais aussi un peu à travers toute la yourte… Le décor est
planté !
Par terre une
grand-mère souriante et grand-père jovial sont assis et nous accueillent, le
papi quitte d’ailleurs sa place pour nous la laisser puisque c’est celle
qui fait face à la porte, la place d’honneur chez les peuples nomades. Sur la
table sont disposés le thé et des gâteaux dans le genre merveilles avec de
petits bols de crème fraîche et de confiture d’abricot : un véritable
régal ! Nous découvrirons qu’il y en a presque toujours sur la table
centrale de toutes les yourtes, prêtes à accueillir tout éventuel hôte de
passage. Il faut dire que les kirghizes se rendent volontiers visite d’une
yourte à l’autre. A cheval bien sûr…
C’est alors
que débarque le terrifiant kumis servi à la louche et à travers une passoire, à
ras bord d’une petite tasse. Nous arborons évidemment un sourire reconnaissant (tu
parles !) mais n’en menons pas large, humant le breuvage blanchâtre comme
pour se rassurer… Ca ne sent pas très bon mais ce n’est pas répugnant, c’est
déjà ça ! Vient néanmoins le moment où il faut le porter aux lèvres, je
rassemble mon courage, fais une prière à la vierge Marie pour qu’elle m’aide à
rester digne dans l’épreuve et, sans fermer les yeux, trempe mes lèvres pour
aspirer ma première gorgée….
Et… Miracle !... Certes ça ne vaudra jamais
un bon petit pastaga des familles, ça pique légèrement et le goût n’est pas des
plus savoureux, mais bon, ça passe finalement sans trop de problème ! Nous
voila rassurés, nous pourrons boire toute la tasse sans plaisir mais sans
effort surhumain !
Détendus, nous
engageons la discussion ce qui a un double avantage : celui évident de la
découverte de ces gens chaleureux, gentils et accueillants ; celui aussi
de nous donner plus de temps pour avaler notre tasse de kumis ! Nous
apprenons donc qu’ils ont des chevaux (et surtout des juments) pour faire le
kumis, des vaches pour faire le beurre et la crème fraîche, des moutons pour la
laine et la viande. Les vrais nomades n’existent plus puisqu’ils montent en
montagne avec les yourtes en mai ou juin et redescendent vers
septembre-octobre. Les reste du temps ils vivent dans le village de Shamshi en
contrebas, font des petits boulots et attendent l’été suivant devant la télé.
Ils ont 2 bagnoles qui sont ici : comme il n’y évidemment pas de route elles
sont
monté tout droit à travers des kilomètres et des kilomètres de
pâturages de montagne !!! (nous sommes encore à 2900 mètres). Le
grand-père n’est là que pour la journée et repart demain matin en voiture pour
Kochkor et propose d’ailleurs de nous ramener puisque c’est également notre
objectif pour demain soir ! Rapidement tous les enfants des environs ont
débarqué et défilent sans fin dans l’encadrement de la porte pour dévisager les
touristes, on courre bien sûr chercher tel ou tel cousin de 13 ans qui apprend
l’anglais… Mais lorsqu’il arrive il est vite évident que nous gagnerons à
continuer dans notre russe approximatif. Je doute que ce soit le meilleur élève
de sa classe dans la langue de Shakespeare…
Les premiers
échanges verbaux ayant satisfait nos curiosités réciproques et notre maigre
vocabulaire russe ne nous permettant pas de poser toutes les questions qui nous
brûlent les lèvres, on s’intéresse de très près à notre carte, les hommes
surtout qui sont ravis de visualiser les différentes vallées, villages, cols,
sommets… Il apparaît rapidement qu’ils savent se servir d’une carte et s’y
situer sans trop de problème. Ca a l’air un peu méprisant de dire cela mais ça
ne l’est pas quand on connaît la perplexité d’un
ouzbek posé devant une carte…
Le grand-père est très curieux et m’interroge sur notre itinéraire pour arriver
ici et sur notre itinéraire à venir pour rejoindre Song Kol. Inutile de préciser
que notre projet de déplacement à pied les plonge dans un gouffre
d’incompréhension amusée.
Et puis
presque d’un seul coup on ne s’occupe plus de nous et on se plonge dans la
résolution d’une grille de mots croisés en cyrillique. Nous leur donnerions
volontiers un coup de main mais ne voudrions pas les vexer ! Nous nous
retrouvons donc comme 2 imbéciles avec la subite impression d’être devenus
invisibles. Si nous parlons on nous répond pourtant très volontiers, c’est très
curieux… ça pourrai être perçu comme une invitation à déguerpir mais je crois
pourtant que c’est au contraire une façon à eux de nous dire « faites
comme chez vous ». En tout cas c’est carrément plus valorisant de le croire !
- C’est alors qu’une femme entre discrètement avec un morceau de viande, ou
plutôt une répugnante boule de gras ! Sauve qui peut !!! Nous
prétextons illico et avant qu’on ai eu le temps de
nous inviter (il n’en
avaient d’ailleurs peut-être pas l’intention mais on n’est jamais trop
prudent !) la nécessité de monter notre tente pour nous esquiver, le
grand-père nous réitérant son invitation à nous redescendre en voiture le
lendemain. Nous l’en remercions mais lui disons que nous allons y réfléchir car
nous voulions parcourir le jailoo à pied, je doute que ce soit un argument
qu’il puisse entendre mais c’est pourtant le vrai.. Et c’est accompagnés jusque
sur le seuil que nous sortons et nous éloignons en multipliant les gestes
amicaux. Quel merveilleux moment nous venons de passer ! Quelle simplicité
et quelle sincérité dans l’accueil et dans la curiosité de l’autre… Vraiment,
nous sommes totalement enchantés au sens magique du terme.
Pour l’heure
nous parcourons à peine 200
mètres pour rejoindre les bords de la petite pièce d’eau
et commençons à défaire les sacs et à monter la tente. Pour les enfants nous
restons une attraction de tout premier ordre ! Tels des hermines curieuses
et effrontées, ils s’approchent par bonds, de cailloux en cailloux , l’air de
rien, mais dans le but évident de voir un peu mieux le curieux rituel auquel
nous nous livrons. Ils n’oseront pourtant pas venir vraiment jusqu’à nous et se
contenteront de nous observer à distance… Sauf deux plus grands (12 ou 13 ans) qui se décident finalement à nous
rejoindre accompagnés de leur jeune chien et me tendent hardiment la
main ! Pas à Marion, il faut savoir se tenir avec les femmes !!! Mais
ça s’arrête là, on me serre la main mais on ne décroche pas un mot pas même
lorsque c’est moi qui entame la discussion. Mais peut-être ne comprennent-ils tout
simplement pas le russe ? Ils se contentent de nous regarder nous affairer
en jetant des coups d’œil partout où c’est possible et en touchant tout ce qui
peut l’être. Finalement ils s’éloignent comme ils étaient venus pour aller
jouer au bord de l’eau.
Marion quand à
elle se réfugie dans la tente pour quelques instants de repos tandis que moi je
pars en safari
photo autours de la tente en prenant sans fin les paysages
toujours changeant du jailoo au gré du déplacement de l’ombre des nuages sur
cette infinité herbeuse ! Les lumières sont féeriques, je me régale
vraiment surtout avec ces yourtes qui fument, ces troupeaux en liberté, et ces
sommets enneigés juste derrière nous. Je me délecte du spectacle des cavaliers
qui un peu partout galopent suivis ou précédés de leurs chiens qu’ils guident
de la voix ou en sifflant pour rassembler les troupeaux et les ramener près des
yourtes pour la nuit. Le jour décline, le vent froid s’installe arrêté par rien
au milieu du jailoo, je me rapatrie donc sous le nylon et lorsque je ressors
bientôt pour préparer le dîner c’est pour percevoir et apercevoir les Ladas qui
roulent un peu partout à travers les pâturage, libres d’aller où elles veulent
comme les chevaux dans la journée. C’est très très rigolo tant c’est
décalé ! Partout tout n’est que cris d’enfants, bêlements, bruit de
moteur, les abrutis de chiens qui avaient attaqué Marion jouent cette fois à
emmerder un pauvre bourricot dont les ruades n’atteignent pas leur cible pour
ma plus grande frustration ; puis en quelques secondes plus rien… Le silence.
Tout le monde est rentré sous les yourtes, la nuit est tombée sur le jailoo.
J’apporte donc
le dîner sous la tente à ma marmotte préférée et nous nous jetons sous la douce
chaleur de nos duvets. Nous venons de passer une journée exceptionnelle conclue
par des moments d’un extraordinaire intensité sur le jailoo de Sarala-Saz.
Cette fois nous sommes au cœur de notre voyage, dans ce monde de montagnes, de
chevaux, de yourtes, de kumis et d’hospitaliers kirghizes ! Et déjà nous
savons que nous faisons sans doute le plus merveilleux des voyages.































