Le rendez-vous ouzbek

Partis vivre à Tashkent pour 3 ans, ce blog vous racontera nos aventures tant en Ouzbékistan que dans nos explorations des alentours... Récits détaillés et belles photos sont pour vous !

24 mai 2008

Retour au cœur de l’hiver ouzbek ! (04/01/2008)

7h00 et il faut se lever car l’avion du retour ne nous attendra pas ! Il fait fraîs mais la journée s’annonce chaude. Il nous faut pourtant prévoir des affaires chaudes car ça ne sera pas la même chanson à Tashkent qui traverse son plus rude hiver depuis plus de 50 ans !!! Le choc va être rude !
        Petit déjeuner frugal et nous nous engouffrons dans notre taxi, une chouette Ambassador pilotée par un chauffeur hyper sympa, 45 ans environ, pas rasé et bonnet vissé sur la tête ! A bord, ça sent le shit à mort ! En effet sur le tableau de bord sont étalés toute la provision de joints pour la journée. Il démarre, enclenche une vitesse et… bourre la bagnole de derrière ! C’est prometteur pour la suite !!!... Les rues sont pleines de vaches qui cherchent leur veau ou se font traire par quelques pouilleux. La circulation est toujours effrayante et de zigzags en zigzags notre chauffeur tire son épingle du jeu dans la dure loi du plus fort et du plus culotté qui fait office de code de la route à Delhi ! Nous pensons à Udo, un allemand rencontré au Kecheopalri Lake chez le lama qui avait dit du trafic de Delhi « ca avance. On ne sait pas comment mais pourtant ça avance ! ».
        Nous passons les ponts autoroutiers glauques en ciment des mégalopoles, les vagues tentes des miséreux et finissons pas atteindre sans encombre l’aéroport… Contrôle méticuleux à l’entrée + contrôle très méticuleux à l’enregistrement (le type nous demande même d’un air suspicieux si on parle français….. ON A des passeports français !!!!!) + fouille au poste de sécurité + re-contrôle et refouille avec méticuleuse notation de tout ce que contient notre bagage à main + contrôle à l’entrée de la salle d’attente… C’est vraiment n’importe quoi - Puis c’est l’embarquement où bien entendu on nous contrôle encore avant de sortir pour nous contrôler encore une fois en arrivant sur le tarmac ! Non mais vraiment, ce sont de vrais malades ces indiens ! Ca devient franchement n’importe quoi ces aéroports… et pour faire bonne mesure encore un petit contrôle avant de grimper à l’échelle de l’avion des fois que… Total : 8 contrôles de passeport + 2 fouilles !
        Rien de spécial en vol si ce n’est que je fais le premier pipi de ma vie en avion ! C’est intéressant hein ? La lecture de la presse est très intéressante notamment sur la vraie personnalité de Butho assassinée qui était apparemment tout sauf une enfant de cœur, sur les éternelles manipulations américaines, et en prime un long article au vitriol sur notre bien aimé président Sarkozy qui décidément dispense une image lamentable et ridicule de notre pays où que l’on aille…
        C’était prévu donc c’est sans surprise que nous posons à d’un Tashkent enneigé…Et dans la neige encore que notre voyage se termine après avoir contemplé les plus hautes neiges du monde.



Un vol inoubliable jusqu’à Delhi ! (03/01/2008)

5h30… La rue de notre hôtel s’éveille et du coup plus personne n’a droit de dormir. Sau Marion bien entendu : quelle marmotte ! (« je te jure que celle là, oui hein ! » de qui est cette phrase célèbre ? lol). Moi je reste allongé, les yeux fermés et au bruit je devine lessikkim_811 scènes qui se déroulent à l’extérieur m’apercevant avec stupéfaction que la crasse, ça s’entend !
        7h30, ma belle s’éveille aussi. Il faut dire que là, juste dehors, ils mettent le paquet !!! Klaxons, moteurs pétaradants, voix, vaches, charrettes, piétinements incessants, il ne manque rien ! Le temps de boucler les sacs et nous nous précipitons en slalomant entre les mendiants, les rikshaws, les marchands de légumes qui arrosent leurs légumes sur les étals avec l’eau du caniveau, les immondices que les vaches broutent, les innombrables sollicitations et les types qui pissent dans la rue jusqu’au seul refuge connu de la ville : le resto dans le patio ! Et hop, c’est parti pour le petit déj’, enfin, pour le repas de réveillon que nous nous offrons pour retarder notre retour dans la rue. C’est l’occasion de détailler les normes d’hygiène d’un restaurant indien moyen de gamme : un type pieds nus (d’une couleur….) fait le ménage principalement avec ses pieds, le cuistot sort des poubelles répugnantes et débordantes avec son tablier qui dût être blanc avant de replonger illico ses mains dans la tambouille… Bref, de vrais porcs ! Vraiment aucune notion d’hygiène, fut-ce la plus élémentaire…
  sikkim_687      C’est l’heure et nous sautons dans un taxi (cher) pour prendre la route de l’aéroport. Le trajet est toujours le même : ça grouille dans la fange. Tout est répugnant et fascinant à la fois. L’Inde des villes est un monde qui nous échappe… Entre le trafic effroyable sur les routes où ça déboîte de partout, les vaches pourtant couchées en plein milieu, les échoppes délabrées, les détritus partout, la misère insupportable de ces vagues tentes de poubelles où s’entassent des familles entières. – Mais maman ! Comment n’as-tu pu pas voir tout cela lors de ton voyage en Inde ? C’est partout ! Comment font-ils les Tour Opérateurs pour réussir l’exploit de cacher tout cela à leurs clients pour ne leur montrer que le côté brillant et clinquant du pays. Je ne comprends pas…. – nouvelle traversée d’une rivière envahie par une nuée humaine misérable qui y entasse de vagues tentes, y lave son linge, ramasse des caillasses, y fait sa toilette ou sa lessive, comme si cette eau noire et parcourue d’immondices pouvait encore laver quelque chose.
        L’aéroport de Bagdogra est ceinturé de plantations de thé vert tendre superbes et offre un havre de repos au voyageur ébranlé par le spectacle de l’Inde. Partout tout n’est que militaires en armes tandis que les contrôles succèdent aux contrôles… pour ma part je ne m’expliquerais jamais ce que le contrôle de passeport n°4 apporte de plus que le contrôle de passeport n°3 ? Mais bon, c’est comme ça – Plus loin c’est le type qui nous enregistre qui est un peu au taquet avec notre e-ticket mais comme il est plein de bonne volonté ça finit par marcher.sikkim_812
        Comme souvent en Inde notre décollage est bientôt retardé et nous en sommes quittes pour attendre 1h00 de plus en sirotant un succulent thé de Darjeeling qui nous replonge un peu dans le voyage ! Puis nous avançons vers l’embarquement pour un énième contrôle de sécurité ! Ils sont débordants de connerie : c’est la fouille intégrale ! Le moindre objet est observé sous toutes ses coutures et manipulé du bout des doigts comme une bombe, l’appareil photo étant suspect nous devons faire la preuve que c’est un appareil photo en l’allumant et montrant 1 ou 2 images. Le tout est étiqueté, tamponné, signé… C’est complètement débile ! – Et au cas où la fouille aurait été un peu «légère», tandis que nous poireautons dans la salle d’attente un chien déambule entre les voyageurs, le flair aux aguets ! Un simple snif sur un bagage et il en connaît le contenu et passe au suivant, l’air content et insouciant… Il est rigolo à regarder ce chien.
        L’aéroport indien c’est aussi une rencontre avec l’autre Inde, celle de la minorité qui a pris le bon wagon (ou est né dedans) et qui peut voyager en avion, où le saree se fait rare dans cette quête de sikkim_818l’occidentalisation. N’y ont-ils pas troqué leur âme indienne contre une certaine aisance matérielle ? Est-il si incompatible que cela d’être riche et de rester attaché à ses racines et à ses traditions ? Ce sont ceux la même que nous avons vu touristes au Sikkim, dédaigneux et méprisants envers les gens simples de leur propre pays... Et nous alors, où sont-elles passées nos traditions ?
        Puis c’est l’embarquement et le décollage avant de nous poser en escale à Guwahati, capitale de l’Etat tribal de l’Assam. Escale à bord tandis qu’une hôtesse ramasse les journaux, qu’un type ramasse les poubelles, et que 2 flics (dont l’un pue plus qu’un troupeau de boucs !) fouillent de nouveau les bagages à main des fois que des trucs y auraient poussé tout seul ! Complètement paranos les autorités indiennes ! De nouveaux passagers embarquent dont un se racle la gorge à s’en arracher l’oesophage… Il se la raclera tout le long du trajet ce dégueulasse ! – Et nous repartons, cette fois en route pour Delhi tandis que je note avec amusement que sur les notices esikkim_828 sécurité de l’avion les personnages sont en saree.
        Le vol sera EX-TRA-OR-DI-NAIRE !!! Je le passerai scotché au hublot tandis que nous longeons toute la chaîne himalayenne, un spectacle réellement époustouflant. Il est évidemment très difficile d’identifier un paysage que l’on ne connaît pas ou alors que de façon sommaire, et difficile d’identifier des sommets que l’on n’a jamais vu qu’en photo et encore, prises d’en bas. Je crois pourtant arriver à en situer certains à commencer par le Kanchenjunga (8586) sublime dans son écrin de glaciers qui dégueulent sur toutes ses faces. Ensuite c’est plutôt par déduction que j’essaie de deviner les autres monarques du monde : difficile de se tromper je pense sur la succession rapproché des Makalu (8463), Lhotse (8516) et bien sûr Everest (8848) tant ce dernier semble écraser tous les autres malgré un sommet plus ou moins pris par les nuages ! Il me semble même reconnaître l’hallucinante canine verglacée du Nuptse (7900 et quelques). J’en déduis que la masse blanche suivante doit être le Cho Oyu (8201)… Ca se calme un peu maissikkim_822 j’ai du mal à deviner lequel de ces pics un peu lointain est le Shishapangma (8012) avant que l’ensemble de la chaîne ne s’élève de nouveau vers le ciel érigeant sans fin une forêt des sommets monstrueux tandis que nous nous éloignons peu à peu de la chaîne… Je cherche l’élégante double pointe du Manaslu mais suis-je sous le bon angle, celui des photos que je connais ? Je ne trouve pas avec certitude quoique je sois certain de l’avoir quelque part sous les yeux, en revanche l’énorme massif que je découvre ne peut être que celui des Annapurna (8091) ce que me confirme la proche présence d’une énorme masse glacée qui doit correspondre au Daulaghiri (8167) si mes souvenirs photographiques sont justes… Mais la route de Delhi ne suit plus la chaîne qui finit par disparaître dans le lointain. Je suis aux anges : en quelques heures je me suis mis pas moins de 8 des 14 sommets de 8000 mètres sous les yeux ! En prime l’immense zone bleutée que j’ai aperçue derrière la chaîne alors qu’elle s’abaissait était obligatoirement le plateau tibétain. Que de voyages en perspective !
        Un nuage brunâtre envahissant le ciel annonce notre arrivée sur Delhi et nous nous posons à traverssikkim_819 cet inamovible brouillard de pollution qui enveloppe toujours la capitale indienne. Récupération des bagages et direction les taxis prépayés pour éviter toute embrouille ou coup foireux et le chauffeur nous pose à l’entrée de Main Bazar où nous nous dégotons un hôtel correct à un prix correct. Le temps de poser les bagages et nous nous lançons dans une frénésie d’achats : statuettes en bois, boite en bois rouge, bonnets, luminaires, bijoux, tout y passe ! Ahlala ces filles ! (lol).
        Le soir dans la chambre nous retournons dans notre voyage et en tirons la conclusion que nous avons seulement survolé le Sikkim car trop de voiture et pas assez de marche pour pouvoir entrer réellement en contact avec un pays, une population, une ambiance… La route fait rater bien des choses. Nous en concluons que le vrai voyage est celui qui se fait au rythme de nos pas ! Mais encore faut-il en avoir le temps !... Quand à moi je reste néanmoins plus que ravi par ce voyage malgré une petite frustration : être si près des sommets mythiques de l’Himalaya mais ne faire que les frôler et les regarder d’un peu trop loin. Il me faudra bien un jour aller les toucher de plus près. Le Népal s’impose toujours un peu plus…

Fin du voyage et retour à Siliguri (02/01/2007)

6h00, le bruit de cars qui démarrent me tirent du lit. Dehors c’est complètement bouché et je suis dégoûtésikkim_622 comme jamais : nous aurons décidément joué de malchance avec ces satanés nuages qui nous auront caché les hauts sommets les ¾ du temps et immanquablement à chaque fois que le panorama aurait du être le plus somptueux. Je repartirais donc frustré du Sikkim qui ne m’aura pas offert les vues mythiques que j’attends depuis toujours. Du coup lorsque Marion s’éveille 1 heure plus tard nous décidons de boycotter le Pemayangtse Gompa, bouclons nos sacs et rejoignons les taxis… Hélas le 1er est plein, et le second aussi. On est mal ! Il faut absolument qu’on parte car les heures nous sont comptées ! – Devant notre détresse le chauffeur appelle un pote qui nous dégote 2 places dans une jeep. Ouf ! Nous sommes sauvés.
        Nous pouvons donc nous précipiter pour engloutir un rapide petit déjeuner avant le départ lorsque soudain les nuages se déchirent pour laisser place à une interminable barrière blanche qui se dresse comme les crocs effrayants desikkim_802 la mandibule inférieure de quelque monstre gigantesque. La vision est saisissante, le spectacle fabuleux malgré que le maître des lieux, le Kanchenjunga, soit le seul à refuser de se montrer. Nous quitterons donc Pelling sur la fantastique note de cette image inoubliable.
        Et voila notre jeep sur laquelle on harnache nos sacs tandis qu’un petit vieux adorable et magnifique avec ses cheveux blancs, sa barbe blanche éparse et son costard sale n’échange gentiment sa place pour nous permettre d’être cote à cote. Le chauffeur, lui porte toute la gentillesse du monde sur lui et c’est une joyeuse jeep qui se lance dans la longue descente avec nous devant et toute une famille sikkimaise derrière nous. La première heure de conduite du chauffeur est intégralement consacrée à ses prières, rythmée de grands coups de patins pour éviter d’écraser telle ou telle vague bestiole en accord avec les préceptes qu’il loue, tandis qu’à l’arrière un gamin malade sikkim_783chiale et chialera durant l’intégralité du trajet…
        C’est ainsi que nous désescaladons les pentes abruptes himalayennes, de villages en villages, de vallées encaissées en vallées encaissées, de franchissement de ponts branlants en franchissement de ponts en bambous. La route est effroyablement sinueuse, régulièrement coupée par des glissements de terrain ou des effondrements que des armées de femmes réparent en cassant des cailloux au marteau ! Ici un pont suspendu en construction, là un barrage hydroélectrique avec une pancarte « clean power for ».
        A Jorethang dont un grand mur est couvert d’une fresque représentant les différentes ethnies du coin dans leurs tenues traditionnelles nous faisons une petite escale avant de filet sur Melli, check-point de sortie du Sikkim et d’entrée au Bengale Occidental. On ne peut pas s’y tromper d’ailleurs car comme si le passage desikkim_604 cette fausse frontière était une téléportation, le changement est radical : chaleur moite, bruit, immondices partout, traditionnel bordel indien et bien sûr crasse épouvantable à tous les étages… Nous n’avons pas fait 2 kilomètres mais qu’il est déjà loin le Sikkim !
        Nous n’en finissons pourtant jamais de sortir de cette interminable vallée creusée par une magnifique rivière vert émeraude. Je consulte l’altimètre : 200 mètres. Et pourtant nous sommes réellement en pleine montagne ! Surprenant… Et puis la sortie est soudaine : d’un seul coup, sans zone de piémont, au détour d’un virage, paf ! Nous voilà en plein milieu d’une vaste plaine grouillante de monde et de saleté ; revoilà les rikshaws inadaptés aux pentes montagneuses ; revoilà ces immenses lits de rivière surpeuplés de bidonvilles et de gens qui y cherchent je ne sais quoi mais ramassant des cailloux, fouillant l’eau noire de crasse ou y avant hommes et linge ; revoilà les échoppes miteuses sikkim_633le long des routes. C’est toute l’Inde qui nous explose à la face comme un choc ! C’est quand même fascinant l’Inde !   
        C’est dans ce changement radical d’ambiance qui nous désoriente jusqu’à Siliguri. Siliguri et son grouillement humain, son concert de klaxons, son trafic et bordel indescriptibles. Comme à nos arrivées sur Delhi nous nous sentons perdus, oppressés. Comme lors de nos arrivées à Delhi ou ailleurs, se plonger au cœur de l’Inde et de sa vie nous demande encore une fois un temps dadaptation. A peine descendus du taxi et nous voici assaillis de mendiantes repoussantes et de cyclo-pousses. Fini la tranquillité ! – Nous nous dégotons un hôtel, crade bien entendu mais bon, finalement pas plus qu’un autre ! Puis après un petit crochet en cyclo-pousse par la Poste nous découvrons un havre de paix et de calme, chose impensable à Siliguri ! Un petit resto dans un grand patio qui nous permet de tuer une bonne heure le tout en nous régalant d’une bonne petite… pizza ! Ben oui, on a craqué !
        C’est également ce soir là que nous passons 2h30 dans un cybercafé à discuter sur MSN avec la France.Ah Internet ! Quel miracle ! De retour à la chambre, après une toilette au baquet d’eau chaude (payant) nous nous offrons une pause télé découvrant les dernières nouvelles des suite de l’assassinat de Butho aux émeutes du Kenya. Nous sommes de retour dans le Monde qui ne nous a pas attendu dans son perpétuel et souvent dramatique mouvement…

A pied (et aussi un peu en voiture...)jusqu'à Pelling (01/01/2008)

sikkim_748       Nous sommes réveillés tôt par le bruit de la maison qui s’éveille : le bois etl’osier sont de piètres isolants sonores ! A plus de 2000m, nous avions peur d’avoir froid dans cette cahute disjointe ; au contraire c’est la chaleur qui a été au rendez-vous. A 7h00 je suis déjà dehors à me promener dans le village appareil photo à la main. Les nuages se déchirent avec les premiers rayons du soleil m’offrent subitement un panorama époustouflant ! Le Kanchenjunga et ses potes, énormes malgré la distance, étincellent de toutes leurs glaces qu’ils lancent agressivement à l’assaut du bleu du ciel. Comment tout cela peut-il bien tenir debout ?!!! Je suis scotché, fasciné…
        Planté au milieu du village, je devrais faire tâche. Et pourtant non, c’est comme si personne ne me voyait vraiment. On me salue poliment et on retourne à ses occupations… J’adore ces instants où je peut m’imprégner de la vie de ce morceau de nulle part perdu sur une crête anonyme de l’Himalaya. Les enfants et les femmes font leur toilette devant les maisons, une autre joue avec son bébé, d’autressikkim_751 enfants se promènent le cul à l’air, les hommes font du feu ou sortent les bêtes, un moine déambule d’une maison  l’autre, respectueusement salué par tous, tel le curé de nos villages d’antan.
        Bientôt une femme me rejoint pour sonner la soupe, j’y retrouve Marion et nous nous délectons de nouveau de la cuisine simple mais raffinée de Pala qui en profite pour achever le récit de sa vie. Il a 80 ans (mais en parait 60…) il aurait donc été lama jusqu’à il y a 10 ans mais il a quitté la voie sacrée à la mort de ses parents qui l’a rendu très très malheureux. Rentré au village il a épousé une jeune veuve dont il a adopté (ou il lui a fait ?) les enfants comme cela est possible pour des raisons de charité pour les moines bouddhistes.- parfois encore il a des élèves qui sikkim_742viennent le voir et ils les emmène méditer pendant 1 ou 2 mois dans des grottes à un jour de marche. Mais ici au village, il donne des cours de méditation, de yoga, de Kung Fu et de tir à l’arc traditionnel aux enfants de l’école (ce dont témoigne quelques photos accrochées à un mur)… Puis il nous sort un chapeau de cow boy, cadeau de quelques touristes avec lequel il nous est imposé de procéder à une séance photo !
        Quel dommage d’être pressés par le temps, il nous faut partir là où nous aurions volontiers passé plusieurs jours. L’accolade est courte simple mais sincère. Nous « chaussons » nos sacs et nous éloignons à regret de ce petit bout de sérénité sur un petit sentier descendant balisé de chortens. Arrivés à un village lui aussi en crête, un homme nous indique le chemin à suivre… Extrêmement raide, il nous fait rapidement perdre de l’altitude avant de disparaître dans les herbes. Il ne nous restesikkim_788 plus alors qu’à viser une baraque que nous voyons en contrebas et que nous finissons tout de même par atteindre après une descente harassante. La maisonnette s’avère être l’avant poste d’un petit village où ils n’ont pas trop l’air finis. A l’exception de Kanar, un jeune qui vient discuter longuement avec nous. Il est terriblement sympathique mais bavard comme une pie. Après nous avoir félicité pour notre anglais il nous drsse un incompréhensible croquis de l’itinéraire jusqu’à Pelling, puis nous délivre notre première leçon de népali que nous avons déjà oubliée 50 mètres plus loin… On est doué pour les langues ou on ne l’est pas ! Nous sommes évidemment invités chez lui mais comme nous n’avons pas le temps aujourd’hui ce sera pour la prochaine fois. Il nous fait alors une vive critique des gens qui promettent mais qu’il ne revois jamais, sikkim_757nous promettons alors d’essayer de revenir : la formule lui plait ! Nous nous séparons.
        Une passerelle nous fait franchir la rivière mais sans frayeur : elle est en excellent état. 100 mètres plus loin nous rejoignons une route qu’il nous faut suivre sur 2 kilomètres pour nous engager dans une vallée adjacente. Bientôt un panneau en ciment jaune nous laisse supposer que notre sentier part ici, mais c’est sans garantie. Qui ne tente rien n’a rien, nous nous y engageons et nous retrouvons bientôt de nouveau sur la route mais en ayant éviter un large détour. 1 km plus loin encore nouveau panneau en ciment avec vague plan des sentiers dont celui qui nous promet 2 bonnes heures de rude montée vers Pelling via Chothang. L’itinéraire que nous devinons n’a pas l’air très emballant, nous avons la flemme et en plus une faim de loup ! Ce qui devait arriver arriva, au premier signe une jeep pleine d’une famille d’indien tous plus bouffis les uns que les autressikkim_785 s’arrête et propose de nous monter à Pelling. Notre randonnée s’arrête ici. Notre chauffeur est un vrai barjot qui coupe tous les virages du mauvais côté mais, après une halte à Rimpi nous arrivons quand même en bonne santé à Pelling, encore une fois une ville accroché tout en haut d’une crête. A travers les nuages on devine de temps à autres quelques gigantesques sommets qui pour la première fois m’écrasent littéralement ! Ils ont l’air de ne jamais s’arrêter de monter ! Incroyable !
        Nous descendons à un hôtel très sympa dont la terrasse promet un panorama à couper le souffle lorsque les nuages seront partis. Pour l’heure nous y sirotons un thé au citron délicieux. Puis comme nous avons du temps devant nous nous optons pour une montée au Sangachoeling Gompa qui sikkim_765domine la ville et qui si il est moins « touristiques » que l’autre gompa de Pelling (le célèbre Pemayangtse) nous semble être plus intéresant car étant le 2ème plus ancien du Sikkim. Ainsi, après être passé à côté d’une sorte de petite « grande roue » diesel avec courroie et galet entraînant des nacelles qui se balancent dangereusement nous atteignons une piste empierrée qui monte en zig-zag dans la pente. Pour plus de plaisir nous avons bien sûr l’idée de couper les lacets par un sentier propre à nous flanquer une bonne suée, ce qui ne rate d’ailleurs pas. Consolation : tandis que nous montons le ciel et les montagnes se dégagent et tout devient absolument sublime ! Quelle beauté ces sommets enneigés et acérés !
        L’arrivée au gompa se fait au son des tambours et des cymbales annonciateurs de quelques cérémonies en cours. C’est un temple qui ne se distingue pas tellement d’un autre mais qui est ceinturé de d’habitations traditionnelles, desikkim_796 chortens et bien entendu de drapeaux à prières. Accroché à son étroite crête séparant les moyennes montagnes qui s’étalent jusqu’au Bengale et les hauts sommets du Kanchenjunga, son emplacement est idyllique. La très belle lumière du soir et sa couronne de sommets étincelants qui commencent à rosir achèvent de le rendre totalement envoûtant, a fortiori avec le son de la musique répétitive qui s’échappe de l’intérieur du gompa… Malheureusement les piles sont out cette fois-ci …
        C’est d’autant plus regrettable que l’intérieur du temple aurait mérité encore une fois une bonne rafale photographique ! Quoiqu’abîmée les fresques vieilles de 300 ans sont de toute beauté, et tandis que nous les admirons et les détaillons, un jeune type nous aborde et entreprend de nous expliquer lasikkim_800 signification de tel ou tel démon, tel ou tel animal symbolisant tel ou tel dieu. Comme nous étonnons de l’omniprésence de monstres affreux piétinant et dévorant des hommes et des femmes dont ils portent les têtes coupées en collier ou en ceinture nous apprenons que comme tous les dieux sont bons ils arborent immanquablement des masques hideux lorsqu’ils punissent et châtient les mauvais sujets ! – Nous avons ensuite droit à l’histoire de Bouddha puis à l’explication du cycle des réincarnations jusqu’à atteindre l’ «Illumination » et du même coup le paradis. Tout cela est d’ailleurs très intéressant.
        A l’étage les peintures sont sereines puisque représentant des tas de Bouddha dans toutes les positions les plus significatives du bouddhisme. Normal : l’étage du gompa symbolise la fameuse Illumination ! sikkim_654D’ailleurs Marion elle-même frôle la lévitation ! C’est également là que nous admirons la plus belles collection de livres sacrés drapées de soie et rangés dans les centaines d’alvéoles multicolores des cloisons. La salle suivante expose une superbe collection de statuettes en bois vieilles comme Erode qui conservent quelques traces de peintures prouvant qu’à une époque elles étaient en couleur (comme nos cathédrales du Moyen-Âge). Enfin tout au fond, une petite pièce héberge un vieux moine seul qui récite à toute vitesses des tantras en les rythmant au son du tambour à l’aide d’une sorte de petit marteau au long manche courbé ou en frappant des cymbales : une sorte de Rémi Brica mystique en quelque sorte ! Malgré cette forte activité manuelle (tourner les pages du livre, faire des gestes sacrés, jouer du tambour, frapper des cymbales, etc…) il lui reste encore des mains pour verser régulièrement un liquide blanchâtre  dans un bol probablement sacré…sikkim_799 Il a l’air tellement absorbé par son cérémonial et alors que nous lui faisons face à 2 ou 3 mètres, je ne suis pas convaincu qu’il nous ait seulement vu ?!!! C’est sur cette image encore une fois géniale que nous filons. Dehors les sommets gigantesques sont en feu : le soleil couchant les a peint dans un orange époustouflant dont nous ne pouvons détacher nos yeux tout le temps de notre redescente sur la ville.
        A Pelling c’est la lutte pour organiser notre retour à Siliguri… C’est un vrai parcours du combattant qui s’annonce et nous sommes loin d’être sereins quand au respect des horaires qui nous permettra d’attraper notre avion… Nous verrons bien, de toute façon nous n’avons plus guère le choix. Une bonne douche, et nous voilà au resto.
       sikkim_806 C’est alors que débarque une bonne femme… Je ne vous dis que ça ! 35-40 ans environ, les fringues de « celle qui a été là-bas », le foulard mystique sur la tête et un bouquin sous le bras : « la voie joyeuse »…Tout un programme !... Bref ! On y est !!! - Marrant mais immédiatement je me suis dit qu’elle ne pouvait être que française, et ça ne rate pas ! - Mais alors là on a de l’allumée de première… Déjà, histoire de ne pas quitter le cercle des initiés sa mère a tout quitté pour s’installer en Inde. Quand à elle, elle vit en Ariège sous… une yourte installée dans un institut bouddhiste ! Là, elle débarque tout juste de Kathmandu où elle vient d’effectuer un stage-retraite d’un mois ou deux dans un monastère bouddhiste !!! Mieux, elle a abandonné le sac à dos et porte désormais ses bagages à la népalaise c'est-à-dire avec une sangle sur le front passée autours de ses ballots… Complètement barrée la fille… Inutile de préciser que son unique but et de filer s’installer a Népal sans savoir ce qu’elle pourrait bien y faire. Pour l’heure elle bosse en France en n’acceptant que dessikkim_808 CDD ou de l’intérim pour pouvoir partir régulièrement quand elle le veut au Népal, etc… Ultime évidence : elle bosse évidemment dans le domaine du psycho-biduletruc. Entre allumés  ils se comprennent !
        Tout cela ne l’empêche pas d’être super sympa et très intéressante. Curieuse aussi : elle s’intéresse beaucoup à notre expérience et à l’Ouzbékistan. Peut-être la croisera-t-on un jour dans les rues de Tashkent ? Si tel est le cas il est peu probable que nous puissions la manquer ! Ce sera en outre avec plaisir car elle est vraiment très, très sympa ce qui nous fait d’ailleurs rester assez tard dans la salle du resto. C’est elle aussi qui nous apprend l’assassinat de Mme Butho au Pakistan. Quand on voyage, on est coupé du monde et on découvre parfois des semaines plus tard certains évènements majeurs qui ont eu lieu.
        Finalement c’est le tôlier de l’hôtel qui trouve une façon originale de nous faire comprendre qu’il voudrait fermer et que nous allions au lit : il nous apporte des bouillottes bien chaudes ! Ca tombe bien d’ailleurs car il fait un froid de canard…

Un réveillon inoubliable à Kecheoplari Lake (31/12/2007)

Aujourd’hui est le dernier jour de l’année ! Une année exceptionnelle encore une fois qui attend déjà avecsikkim_593 impatience sa petite sœur qui s’annonce plus mouvementée encore ! Hasard de nos pérégrinations nous avions passé le premier jour de l’année à danser autours du feu, en Inde déjà, c’est également en Inde et toujours dans l’Himalaya que nous l’achevons, et là encore ce sera autours d’un feu...
        En attendant le bruit léger de l’agitation matinale qui anime Yuksom nous tire délicatement des bras de Morphée. Premier coup d’œil à travers la buée de la fenêtre : il fait beau ! Je me précipite et reçois l’image magistrale d’une immense paroi glacée dans l’œil ! Quelle beauté ! Le temps d’aller prendre quelques photos que déjà nous quittons l’hôtel dont le jeune ne sait bientôt plus comment s’excuser de notre mésaventure de la veille (le vol de notre chargeur de piles), sikkim_667nous expliquant qu’il ne surveillait pas car il faisait le ménage à la maison. Il est gentil mais nous voilà comme 2 ronds de flanc. Il va falloir rationner les dernières ressources des piles qui sont dans l’appareil. Salauds !!!
        Petit déjeuner copieux et plein de délicieuses mauvaises choses au Gupta Restaurant et nous endossons nos sacs pour une avant dernière journée de marche. Nous revenons d’abord  sur nos pas pour rejoindre la sortie du village où des jeunes jouent au foot sur le stade municipal – en fait un vaste espace plat en terre flanqué de deux assemblages de bois se faisant plus ou moins face qui doivent être des buts ? – Mieux encore :  voilà le Post Office, une piteuse cahute branlante équipée d’une chaise et d’un pot de cire dégueu tandis que dehors un cylindre rouillé muni d’une fente et d’un cadenas est probablement ce qu’il reste de la boite à lettres municipale !sikkim_684
        Yuksom c’est le Pérou ! puisqu’à la sortie du village (au niveau de la Poste donc) il y a même un panneau (certes un peu ambigu, cf. photo) indiquant le sentier de notre destination : le Kecheopalri Lake ! Ca descend raide et (Ô joie !) sans escaliers pour rejoindre une piste qui n’existe pas sur la carte : nous apprendrons qu’ici elle porte le nom de « nouvelle route »…Ben oui ! Suis-je bête ?  Juste le temps d’apercevoir un oiseau tout vert avec le dessous des ailes rouge et nous quittons la piste pour emprunter un nouveau sentier qui chemine à travers une jolie forêt rafraîchissante, les maisons y sont rares et nous n’y croisons donc que très peu de monde ce qui nous permet de préserver notre réserve de « namasté ». En revanche pas un qui oublie de nous saluer tandis que les marmots sont aux anges ! Diable ! Ce n’est pas sikkim_696tous les jours qu’ils voient passer un tel équipage !!! Les « namasté » fusent précédant de près les cris d’excitation qui tournent immanquablement aux fous rires si nous avons l’idée de les prendre en photo et de leur en montrer le résultat sur l’écran LCD qu’ils peuvent alors saloper de leurs petits doigts tout crados !  C’est le cas de cette marmaille pouilleuse que je mitraille à Ramgaythang : 3 baraques plantées au milieu d’une pente interminable loin de tout et proche de rien où il nous a fallu franchir quelques murets entre les terrasses de blé qui étalent leur vert tendre entre les bananiers et l’odeur des sous-bois.

        De sentiers en escaliers nous finissons par tomber sur une route en fond de vallée que nous suivons un peu pour franchir la rivière sur une passerelle suspendue à côté d’un pont en fer en construction etsikkim_697 déjà tout rouillé… De l’autre côté est Lethang où je suis accueilli par un type attendant je ne sais quoi au bord de cette route déserte. Sa curiosité satisfaite il coupe court à la conversation et m’invite à repartir… Sympa l’accueil ! A Lethang nous décidons de zapper les chutes du Kanchenjunga arguant qu’une chute d’eau c’est une chute et qu’on en a plein les Pyrénées ! Argument qui nous arrange surtout pour éviter l détour préférant nous engager résolument sur le raide escalier bétonné et pentu qui s’enfonçe dans une épaisse et grasse forêt. Le cheminement est très agréable, à l’ombre et pas trop raide. - Et hop ! Là, une baraque toute seule à flanc de montagne au milieu de quelques terrasses. C’est fou ! Un jour un type est venu ici avec femme et enfants ; il a défriché un morceau de jungle, remué des tonnes de terre pour monter sikkim_707ses terrasses, planté des trucs et des machins, et il vit ici ! Quand on y penses ça parait insensé !
        C’est un peu plus loin que nous croisons un couple d’anglais qui ont couché au Kecheopalri Lake chez un vieux lama dont ils ont un souvenir enchanté ! Ce sont les 2ème à nous en parler, nous retenons l’idée et reprenons notre chemin sur une pente désormais beaucoup plus exigeante pour les mollets ! Tout ça pour redescendre aussi sec et perdre tout le bénéfice de la montée et rejoindre une passerelle au pied de laquelle 2 femmes sont occupées à…. s’épouiller !!! Notre passage ne les émeut guère et ne change rien à leur occupation – C’est une passerelle. Enfin… Ce fut une passerelle en bois ! Car elle est en piteux état la pauvre... Branlante, penchée, ses câbles de suspension ont depuis longtemps dépassé la date de péremption. Quand aux lattes desikkim_703 bois sur lesquelles il faut poser les pieds il ne doit en rester environ qu’une sur deux, les survivantes étant d’ailleurs à l’article de la mort, moisies ou se dérobant sous le pied. Néanmoins nous nous engageons et tout se met à tanguer d’avant en arrière mais aussi de droite à gauche ! Le jeu est rigolo, je suis aux anges tandis que Marion se cramponne à mon T-shirt et c’est ainsi amarré que nous parvenons de l’autre côté.
        Mais la récréation est de courte durée car une pente très sévère et bien longue nous attend. Elle se radoucit à l’approche d’un chouette petit hameau paisible planté au milieu des blés jaunes. Un gamin de 3 ans à peine, seul et livré à lui même, joue sur un muret tandis que le son de quelques voix travaillant probablement dans un champ nous parviennent.
        De pentes en pentes nous atteignons enfin un nouveau village un peu plus actif bordé de drapeaux à prière, signe que nous devons approcher du lieu sacré. Et effectivement après avoir traversé ce joli village sikkim_729nous tombons sur la route qu’il nous suffit de remonter sur un kilomètre pour arriver au parking du lac où attendent taxis et gargotes miteuses. C’est d’ici aussi que démarre le court sentier du Kecheopalri Lake, un lieu hautement vénéré par les bouddhistes sikkimais vu qu’il serait né de l’empreinte de pied de je ne sais quel Dieu au court de je ne sais quelle histoire abracadabrantesque.
        Le petit chemin passe devant quelques temples et chortens et rejoint les rives du lac pour atteindre un petit temple en bois sans aucun intérêt particulier mais à parti duquel la vue s’ouvre sur l’ensemble du lac. Il est charmant, enchâssé dans une cuvette boisée, et cerné de drapeaux à prières qui reflètent leurs couleurs dans les eaux du lac. Face au temple en bois, un ponton bordé de deux rangées de moulins à prières permettent de rejoindre la rive sans s’embourber dans le marécage et d’y déposer dessikkim_727 offrandes. Nous n’avons ni offrandes ni prières mais décidons quand même de retirer nos godasses pour aller faire valser les moulins et sonner les cloches ce qui a pour effet de faire débarquer les nuages. – Il est alors temps pour nous de faire demi tour au milieu des touristes hindous qui se disputent quand au sujet qui doit être celui de leurs prières…
        C’est alors que nous nous restaurons de délicieux chopchuey dans une des gargotes du parking que nous sommes abordés par une jeune fille qui se présente comme étant la fille du lama (première nouvelle !) et nous explique quel chemin il nous faudra prendre pour atteindre le village et dormir chez lui ! Si c’est pas un coup de bol… Le chemin nous empruntons. La cache ! Qu’il est raide ! Tout en terre, sans escalier, glissant, arriver au monastère se fait au mérite ! sikkim_730Nous montons le plus lentement possible pour essayer de ne pas transpirer comme des bœufs et nous y parvenons presque. En haut du sentier la fille nous attend et finit de nous accompagner jusqu’à destination.
        Ce n’est pas un monastère, c’est un village d’une vingtaine de maisons sommaires , complètement paumé et moyenâgeux juché tout en haut d’une crête. On y trouve un gompa de taille normale devancé d’un grand chorten peint en blanc avec le traditionnel œil en haut. L’endroit est merveilleusement paisible, le gens tous souriants et amicaux. Immédiatement nous tombons sous le charme. Pala nous accueille donc chez lui. Et l’entendre il est un ancien lama bouddhiste rentré au village à la mort de ses parent pour être plus proche d’eux. Mais auparavant il a été le cuisinier attitré du Dalaï Lama en personne qu’il a accompagné dans de nombreux voyages à travers le monde entier. D’ailleurs le Dalaï Lama lui-même serait venu un jour lui rendre visite en hélicoptère, la légende voulant qu’à son arrivée l’attendait déjà son plat préféré car Pala l’avait vu dans un rêve ! – Si je n’ai guère desikkim_787 doute sur le fait qu’il ait été l’un des cuisinier de ce bon vieux Dalaï, je suis en revanche plus circonspect sur son passé de lama, la marmaille dont il se revendique le père, sa jeune épouse (il dit avoir 80 ans) et son affection prononcée pour la bouteille n’étant guère en adéquation avec l’emploi… L’explication viendra plus tard.
        Mais pour l’heure, après le traditionnel thé de bienvenue nous partons explorer le village, son monastère banal avec sa forêt de chortens couverts de mousse, son hallucinante école : en fait un baraquement en bois avec des tableaux, et quelques bancs grossiers… Tut ici a un air de bout du monde ! Les maisons sont faites de planches et d’osier tressé, porcs et chèvres râlent dans leurs enclos, les enfants sont de corvée de bois, une femme fait sa toilette dehors avec son gamin, les tout sikkim_755petits déambulent culs nus au milieu de tout cela, une fillette joue avec…. Une machette !!! C’est un endroit enivrant, enchanteur et serein à la fois. Je déambule au milieu de cette micro société qui vit, je suis ailleurs et partout à la fois… Ces quelques heures dans ce village dont j’ignore même le nom (mais en a-t-il seulement un ?)) resteront gravées à jamais.
        A notre retour à la « guest-house », en fait une pièce en osier tressé et un lit de planches, la nuit tombe et un népalais installé au village depuis 2à ans est occupé à allumer un grand feu. Plus doué que moi en la matière, il a tôt fait de tirer de 4 brindilles un vrai feu de la Saint Jean ! Pala, lui, nous préparé un délicieux repas avec ce qu’il avait sous la main et que noussikkim_770 dégustons dehors, les assiettes sur les genoux, assis en tailleur autours du feu. L’ambiance est merveilleuse, la bonne humeur de mise, et les rires fusent au gré de ce que racontent les uns et les autres. Même les enfants les plus jeunes ne sont pas tentés de s’évader pour jouer… Chez nous, on pourrait toujours essayer !!! La télé ou la Playstation auraient vite fait de mettre leur patience à l’épreuve !
        Pala nous raconte ses épopées dans le cortège du Dalaï Lama, il y aurait gagné assez d’argent pour revenir au village et vivre de ses rentes. Nous discutons longuement sur l’Inde ? l’Asie Centrale, l’Europe avant que Pala ne se montre fasciné par une carte du ciel que possède Adélaïde (une autre française, sculpteuse déjantée échouée ici avec son copain allemand). Immanquablement nous voilà plongés dans une exploration des étoiles dans un ciel d’une incroyable sikkim_732limpidité couvert de tant d’étoiles que le noir de la nuit peine à s’y faire sa place ! C’est le 31 décembre et nous passons probablement le plus mémorable réveillon de notre vie, assis là autours d’un feu, profitant de la plus opportune des coupures d’électricité, en compagnie de gens fabuleux que nous ne comprenons même pas (excepté Pala qui parle anglais), une soirée d’un extrême simplicité à regarder les étoiles et à chanter chacun une chanson de chez nous…
        Lorsque nous nous couchons nous sommes déjà en plein rêve. Nous entendons encore tard dans la nuit les cris des enfants qui jouent et les chants qui montent des autres maisons du village.

08 mai 2008

Une journée à Yuksom (30.12.2007)

sikkim_622C’est nostalgique et la tête en Corse que je me réveille. Tandis que Marion finit sa nuit je dessine la carte du Niolu. Dehors le ciel est encombré de nuages. Et merde ! Nous ouvrons néanmoins le rideau juste à temps pour apercevoir un immense sommet enneigé aussitôt englouti par la grisaille, juste de quoi nous narguer quoi. Heureusement un excellent petit déjeuner nous remet du baume au cœur au son lancinant de chant guturaux tibétains crachés par la radio.
        Nous pouvons commencer nos déambulations dans Yuksom, en nous dirigeons vers le nouveau temple (fermé) du village qui hérisse une butte, aussitôt un moine débarque et nous ouvre. Un temple sans grand intérêt mais la rencontre avec le moine est enrichissante. En fait il vient d’un autre monastère très loin d’ici (et dont il est très fier !) et est ici pour rendre visite à un pote moine. Très sympa il finit par nous donner sa carte de visite (il est lama) et une photo d’identité avant de nous expliquer comment aller au vieux temple de Yuksom, le plus vieux du Sikkim.sikkim_604
        Mais pour l’heure nous filons vers le « trône du couronnement » où comme son nom l’indique étaient couronnés les rois du Sikkim. Sur le chemin une minuscule gargote plantée au milieu de rien, une gamine accoure de je ne sais où et réussi à nous vendre divers petites bricoles ainsi qu’un couteau gurka. Visiblement elle est au taquet en maths, elle fait et refait ses additions, nous payons et elle se goure en nous rendant la monnaie. Les soustractions ne sont pas son truc non plus ! Nous lui rendons ce qu’elle nous a donné en trop et continuons notre chemin. – Un chemin très agréable d’ailleurs avec ses maisons tressées, ses rencontres souriantes, et même 2 demi-yacks dans un pré !
        Le trône du couronnement n’a de réel intérêt qu’historique. L’endroit est paisible et ombragé, quelques moulins à prières de ci de là, quelques petites baraques abritant également des moulins à prières, et enfin un trône de 350 ans à 3sikkim_607 ou 4 places taillé dans le roc que balaient frénétiquement 2 bonnes femmes. Et c’est tout. Des pancartes expliquent néanmoins le déroulement des sacres mais bon, ça ne casse pas 3 pattes à un cul de jatte même si l’endroit reste plaisant. Poursuivant alors le sentier nous débouchons sur un hameau hyper mignon cerné de champs. Devant une maison toute une famille ultra crade s’ébat joyeusement, nous les prenons en photo et leur montrons le résultat sur l’écran ce qui les plonge dans une grande joie. Malheureusement ils ne parlent pas anglais, impossible de se faire donner leur adresse, nous ne pourrons pas leur envoyer les photos. – Enfin nous faisons un petit tour à travers champs avant de prendre le chemin du retour vers le village.sikkim_625
        Cette fois-ci, direction le vieux Gompa qui nous fait passer devant le surprenant Guthok Lake, un petit lac sacré avec autels et drapeaux à prières. Mais sa particularité première est qu’il est…. Rouge ! Je ne sais pas quelles offrandes ni pour quelles cérémonies ils balancent dans cette eau mais elle est recouverte d’une particule vermillon incroyable ! Photos obligatoires bien sûr… - Alors nous nous engageons sur un magnifique et antique chemin pavé qui grimpe fort raide à travers la forêt fréquentée par de magnifiques oiseaux tantôt vert perroquet, tantôt rouge écarlate. Les fleurs aussi sont magnifiques et de gros moulins à prière sans age achèvent de se déglinguer dans des abris en pierre qui bordent le chemin. Après 30 minutes d’une harassante mais magnifique montée un très vieux petit chorten planté au milieu du chemin pavé couvert de mousse annonce l’arrivée au Dubdi Gompa, le plus vieux du Sikkim puisqu’agé de 300 ans. L’ensemblesikkim_635 composé de 2 temples posés sur un replat à la belle pelouse entretenue ne paie pas vraiment de mine et est fermé ! Mais tandis que nous faisons une petite pause sur les marches une femme escortée de 3 gamin archi dégueulasses vient nous ouvrir. Quelle chance !
        Dedans, c’est tout simplement sublime ! Des fresques d’époque (très abîmées pour certaines) absolument fantastiques de finesse sur un fond bleu indigo assez profond qui tranche avec l’habituel rouge dominant des gompas sikkimais. Dans un coin monte un escalier grinçant équipé d’une hideuse statuette de bouddha monte à l’étage en plancher. Et là encore c’est l’émerveillement. Un balcon de bois superbe donne au dessus de la porte d’entrée du gompa, encadré de belles fresques sur les murs latéraux et les poutres. A l’intérieur nous sommes accueillis par un masque en bois noir traditionnel accroché à un pilier. L’endroit est en fait une sikkim_641incroyable bibliothèque : les murs sont constellés de niches dont chacune accueille de précieuses tablettes manuscrites enveloppées dans des linges de soie multicolores et brodés. Encore une fois, les superlatifs manquent ! Certes le Dubdi Gompa se mérite avec ses ¾ d’heure de raide montée, mais quelle récompense !
            Il ne nous reste plus alors qu’à reprendre le magnifique chemin du retour, en descente cette fois, en nous délectant de la vision de touristes bengali qui en chient des ronds de chapeau pour atteindre le sommet ! De retour à Yuksom nous découvrons l’office du tourisme (fermé car c’est dimanche) avec une carte des sentiers affichée ! Miracle ! Je la prends en photo, ça pourrait servir… Le 3ème gompa de Yuksom, sur une butte non loin du terrain de foot est lui complètement bidon. Plus loin nous grimpons sur une petite crête qui semble descendre à l’infini en étalant ses cultures en terrasses, la vue est splendide tandis qu’un jeune indien ne trouve rien de mieux que de grimper sur une branche au dessus du vide pour se faire photographier ! Il est fou ce type ! Du coup je ne le prends pas afin de ne pas l’encourager àsikkim_654 faire des choses aussi débiles… Nous débouchons finalement sur un hameau hyper-rustique aux maisons propres en osier tressé ou en terre. Notre arrivée ne passe pas inaperçue, tout le monde est aux fenêtres tandis que les bambins se réfugient dans les sarees de leurs mères ! Là, en sécurité, ils peuvent alors risquer de joyeux « namasté ». Même les chiens abandonnent leurs siestes pour aboyer mollement à notre passage ! – Les villageois ont mis au point un système d’arrosage à base de tuyaux percés sur de vieux pommeaux d’arrosoir qui dispensent leur goutte à goutte sur les plantations ; les chèvres sont enfermées dans un enclôt à une seule clôture car les 3 autres côtés donnent sur un vide qui suffit à maintenir les bêtes sur la plateforme ; le parc à gorets en bambous est lui est perché en hauteur ; le tout est sikkim_670perché sur une magnifique crête qui offre des vues magnifiques sur la vallée, sur Tashiding et même Pelling
        Le jour décline lorsque nous regagnons Yuksom et notre hôtel en passant devant la ridicule église du village… ce soir nous mangeons au Yak, un « bon plan » du Lonely Planet. On aurait du se méfier : c’est franchement dégueulasse. Le bœuf de Marion avec son goût de mouton est limite immangeable tandis que mon poulet ne se compose que de la peau de l’infortuné volatile ! Ca valait bien la peine d’attendre 3 plombes que les plats commandés arrivent sur la table ! Quand au service il faut aller soi-même chercher ses couverts, sans doute parce qu’ils savent que de toute façon c’est immangeable ? Bref, le Yak, c’est « à fuir absolument ».sikkim_667
        De retour à l’hôtel nouvelle déconvenue et non des moindre : on nous a chouravé le chargeur de piles de l’appareil photo que nous avions mis à la réception car la prise de la chambre était morte… « Enculé-con ! » comme dirait l’autre… Je suis furax ! En plus l’appareil photo tiendra-t-il jusqu’à la fin ? Rien n’est moins sûr… - Nous prenons une petite douche avant de s’offrir une petite veillée sympa au coin du feu d’une chandelle pour cause de coupure de courant avant de nous laisser glisser dans nos rêves. Demain nous repartons à pied jusqu’au Khecheopalri Lake. Qu’on se le dise !

Du monastère de Tashiding à Yuksom (29/12/2007)

sikkim_581C’est une excellente nuit que nous passons malgré le tintamarre d’une bande de pigeons qui a élu domicile dans le plafond et qui s’excite au lever du jour, ça roucoule sec là-haut ! Il n’est nullement besoin de se lever pour savoir que nous sommes perclus de courbatures aux jambes. Pas besoin non plus de tendre l’oreille pour comprendre que nos hôtes font leur toilette dans la cour autours d’une grande bassine le tout en crachant force mollards partout où c’est possible ! Il fait grand beau et il fait doux, il est vrai que nous ne sommes plus qu’à 1400m. Question : verra-t-on les sommets aujourd’hui ? Dans l’attente de le savoir nous bouclons les sacs et bouffons du chocolat en guise de petit déjeuner.
          Nous y étions monté hier soir sous les nuages, ce matin c’est en profitant du soleil que nous montons au Tashiding Gompa, les courbatures nous imposant un rythme de montée ridiculement faible. Passikkim_587 grave, on n’est pas pressés, nous en profitons même pour couper par un joli petit bois de bambous avant de tomber sur une baraque où une famille entière est occupée à préparer le repas, les vieilles font des sortes de galettes de riz que d’autres martèlent au pilon, rythmant le travail de tous les autres du bruit régulier de leurs bâtons s’écrasant au fond du réceptacle. Les hommes eux, pour la plupart se dorent la pilule en attendant que ça tombe dans l’assiette. Quel beau pays !!! Ca laisse rêveur...
        Bon an mal an nous finissons par atteindre le sommet de la colline et le porche d’entrée du monastère de Tashiding ; derrière nous 2 pics impressionnants dressent leur croc glacé haut dans le ciel ! C’est magnifique ! Est-ce le Pandim ? En tout cas pas de Kanchenjunga en vue… - Mais en réalité c'est tout le site du Tashiding Gompa qui est merveilleux. Après le porche un large chemin se faufile dans la verdure entre des maisonnettes de bois et de pierres qui servent apparemment de dortoirs et de lieux desikkim_564 vie pour les moines. Perché sur une colline la vue y est splendide ! Le tout est agrémenté de 3 temples successifs autour desquels les moines les plus matinaux, pieds nus ou en sandales, avec ou sans bonnet, avec ou sans blouson, avec ou sans portable, tournent et font virevolter dans un bruit caractéristique des rangées de moulins à prière. C’est paisible, serein, calme. Un endroit réellement enchanteur. Plus loin les temples laissent place à quelques chortens qui précèdent un véritable cimetière : une véritable forêt de chorten blancs, dorés ou en pierre ceinturés de pierres plates couvertes de gravures, peintures et écritures antiques ; Enfin une autre forêt de mats sur lesquels flottent des centaines de lupkas achèvent un tableau idyllique… les deux premiers temples abritent outre des bouddhas de colossaux moulins à prière que je m’empresse de faire tourner à tout berzingue pour faire tinter des petites cloches à chaque tour réalisé. On est touristesikkim_577 ou on ne l’est pas…
        Mais la merveille de cet endroit reste bien évidemment le temple principal. Si son portail d’entrée et sa porte ressemblent à bien d’autres avec sa couleur rouge vif dominante et ses ornements, l’intérieur du gompa est une pure merveille ! Les murs sont intégralement couverts de fresques vives et dorées à la feuille d’or d’une finesse exceptionnelle. Des foules de démons aux crocs acérés et aux colliers de crânes humains écrabouillent des gens tout en copulant à qui mieux mieux avec quelques pêcheresses du cru. Deux rangées de tables basses accueillent les jeunes moines tandis qu’une sorte de petit trône est réservé au grand lama du monastère. Lorsque nous y pénétrons les jeunes moines y sont justement installés et c’est un concert de cors, de conques et de tambours qui nous accueille. Nous entrons et allons discrètement nous asseoir dans un coin pour sikkim_530assister à la cérémonie. Aussitôt un bonze se lève et se dirige vers nous, je me dis qu’il va nous demander de ne pas rester là. Tu parles ! Ils nous porte des coussins ! Presque aussitôt ils sortent mais c’est pour laisser la place à l’élite ! En effet cette fois-ci ce sont tous les vieux chibali et les moines confirmés qui s’installent.
        Là, ça discute, ça rigole, et surtout, ça casse la croûte ! De tout jeunes moinillons (6 ans ?) font le service et n’ont pas une seconde de répit. Plus fort que tout, on nous apporte à nous aussi de quoi nous restaurer et nous nous retrouvons donc à partager les petit déj’ avec les lamas au sein du temple le plus sacré du Sikkim ! Une fois repus, la cérémonie peut commencer. Les rires et les bavardages s’arrêtent, on ouvre les livres sacrés et on fait tourner les tantras, puis une incantation chantée sur un ton grave, gutural et envoûtant emplit le gompa. Une même prière répétée des dizaines etsikkim_571 des dizaines de fois en boucle. De temps en temps le chant s’arrête et alors c’est un capharnaüm de gongs, de cors, de conques et de tambours avant que le chant lancinant ne reprenne.
        Les moinillons qui faisaient le service (dont un ne doit pas dépasser les 4 ans) sont assis un peu en retrait et profitent de ces instants de non sollicitation pour s’empiffrer en douce de tout ce qu’ils ont pu planquer sous leur pupitre. De vrais chancres ! Leur manège nous amuse beaucoup ! Moines ou pas, les gamins restent des gamins ! Ils sont rigolos à voir s’enquiller qui une poignée de céréales, qui un bout de gâteau le tout rincé de thé au lait. Ils me font penser à des enfants de cœur se liquidant le vin de messe ! Ils suivent néanmoins le déroulement de la cérémonie puisqu’ils abandonnent parfois précipitamment leur casse-croûte pour empoigner leurs conques et « buffer » dedans sikkim_536de toutes leurs forces, distraction qui parait d’ailleurs les amuser au plus haut point ! Le plus petit termine immanquablement rouge comme une pivoine, tout près d’exploser… En tout cas ils rigolent comme des baleines !
        Quand à nous nous réalisons très discrètement quelques films pirates pour conserver en mémoire les sons de cet instant de magie pure. Finalement la cérémonie se termine et nous ressortons laissant les moines à leurs occupations. Nous filons alors vers le cimetière de chortens avant qu’un type ne décide de nous emmener voir la place de crémation, près d’un rocher arborant des marques sensées être des empreintes d’animaux. Partout des milliers et des milliers de drapeaux récitent leurs prières dans la faible bise qui les agite
        Nous avons passé 3 heures en cet endroit que nous ne sommes pas près d’oublier et devons nous résigner à le quitter. Un dernier regard sur les temples posés dans l’herbe, sur les moines qui s’affairent à brûler des herbes, sur de vieilles tibétaines en habits traditionnels occupées à tricoter ou à faire tourner un moulin portatif,sikkim_544 sur les sommets étincelants qui déchirent le ciel, sur l’ambiance extraordinaire de l’endroit… et nous partons. Nos muscles endoloris par la marche de la veille sont au supplice tout le long du chemin qui nous ramène à Tashiding. En chemin nous croisons un pur gogol qui montent le chemin en courant comme un dératé en beuglant ! Soudain il s’arrête, haletant pour reprendre son souffle, et ils repart comme un tabanar en gueulant de plus belle et en coursant un malheureux chien qui passait par là ! Plus bas des gamins font les clowns pour attirer notre attention, un autre fait des pieds et des mains pour me vendre un dessin de Spiderman.
        Une fois à l’hôtel nous récupérons nos sacs et prenons congé de nos hotes qui nous offrent gentiment de succulentes mandarines. Le temps de manger un morceau de pain de mie et de fromage de notre maigre réserve et nous voilà plantés sur le seul carrefour du village pour attendre une jeep à destination de Yuksom.sikkim_568 Elle devait être là à midi, nous l’attendrons jusqu’à 16h00 ! Une bien longue attente qui aurait pu être interminable, mais non. Ce sont 4h00 géniale, assis au carrefour à regarder la vie de Tashiding s’écouler tranquillement sous nos yeux : les mamies avec leurs bijoux dans le nez qui déambulent et discutent ; un type à vélo (vu les pentes de la région, il doit sacrément en chier !), un camion qui se jette dans la pente pour essayer de démarrer ; des gamins qui jouent au billes, debouts, en se tirant l’index en arrière pour le relâcher comme une catapulte, la précision de leurs tirs est stupéfiante ! ; le flic du village qui engueule copieusement une commerçante… La vie quoi…
        Une irlandaise avec qui nous avions discuté ce matin au monastère vient nous tenir compagnie. Elle nous raconte qu’elle vient de Yuksom à pied et que ça a été génial si ce n’est des milliers et des milliers de marches dans la montagneenorme_moulin___pri_res qui l’ont à moitié tuée ! Elle a une dégaine d’enfer : rousse bien sûr elle porte une vaste jupe à frou-frou avec des chaussures de montagne et un châle indien vert. Surtout elle est très sympathique avec ses airs terriblement « british ». – Nous nous précipitons sur chaque jeep qui se présente mais toujours sans succès : aucune ne va jamais à Yuksom. Lorsque la bonne arrive c’est tout le village ainsi que le flic qui se précipitent pour l’arrêter, probablement par compassion ! Adorables ils insistent auprès du chauffeur pour qu’il nous prenne (la jeep en déjà bien pleine) ce à quoi il consent sans trop se faire prier. On nous fait de la place dedans : 4 devant, 7 sur les banquettes et des montagnes de bagages à l’arrière !... Mais ce n’est pas fini, on entreprend alors de ficeler encore des tonnes de bordel sur le toit avant d’introduire ce qui peut l’être de passagers supplémentaires ! Nous finissons finalement à 14 dans la jeep + une montagne de bagages + quelques volailles + la galerie qui déborde de partout + un type qui voyage dehors cramponné à la roue de secours…. Epique !
  sikkim_570      A bord il règne une super ambiance ! Tout le monde a toujours une histoire à raconter ou un bon mot à sortir qui se termine immanquablement par des fou-rires (à l’exception des notre vu qu’on ne comprend rien), même le type de la roue de secours se fend la gueule. Une jeune femme raconte histoires sur histoires, toutes plus désopilantes les unes que les autres visiblement, un sacré personnage celle là ! Elle ne la ferme jamais plus de 10 secondes… Le chauffeur caresse l’espoir de la faire taire en mettant de la musique mais c’est peine perdue, elle se met à chanter à tue tête accompagnée par le reste des passagers… Dans la vallée on la surnomme : "la Jeanine" parait-il…. Lol. - Plus remarquable encore : l'extrême adresse de ce type qui enchevêtré au milieu de la voiture parvient à mollarder régulièrement par la fenêtre opposée, entre deux visages, sans le moindre dommage collatéral ! Un vrai champion !...
        C’est dans cette ambiance absolument géniale que nous nous faufilons au dessus des précipices sans fond, dans des paysages grandioses de vallées encaissées et de cultures en terrasse ; ici une magnifique cascade en chutte libre depuis le ciel ; là d'énormes buissons qui courent sur la route tel vil-coyote habilement camouflé pour attrapersikkim_541 les bip-bips - et effectivement y'a huste des pieds qui dépassent, ceux des enfants qui transportnet ces kilos de verdures pour je ne sais quoi faire. Bref, instants magiques qui nous conduisent à Yuksom, village très agréable malgré la pénombre de la nuit qui tombe. Le premier hôtel que nous visitons est un pur taudis et nous nous enfuyons bien vite vers un autre nettement plus avenant qui plus est muni d’un énorme cumulus ! Mais la douche devra attendre car nos estomacs sont rendus dans nos orteils ! Le restaurant Gutpa tombe à pic notamment avec son Hot Lemon Ginger et son succulent fish curry. En face de notre table un grand panneau d’affichage vante la richesse du Parc naturel de Kanchenjunga que nous ne pourrons malheureusement pas arpenter faute de temps, faute de permis spécial et onéreux aussi… Puis tandis que des gamins ferment la boutique en y clouant des planches de bois numérotées ( !) nous regagnons notre chambre pour y prendre une douche mémorable suivie d’une lessive générale… Vu la couleur de l’eau ça s’imposait !
        Allez hop ! Au dodo !

15 mars 2008

A pied de Ravangla à Tashiding, immersion sikkimaise ! (28/12/2007)

osierLe nuit est meilleure que celle de la veille ce qui n’est pas bien dur. Il fait 11°C dans la chambre ce qui est très supportable. Pourtant je ne suis pas en grande forme : sinus bétonnés, ma de crâne, absence de jus. Mais bon, quand faut y aller ! Le temps de prendre le petit déj’, de me faire une inhalation infructueuse et nous bouclons nos sacs. Il me semble peser un âne mort, dès le départ ce n’est jamais bon signe ! Nous payons et remercions le patron pour la qualité de son hôtel et filons au bazar d’où est censé partir notre chemin. Nous slalomons effectivement dans des ruelles boueuses emmanchées anarchiquement les unes dans les autres, passons à côté de l’église du village qui n’est signalés que par une croix rose en papier qui flotte au vent, traversons une petite passerelle et tombons sur un large sentier dallé : encore une « voiemarion_sur_le_sentier romaine ». Il passe près de la source du village qui a à peine le temps de jaillir d’un rocher pour se retrouver immédiatement noyée sous les immondices… Ils n’ont quand même vraiment aucune notion d’hygiène !
            Et c’est parti pour 1300 de descente une fois encore sur un sentier empierré et aménagé en un immense escalier. J’ai calculé qu’aujourd’hui nous avons du nous taper près de 8000 marches, un enfer pour les cuisses ! Au fur et à mesure de la descente la végétation devient de plus en plus luxuriante, vers le bas ce sera carrément la jungle ! Pour le cheminement des sentes partent dans tous les sens, pas d’indications et pas de cartes.. ; heureusement nous ne femmepassons jamais 10 minutes sans croiser un quidam qui se fait toujours un plaisir de nous indiquer celui qu’il faut suivre. Fastoche ! Nous croisons donc beaucoup de monde que nous saluons immanquablement de « Namaaastééé » traînants qui leur font toujours plaisir et qu’ils nous rendent en riant. Il est amusant de regarder les gamins préparer leur namasté de loin lorsqu’ils nous voient débouler, et une fois fait détaler comme des lapins pour aller raconter leur exploit à la maison ! – Les femmes sont toujours très belles, vêtues de sarees superbes, et comme nous sommes en terre lepcha arborent de gros anneaux d’or travaillées dans le nez.
            Nous traversons ainsi de nombreux villages où il est aisé de repérer celle du riche (en ciment) de celle du pauvre (en bois et en osier tressé) quoique qu’aucune n’ait jamais l’air franchement misérable. Cette descente à travers les villages perdus et un enchantement, il n’y a rien de tel que lacahute marche pour découvrir un pays ! Nos yeux peuvent s’attarder sur tout, nos yeux se croisent, nos sourires aussi, quelques questions, quelques réponses joyeuses, on se salue et survient déjà la rencontre suivante. Les villages se succèdent, tous semblables et tous différents au milieu des champs en terrasse et du bétail. Il est surprenant de tomber régulièrement sur des écoles parfois très grandes au milieu de ces pentes oubliées du monde !
          Le chemin lui-même est balisé de dizaines de chantiers où femmes et enfants assis par terre passent leurs journées à casser des cailloux au marteau tandis que les hommes dallent le portions planes et coffrent les pentes pour aménager des escaliers en pierres ajustées au chantiermillimètre ! Quel boulot ! Dans 1000 ans ces sentiers seront encore là ! C’est dingue de penser à cela en les croisant. Ils travaillent comme ça, dans une ambiance détendue et souriante. Ca discute,ça papote, ça rigole beaucoup. Finalement ces gens ont l’air heureux ! N’est-ce pas là l’essentiel. Leur vie est rustique, simple, sans luxe, mais joyeuse. Loin de la misère de Delhi de ceux qui ont voulu tenter le mirage de la ville… Les maisons sont en bon état et même agrémentées d’allées de fleurs sauvages tandis que les gamins filent au bananier le plus proche en cas de petit creux !
            Et encore je ne suis pas au mieux pour profiter. Je suis sans énergie et me traînerencontre_flerie lamentablement sur le sentier, la tête dans le guidon. Mais au bout de quelques heures d’escalier Marion se retrouve elle aussi au taquet et c’est les jambes flinguées que nous terminerons notre étape du jour. Nous avons de plus en plus l’air de deux vieux crabes rhumatisants. Et eux qui arpentent ces mêmes sentiers en claquette ou pieds nus avec des charges pas possibles sur la tête, le tout en rigolant ! Nous sommes loin du compte avec nos godasses de marche et nos petits sacs à dos… La descente devient réellement interminable, rythmée par les « namasté », la joie des enfants, les images de femmes qui s’échinent à battre le blé ou le riz au fléau sous l’œil du mari qui glandouille assis sur le pas de la porte, les sentier___flancsourires francs de gens contents de nous voir et d’échanger quelques mots. – A chaque croupe franchie nous nous croyons arrivés mais à chaque fois une nouvelle croupe nous est proposée, ça n’en finit jamais. – Enfin nous atteignons le fond et devons traverser un pont suspendu qui brantole tant qu’il peut et est loin de rassurer Marion ce dont évidemment je joue avec sadisme ! Après un dernier village nous faisons une longue traversée à travers les fougères géantes, les lianes et les bananiers, franchissons un passage de sentier de 30cm de large taillé à flanc de falaise et rejoignons une route qui franchit un nouveau grand pont suspendu perché 80 mètres au dessus de la rivière. Marion se lance quand une voiture traverse aussi, ça balance de droite à gauche, ça ondule d’avant en arrière, elle est au paradis ! Une fois sur l’autre rive nous faisons une longue pause casse-croûte. Nous sommes vidés… Aurons nous encore le courage de remonter l’autre flanc de montagne pourindienne_sur_passerelle gagner Tashiding par un autre sentier en escalier ascendant de 600 mètres ?
            Nous n’aurons pas à nous poser la question car un 4x4 s’arrête et nous propose de nous monter ! Nous ne réfléchissons même pas : nous montons ! Il s’agit d’un groupe de musiciens qui se rendent à Tashiding pour animer la soirée des catholiques du village pour célébrer Noël (avec 4 jours de bourre…), festivité à laquelle nous sommes bien entendu conviés ! Sympas ils s’enquièrent de trouver notre Guest-house et nous y conduisent. Nous tombons sur une bicoque complètement pourrie, même pour un indien pauvre, les portes à moitié fracassés, les vitres tombées depuis des siècles… Arghhh. C’est qu’à Tashiding y’a pas tant de dans_la_junglechoix que ça ! Mais ouf, on nous rassure, la guest-house n’est pas le taudis sur lequel est posé la pancarte, c’est la baraque d’en face ! Pas le Carlton mais c’est déjà mieux ! On nous installe dans une vaste chambre assez agréable, rustique mais correcte. Par contre c’est salle de bain au dessus des chiottes et baquet d’eau chaude. La routine quoi… heureusement il fait bon ce soir, il faut dire qu’on est moins haut.
            Tashiding est un village rue très chouette qui est surtout célèbre pour son monastère perché sur une montagnette à 45 minutes de marche. C’est le second plus ancien du Sikkim mais connu pour être à la fois le plus beau et le plus sacré. Reprenant notre courage nous yvieux_chorten_de_Tshiding grimpons mais j’en garde la description pour le lendemain matin puisque nous y retournerons ! Une rude grimpée qui vient s’ajouter à notre dure journée mais la récompense est au bout. Le Tashiding Gompa, c’est quelque chose de fabuleux… Vous verrez demain ! La descente est très difficile pour les jambes et c’est comme 2 handicapés que nous rejoignons le village et notre Guest-house où nous filons à la douche avec notre seau d’eau chaude, dans une sale de bain (enfin….) qui pue la pisse. Puis nous nous trouvons une gargote qui fera office de restaurant en nous apportant quelque chose de bon et de bien gras : pile poil ce qu’il nous fallait ! dehors l’orchestre s’est mis en branle et nous nous dirigeons au bruit vers l’endroit arbre_de_no_ldes festivités. En gros c’est un fête de village comme il y en avait chez nous il y a quelques décennies. C’est sans doute évènement de l’année car out le village est là regroupé autour d’une petite scène squattée par un orchestre d’enfer. Les musiciens sont archi-nuls entre le synthétiseur à la Charly Oleg, le batteur qui ne sait se servir que des cymbales, le percussionniste qui s’excite dès qu’il à 1 coup de doigt à donner…, une des chanteuses en revanche est remarquable. Le présentateur lui est impayable, chaque numéro est précédé d’une présentation sans fin à la fin de laquelle il annonce l’artiste comme s’il s’agissait des Rolling Stones. Et les costards ! Trop fort : bleus avec grosse cocarde jaune fluo, grandiose tout simplement.
            Mais tout le village est là, applaudit, s’enflamme, surtout quand les gamines du village viennent montrer leurs talents en matière de danse indienne. C’est la fête de village quoi, tout le monde est heureux, c’est génial, tandis que les gosses courent et jouent dans tous les coins… Après avoir regardé tout cela avec délice assis dans l’herbe nous finissons par quitter les lieux pour rejoindre notre chambre, rapprocher les lits et sombrer dans un profond sommeil ! Cette journée nous a tués !

11 mars 2008

L'ascension du Maemam Hill (27/12/2007)

            Maemam_HillAujourd’hui 27 décembre, c’est la saint Etienne (donc Stéphane)… Ah ça oui ! Ca va être ma fête !... D’abord j’ai passé une sale nuit victime d’une méchante attaque de sinusite, de plus j’ai mal à la mâchoire, le dos qui ne demande qu’à se bloquer…. Enfin et surtout j’ai mal au cul ! Ben quoi, c’est pas drôle !!! Une douleur qui lance un peu au trou de balle, petite inspection pour un verdict sans appel : une hémoroïde qui pousse ! Tu penses, avec leur manie d’épicer tous leurs plats à mort ça devait arriver… C’est bon les épices, j’aime bien, mais bon le revers de la médaille me saute au cul ce matin ! Merde, j’ai déjà eu une fois, ça fait vraiment un mal de chien… Là ça va encore mais je sais que d’ici 2 ou 3 jours ça va être l’enfer !
            Le petit déjeuner englouti nous filons donc au village et dégotons ce qui fait office de pharmacie, mais comment lui expliquer mon problème sans baisser mon froc ? on, on essaie, je ne sais pas s’ilportique_ravangla comprend quoique ce soit mais il nous envoie voir le docteur à l’hôpital. Nous le trouvons sans trop de problème. Alors bien sûr l’hôpital indien c’est spécial… A fortiori un hôpital de campagne dans un bled paumé du Sikkim. En tout il y a sans doute un effet placébo car quand on le voit ça vous passe l’envie d’être malade ! C’est… disons … sommaire ! Sol en ciment dévasté, chambres ultra crades, brancards défoncés, malades déjà à moitié décomposés… Bref, vous voyez le genre. Après avoir expliqué mon problème à une bonne femme (infirmière ? femmede ménage ? Comment les distinguer ?) on memet en attente, le docteur va arriver. – 45 minutes plus tard en effet un jeune indien débarque (ça doit être un bizutage d’envoyer de tous jeunes indiens officier dans des trous du cul du monde pareils à Ravangla ! Il est super sympa ce toubib d’ailleurs et comprend rapidement ma douleur surtout que le plus simple reste encore de lui montrer ! Et voilà comment je me retrouve à montrer mon cul à la médecine indienne, position pour le moins humiliante vous en conviendrez… Ild_tail_ravangla_gompa_door me classe mon hémoroïde au stade 1 (j’suis un champion moi !) et me fais une ordonnance pour que mes vacances se passent bien, m’invitant néanmoins à aller voir un autre médecin une fois en France. - Tout à coup il me prend la tension et décrète qu’il faut que je freine sur le sel ! Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde qui depuis me harcèle !...je mepointe pour payer mais le docteur m’annonce qu’en Inde, c’est gratuit ! Voilà comment j’ai pu montrer mon postérieur à la médecine indienne pour pas un rond ! (NB : ce récit n'est pas contractuel. Les illustrations photographiques peuvent ne pas correspondre au récit...)
            Avec tout ça nous avons perdu du temps et il est déjà 10h00 lorsque nous nous mettons en route pour grimper au sommet du Maenam Hill (3300 mètres), censé être le plus beau belvédère du SikkimJane sur les hauts sommets himalayens ! Tout un programme. Alors que nous approchons du Maenam Park nous sommes accostés par 3 jeunes qui filent alerter le gardien pour nous faire payer… Bon déjà au départ, de quoi je me mêle ? Et bientôt cela se transforme en une obligation de prendre un guide ! Les cons ! Payer l’entrée, soit, je veux bien, mais je n’ai pas besoin d’un guide qui va se sentir obliger de nous parler tout le long du chemin, nous refusons. Et comme la gardien ne daigne même pas se déplacer o n’a pas le droit d’entrer… Ok, je leur dis que puisque c’est comme ça nous filons au monastère qui est sur la même route. Sauf qu’au premier virage, lorsque nous disparaissons à leur vue nous passons sous un barbelé et montons droit dans la pente dans la végétation et tombons bien vite sur… le sentier, une vraie voie romaine jungle2dallée ! Qu’ils aillent se faire voir avec leur guide à 2 balles ! D’ailleurs cette histoire de guide c’était du pur pipeau, juste un moyen de nous arnaquer un peu. Résultat : ils s’assoient aussi sur le billet d’entrée au sanctuaire…
            Le voie romaine ne s’arrêtera jamais et ira jusqu’en haut de la montagne près de 1100m plus haut ! Entièrement dallé et aménagé de milliers de marches qui nous coupent les pattes ! Le chemin ainsi aménagé se fraye un chemin à travers une forêt ultra dense, une espèce de jungle quoi, qui est encore habitée par les ours, les léopards et les pandas roux ! Inutile de dire que nous n’en verrons aucun. Ce ne sont pas des animaux curieux ! Du fait de l’altitude c’est une végétation un peu moins luxuriante que plus bas mais elle est à l’état primaire et son enchevêtrement de lianes et de mousses est magique. Souvent nous entendons du bruit dans les feuilles mais ne voyons rien, si ce n’est parfois quelques oiseaux qui s’enfuient. Nous ne voyons rien mais qui sait ce qui nous épie et nous voit ? J’adore ce sentiment que donne la possibilité d’être observé par des animaux aussi… exotiques et sauvages.tarzan
          Ce matin au réveil il faisait un temps splendide et au départ nous avons entraperçu des morceaux de crêtes glacées qui nous promettaient effectivement un panorama inoubliable une fois arrivés là haut. Mais mes hémorroïde nous ont mis 2h en retard et voilà que les nuages commencent à se pointer… Ca ne rate pas ! Après 2h30 et 1100 m de dénivelé harassants dans ces saletés d’escaliers sans fin nous arrivons en haut, à côté d’une baraque qui sert visiblement de refuge… Et tout est entièrement bouché ! Les montagnes sont emmitouflées dans des nuages qui n’existaient pas même pas 1 heure plus tôt ! Adieu vue époustouflante sur les glaces du Kanchenjunga et de ses potes, tout n’est que plafond bas et nuages noirs… Nous sommes totalement dégoûtés !
        En 1h30 nous revenons au départ par le même itinéraire, les escaliers éant encore plus casse-pattes qu’à la montée. Nous avons fait tout cela pour rien, ou du moins pour pas grand-chose. Reste que la forêt d_gout___traversée était tout de même belle, c’est toujours ça. – Une fois les premières maisons de Ravanla atteintes 3 gamins arrivent au galop pour nous serrer la main ce qui les plonge dans une allégresse sans borne, ils ont mignons ! – «How are you ? » je leur demande – « fine, thank you ! » ; et ils filent ventre à terre raconter leur extraordinaire rencontre à leur mère qui sourit en nous faisant un petit signe de la main.
            Au bazar nous faisons provisions d’oranges et de chocolat pour nous consoler de notre frustration du jour ; Nous essayons de nous renseigner sur le départ du sentier pour demain mais personne ne semble savoir… heureusement notre hôtelier se sera renseigné pour nous et nous aura préparé un petit plan ! En effet demain sera notre premier grand jour de marche pour rallier Ravangla à Tashiding à travers la montagne, loin de la route, à la rencontre des villages et des gens du Sikkim le plus profond. Nous avons déjà hâte !
            Nous prenons notre repas au frigo tandis que le patron nous explique la vie d’ici et nous offre un billet de banque bouthanais. C’est gentil non ?
            Reste à prendre une bonne douche avant de nous réfugier sous les draps.

De gangtok à Ravangla (26/12/2007)

        6h00, notre lever met fin à une bien sale nuit que j’ai passé à me réveiller sans cesse. Variante au traditionnel Montagne_et_drapeautintamarre de cors tibétains et autres instruments à faire du raffut du matin nous avons eu en sus comme un type qui passait dans la rue en faisant tinter une cloche à tout berzingue. J’ouvre les volets : c’est tout gris. Pffffff… Une demi heure plus tard nous sommes avec armes et bagages à la gare routière, aujourd’hui nous quittons Gangtok et prenons la direction du Sikkim profond avec une première étape à Ravangla. – Notre jeep est prévue à 7h00 mais elle est introuvable ! Nous stressons grave et personne ne semble en avoir rien à fiche. L’explication surgit, le chauffeur se pointe avec 30 minutes de retard, nous pouvons embarquer sur les sièges avant que nous avions expressément réservé la veille pour que Marion ne soit pas malade cette fois-ci.jungle
        Pourtant nous ne verrons pas grand-chose au seul motif que nous sommes fracassés et somnolons au ¾ malgré une route toujours aussi sinueuse et défoncée, si ce n’est plus ! Mais forcément somnoler dans ces conditions c’est ne jamais trouver de position adéquate : la tête brinqueballe en tous sens et je me fais labourer la cuisse à grands coups de levier de vitesse toutes les 30 secondes. – Nous cheminons ainsi et sans fin au dessus de ravins insondables et à travers une végétation aussi drue et inextricable que possible ! J’adore cette ambiance de jungle épaisse où vivent encore léopards, ours, pandas roux, singes divers et toute une faune encore que nous ne soupçonnons même pas. La végétation occupe et étouffe tout, dégoulinant des parois abruptes et dégueulant même dans le vide sur des dizaines de mètres.panier_ravangla
        Nous franchissons des rivières en furie haut perché sur des passerelles suspendues limitées à 1 véhicule à la fois et à 5 tonnes, ça se balance dans tous les sens, c’est la foire du Trône, mais ça passe ! La pente que nous grimpons sur l’autre versant et effrayante. Tous les 50 ou 100 mètres elle est coupée par un glissement de terrain ! L’Himalaya est un massif jeune qui n’a même pas finit de pousser, l’érosion y est donc extrême et à chaque période de mousson toutes les routes sont emportées en plusieurs endroits. Heureusement nous sommes là par temps sec mais c’est quand même impressionnant. Aussi y-a-t’il toujours des chantiers partout pour refaire la route un peu plus haut, un peu plus bas, où on peut en fait en fonction du morceau qui a été emporté ou enseveli!
        Bon gré mal gré nous parvenons néanmoins à Ravangla, agréable village perché sur un petit col à 2000 mètres d’altitude. De ce fait la vue est ouverte des 2 côtés de la montagne ce dont nous ne profitons pas car lelupkas_et_moi ciel est bouché. Remontant la sympathique et large rue principale du village bordée d’échoppes et d’enfants jouant au badminton nous parvenons à un ravissant petit hôtel : le Melody. La chambre y est absolument nickel avec une salle de bain propre et en état de marche ! Le patron a l’air un peu renfrogné mais qu’importe, d’ailleurs il nous sert un petit déjeuner tardif mais salvateur dans une salle à manger glaciale avant que nous ne nous offrions une petite sieste indispensable dont nous n’émergeons qu’au milieu de l’après-midi.
        Il est l’heure de partir faire un tour, nous enquillons une rue-escalier qui part en face de l’hôtel et s’élève au dessus du village nous offrant une petite vue d’ensemble très agréable. Bientôt l’escalier se borde d’une forêt de lukpas (je crois que ça s’appelle comme ça ?), ces magnifiques drapeaux à prière (souvent en soie) tout en hauteur accrochés à des mats de bambou, puis débouche sur un porche bancal : nous arrivons à un mignon gompa, rouge et jaune bien sûr, dont la porte d’entrée etgompa_ravangla encadrée par 2 énormes moulins à prières que l’on meut avec peine pour faire sonner une petite clochette à chaque tour. L’endroit est en grands travaux car on construit un nouveau gompa juste derrière. Dommage d’ailleurs qu’il ne soit pas achevé car il promet d’être magnifique ! En effet il aura l’originalité d’avoir une base en pierres apparentes (un travail magnifique) surmonté d’étages en bois qui sera probablement peint de rouge et de jaune. Le tout est déjà encadré d’un jardin de murs en pierre et de plaques de gazon. Et sans compter qu’avec un temps dégagé la vue y sera sans nul doute splendide. A coup sûr l’endroit vaudra le détour ! Les ouvriers nous l’annoncent achevé pour la fin de cet été !
        L’intérieur du gompa actuel fait penser à une de nos églises de village de part sa modestie. Il est sans doute moinsmasque_ravangla beau que bien des gompa mais en revanche il est chargé d’un charme propre aux lieux simples. Quelques bouddhas, un gong, un tambour mais aussi quelques masques en bois, un arc et des flèches assurent la déco. Le temple de l’étage quand à lui semble avoir été converti en dortoir pour les ouvriers. Je m’intéresse d'assez près au travail du bois pour réaliser les magnifiques encadrements de fenêtre des gompas tibétains, qui sait si je ne saurais pas en tirer quelques idées lorsque viendra le jour de retaper une grange pyrénéenne ? – Autre curiosité des environs : un terrain de badminton entouré de gradins comme une sorte de stade de foot local, avec 2 cabanes branlantes en tôles pourries en guise de vestiaire ! Après le cricket le badminton semble être le sport favori des indiens, tous les gosses y jouent dans les rues entre 2 passages de jeeps.
        Nous poursuivons notre inspection vers un hameau construit autour d’un chorten et continuons sur la piste par laquelle nous atteignons l’entrée du « Sanctuaire de Maenam », une zone naturelle protégéegong_ravangla qui sera notre point de départ de la rando de demain matin. – Nous pouvons donc faire demi-tour et rejoindre le centre de Ravangla pour y effectuer 3 courses pour le lendemain dans une petite échoppe.
        A l’hôtel nous sommes victimes d’une coupure de courant. Pas grave direz-vous ? Puisque le patron accoure avec une chandelle… Sauf que le cumulus pour l’eau chaude se retrouve en carafe. Nous tuons le temps Marion à lire, moi à prendre quelques notes pour le blog jusqu’à ce que le patron finalement très sympathique vienne sonner la soupe. Retour à la salle à manger qui est un véritable frigo et où un couple de bengali a attaqué le repas avec doudoune sur le dos et cagoule sur le groin ! Ca doit être pratique pour bouffer la cagoule ! Mais il faut dire qu’il fait vraiment très froid… Pas de douche ce soir ? Et merde, si ! A l’eau froide !... Nous nous jetons alors sous les draps et les couvertures qui pour la première fois ont une propreté nous permettant de laisser les duvets dans les sacs à dos. Que demande le peuple ?

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